Spectacle.
La scène sobre et dépouillée du théâtre Guéneina, au cœur du
parc Al-Azhar, va accueillir la chanteuse tunisienne Ghalia
Benali, une tornade de boucles brunes qui chante les amours
de «Roméo et Leïla».
Roméo dans les bras de Leïla
La
chanteuse donnera corps à la joie, au tourment et à
l’ivresse de la jeune Leïla, habitée par le sentiment
terrible de l’amour dans une succession de tableaux chantés
et dansés. Le spectacle s’ouvre sur une scène
particulièrement tragique, au moment où Leïla s’épanche sur
la tombe de son fiancé. Pendant sept lunes, elle accomplit
une épreuve initiatique, elle le cherche, elle a fait tomber
une à une les barrières qui retiennent son amour captif, et
s’ouvre à la différence. Roméo et Leïla sont deux êtres
issus d’horizons culturels, religieux et géographiques
lointains qui finiront par triompher de ces différences. Une
histoire qui lui ressemble, elle qui s’est entichée de
cultures orientales comme occidentales et qui distille la
richesse de ces influences dans sa musique, interaction
entre musique arabe, classique occidentale et jazz.
Une rose piquée dans la chevelure épaisse, les cheveux
lâchés dégringolants dans le dos et un long châle jeté sur
les épaules mates lui confèrent un charme d’Esméralda, de
gitane languide. A la voix profonde, sensuelle et grave de
Ghalia s’ajoute sa grâce de danseuse, qui puise son
inspiration dans la danse orientale, indienne et le
flamenco. Sa passion pour les danses orientale et indienne
éclôt dans sa tendre enfance, le flamenco l’envoûtera lors
de sa première tournée en Andalousie, où elle se produira en
compagnie d’artistes tels que Yoda, Al Palna, Timna, Maak’s
Spirit et Hh Kally. Ghalia chante, susurre, se jette dans
les graves et grimpe dans les aigus en arabe littéraire. «
L’arabe classique me procure une sensation de mystère et de
magie, raconte la chanteuse. Le poids du mot et sa
musicalité sont comparables à des formules d’alchimie
puissantes. L’effet est immédiat, l’émotion que j’essaie de
susciter est libérée et le spectateur n’a pas besoin de
traducteur pour ressentir ce que j’exprime ». Car l’artiste
qui réside en Belgique, pays dans lequel elle est née,
depuis de nombreuses années, est souvent confrontée à un
public non arabophone, qu’elle doit malgré tout mener sur
les routes de l’émotion et accompagner sur les modulations
de sa voix mélodieuse. Chanteuse, danseuse, actrice à ses
heures (elle a joué dans un film de Moufida Tlatli et dansé
dans le film Swing de Tony Gatliff), Ghalia Benali expose
régulièrement ses collages, qu’elle qualifie de « rituel de
retrouvailles avec moi-même » dans des centres culturels et
des galeries d’art. C’est donc une artiste aux multiples
influences et talents qui envoûtera l’assistance cairote en
cette nuit du Ramadan.
Louise Sarant