Zimbabwe.
Après cinq mois d’un duel acharné entre les deux rivaux, le
président et le chef de l’opposition ont signé un accord de
partage du pouvoir qui devrait mettre fin à la crise
politique.
Une sortie de l’impasse ?
Représentant
pendant dix ans l’opposition devant Robert Mugabe, Morgan
Tsvangirai a arraché le poste de premier ministre dans le
nouveau gouvernement d’union nationale, faute de devenir
président du pays. Après des mois de conflits et de
négociations, les partis politiques du Zimbabwe, le chef de
l’Etat Mugabe, Morgan Tsvangirai, le chef du Mouvement pour
le changement démocratique (MDC), et Arthur Mutambara,
dirigeant d’une faction dissidente du MDC ont signé lundi
dernier un accord de partage du pouvoir.
Selon l’accord, les pouvoirs du président Mugabe seront
considérablement réduits au profit de ceux de Tsvangirai.
Les deux dirigeants se sont mis d’accord samedi dernier sur
la composition du nouveau gouvernement, qui comprendra 31
ministres (15 au MDC, 13 à la Zanu-PF et 3 à la faction
d’Arthur Mutambara) et les noms des ministres devraient être
annoncés dans les jours à venir. En outre, deux membres de
la Zanu-PF occuperaient les postes largement protocolaires
de vice-présidents, le parti de Mugabe aura huit
vice-ministres, le MDC six et la faction de Mutambara un.
Si le président Robert Mugabe, 84 ans dont 28 au pouvoir,
conserve certaines des prérogatives du chef de l’Etat,
Tsvangirai participera aussi à l’élaboration des politiques
et en surveillera la mise en œuvre. Tsvangirai contrôle la
mise en œuvre des décisions par le biais d’un Conseil des
ministres sous sa responsabilité. Si le Centre de
commandement conjoint, regroupant les chefs d’état-major de
l’armée, la police et les services secrets, passe sous
contrôle du premier ministre, le président continuerait de
diriger les forces armées secrètes. Le MDC de Tsvangirai
prendrait le contrôle du ministère de l’Economie et de
Finances, pivot du redressement du pays, ainsi que le
contrôle des portefeuilles de l’Administration locale, de
l’Information, de l’un des portefeuilles de la Justice.
En plus, l’accord permettra au gouvernement de lancer des
réformes constitutionnelles, processus qui devrait aboutir
dans un an et demi à une nouvelle Constitution et à des
élections. Cet accord doit marquer la fin de la grave crise
politique née de la défaite du parti au pouvoir aux
élections générales du 29 mars et qui a été marquée par un
déchaînement de violences.
La communauté internationale prudente
Bien que bien accueilli, l’accord suscite tout de même
l’inquiétude de la communauté internationale. Toujours
prudente, l’Union européenne veut se donner le temps
d’examiner cet accord. Elle attend voir la restauration de
la démocratie. « L’UE ne se prononcera pas avant le mois
d’octobre sur l’éventuelle imposition de sanctions à des
proches du président zimbabwéen Robert Mugabe », a annoncé
lundi à Bruxelles le porte-parole de la diplomatie
européenne, Javier Solana. A l’origine, face au blocage des
discussions au Zimbabwe, l’Union européenne avait prévu de
prendre ce lundi de nouvelles sanctions — gel des comptes
bancaires et interdiction de voyager en Europe — contre des
personnalités liées au régime du président Mugabe. Selon un
diplomate européen, il s’agissait d’ajouter une dizaine de
noms à la liste de ces personnes interdites de séjour dans
l’UE. Une liste qui compte déjà 168 personnes, dont Robert
Mugabe et sa femme Grace, plus quatre entreprises qui
soutiennent financièrement le régime.
Ce n’est pas seulement la communauté internationale qui se
montre prudente quant aux chances de mise en œuvre de cet
accord, mais aussi les Zimbabwéens. Ces derniers attendent
une amélioration des conditions de vie quotidienne sous le
nouveau gouvernement. Le Zimbabwe est miné par une
hyperinflation de plus de 11 millions pour cent, la
production est au point mort et plusieurs millions de
Zimbabwéens sont menacés de famine.
Maha
Salem