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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Société

Religion . Sans papiers, les bahaïs, dont le culte n’est pas officiellement reconnu, mènent une vie difficile où ils n’ont quasiment pas le statut de citoyens. Portait d’une famille dont le quotidien devient un défi. 

La patience comme unique ressource

« Le gouvernement nous pousse à mentir », lance Wassim Kamaleddine, un bahaï à qui le gouvernement interdit, tout comme les autres bahaïs, de mentionner sa vraie religion sur les papiers officiels et l’oblige à déclarer qu’il est musulman ou chrétien. Une situation que tous les bahaïs rencontrent en faisant sortir leurs papiers d’identité à cause de leur appartenance religieuse. Le dernier incident qui a bouleversé la vie de Wassim est que sa fille a été renvoyée l’année dernière de l’école à cause de l’acte de naissance qui, comme la plupart des pièces d’identité égyptiennes, doit comprendre la mention de la religion. Or, le père voulait marquer « bahaï ». « Quand je leur ai demandé d’inscrire le mot bahaï, ils ont refusé et m’ont dit qu’il fallait choisir entre les deux religions, même si cela était de la duperie. Ils n’ont même pas accepté de laisser la case vide », explique Wassim, qui refuse une telle supercherie et dit n’avoir pas honte de sa confession. Et ce n’est pas le seul problème auquel la famille de Wassim a dû faire face, bien d’autres ont suivi.

En fait, tous les bahaïs rencontrent des difficultés depuis des années, car ils n’ont pas de papiers d’identité. La vraie crise s’est déclenchée à la fin des années 1990, lorsque le gouvernement a promulgué une loi exigeant à tous les citoyens de renouveler leurs cartes d’identité : les anciennes ayant été remplacées par des cartes numériques sur lesquelles on doit mentionner plusieurs informations, y compris sa confession. Pour les bahaïs, il était hors question de nier leur secte, et de son côté, l’Etat ne reconnaît que les trois religions révélées. Alors aucun bahaï n’a pu obtenir ses papiers d’identité. Le délai pour changer de carte d’identité avait alors expiré et, bien entendu, cette année, personne n’a le droit d’utiliser de nouveau l’ancienne carte (voir encadré).

Depuis toujours, les bahaïs n’avaient comme problèmes que les regards hébétés des gens en apprenant qu’ils ne sont ni musulmans ni chrétiens, et qu’ils font partie d’une secte rare dont beaucoup de citoyens ignoraient l’existence. Et donc, ils ont continué à mener leur vie normalement avec ce tiret sur la case où est supposé être mentionnée leur religion, et leurs enfants assistaient dans leurs écoles aux cours de religion, certains avec les chrétiens et d’autres avec les musulmans. « Nous sommes des gens pacifiques et c’est l’une des exigences de notre religion. On ne cause jamais de problèmes, on ne revendique rien sauf d’avoir une identité comme les autres citoyens et sans que cette histoire de religion n’entrave en quoi que ce soit, car c’est un choix personnel », dit Emténane, ingénieur et frère de Wassim, qui poursuit que la nouvelle génération est privée de sa religion qu’elle ne peut apprendre à l’école comme les deux autres confessions.

 

Exil forcé

Et pour éviter un casse-tête au quotidien, les bahaïs rasent les murs. Les frères Emténane et Wassim ont préféré monter leur propre business pour éviter toute discrimination au cas où ils auraient à travailler sous la direction des autres. Ils possèdent un atelier de prêt-à-porter. Laurine, la femme de Emténane, ne comprend toujours pas pourquoi les bahaïs doivent garder ce tiret sur cette case ou la laisser vide. Sans papiers, les bahaïs semblent aussi être privés des droits les plus élémentaires d’un citoyen égyptien.

Emténane, Laurine et leurs trois filles sont en train d’aménager le nouvel appartement qu’ils viennent de louer. « On doit passer le reste de notre vie à déménager d’un appartement à un autre, car sans papiers d’identité, on ne peut pas s’en offrir », dit Emténane. Il confie ne pas pouvoir s’acheter une voiture pour les mêmes raisons. Des gens qui n’ont pas de papiers d’identité peuvent aussi rencontrer des problèmes de tous genres. « Les choses que les citoyens font normalement chaque jour, pour les bahaïs c’est très difficile à réaliser. Je n’ai pas le droit par exemple de passer une nuit dans un hôtel dans la même chambre que mon mari, parce que je ne possède pas d’acte de mariage officiel, même si je possède celui des bahaïs », lance Laurine.

Wassim, de son côté, confie : « Si quelqu’un me remet un chèque, je dois être accompagné de mon chauffeur pour retirer la somme à la banque, car je n’ai rien qui prouve mon identité ». Ce dernier et tous les autres ne peuvent bénéficier d’un compte bancaire, encore moins d’un crédit car pour tout, il faut prouver son identité. Bref, ils sont sans papiers officiels, et pour l’Etat, ils n’existent pas.

Raison pour laquelle on ne peut pas connaître le nombre exact des bahaïs en Egypte. « En fait, on peut vivre aussi normalement sans la carte d’identité, car on a nos passeports qui nous permettent de régler certains de ces problèmes. Mais on va en être privés, car il va falloir les renouveler bientôt et cela va nous poser encore des problèmes », dit Laurine.

Or, ces familles, privées de pratiquer leurs cultes et de se réunir tous les 19 jours dans un « Mahfal », le font à la maison. Les membres de chaque famille se rassemblent une fois par mois pour discuter de leurs affaires et leurs problèmes, et bien entendu, un sujet les préoccupe : celui de l’identité.

Bien que les bahaïs soient marginalisés un peu plus qu’avant à cause de cette histoire de papiers officiels, il y en a parmi eux qui ne baissent pas les bras face à cette situation, à l’exemple de Carmel, la sœur de Emténane et Wassim, qui a intenté un procès dernièrement pour que ses enfants aient le droit d’obtenir un acte de naissance comme tous les Egyptiens et quelle que soit leur religion. « Bien que notre vie soit paralysée et que l’on a beaucoup de tracas, on ne pense pas quitter notre pays », conclut Emténane, qui ne perd pas espoir, surtout que la patience est l’un des caractères qui distinguent les bahaïs .

Hanaa Al-Mékkawi

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Entre loi et histoire 

L’histoire des bahaïs a toujours été marquée par des situations difficiles. « On nous attaque et on finit par gagner », dit Emténane Kamaleddine. Le culte des bahaïs es

t apparu pour la première fois en Egypte en 1868 et a toujours connu des moments difficiles, dont les plus dures étaient en 1960, lorsque le président Abdel-Nasser leur a interdit de pratiquer leur religion et a fermé les assemblées « Mahafel », où se tenaient leurs réunions.

Au fil du temps, ils ont fini par s’intégrer dans la société et sont restés discrets en faisant croire aux gens qu’ils étaient soit chrétiens ou musulmans, mais sur leurs papiers d’identité, aucune religion n’est mentionnée sauf le mot bahaï ou alors un petit tiret. Dans les années 1980, ils ont réussi à obtenir gain de cause. La loi leur a donné le droit de mentionner leur religion, mais cette décision n’a jamais été appliquée.

 




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