Jérusalem, et le jour J d’Israël !
Ahmad Y. Al-Qarei
Spécialiste des questions de Jérusalem
Jamais
le plan de judaïsation de Jérusalem n’a été une menace aussi grande pour
l’avenir de la ville sainte. Alors que les pays arabes se préparent à désigner
la ville dès le début de l’année prochaine capitale de la culture arabe. Cependant,
un grand doute plane sur ce projet à cause de la situation historique actuelle
que vit Jérusalem avec ses lieux sacrés, ses territoires, son patrimoine, son
architecture et tout son poids historique pris en otage à l’intérieur du mur de
séparation raciste, totalement à l’écart de son environnement arabe. Le
sabotage israélien mené contre les lieux sacrés musulmans et chrétiens se
poursuit nuit et jour, parallèlement à une colonisation juive intense. A tel
point qu’un temple similaire au modèle de Salomon est en train d’être
construit, comme prélude à la destruction des fondations de la Mosquée d’Al-Aqsa. Israël tend à mettre en place un nombre de temples
juifs dans les différents coins de Jérusalem afin de conférer un aspect juif à
la ville et ne cesse de transgresser la liberté de culte en empêchant les
fidèles des autres religions de parvenir aux lieux sacrés pour prier ou pour
pratiquer les cultes religieux en toute liberté, sans contraintes.
Le
statu quo de Jérusalem affecte négativement l’arabité de la ville ainsi que la
sécurité arabe et musulmane. Des violations israéliennes qui vont à l’encontre
du droit international, de la légitimité internationale et des droits de
l’homme.
Alors
que le plan de judaïsation de Jérusalem est accéléré, nous trouvons qu’Olmert, le premier ministre israélien, refuse d’inscrire la
cause de Jérusalem dans le calendrier de toute réunion bilatérale ou
multipartite avec l’Autorité palestinienne revendiquant son report de un à cinq
ans.
En
réalité, le report des négociations autour de Jérusalem, qui se succèdent
depuis Oslo 1993, suscite actuellement des craintes plus qu’auparavant pour de
nombreuses raisons avec d’abord l’absence du parrain du processus de paix, à
savoir le président américain, discrédité totalement depuis le discours qu’il a
prononcé devant la Knesset en mai dernier. Les Arabes craignent qu’Israël et
les Etats-Unis se soient entendus sur l’heure de la proclamation officielle de
Jérusalem comme capitale d’Israël. D’ailleurs, cette reconnaissance des
Etats-Unis de Jérusalem comme capitale officielle était reportée depuis 1995
lorsque le Congrès américain a décrété une loi reconnaissant Jérusalem comme
capitale éternelle d’Israël. A cette époque, le président américain en
exercice, Clinton, avait préféré reporter l’application de cette loi pour 6
mois pour qu’elle n’affecte pas le rôle américain au Moyen-Orient en tant que
parrain du processus de paix.
Il n’y
a rien d’étonnant à l’idée que Washington et Tel-Aviv se soient préalablement
entendus sur la date de la proclamation de Jérusalem comme capitale d’Israël. A
ce moment-là, les Etats-Unis s’empresseront d’inaugurer l’ambassade américaine
qui avait été installée sur un territoire qui était la propriété d’un waqf islamo-chrétien à Jérusalem. Les Etats-Unis
n’avaient-ils pas été les premiers à reconnaître l’Etat d’Israël le soir du 15
mai 1948, quelques minutes après l’annonce par Ben Gourion
de l’indépendance d’Israël ?
Dans
ce contexte, une question s’impose : qu’adviendra-t-il si le président
américain George Bush décide, avant son départ de la Maison Blanche, de ne pas
promulguer la décision américaine traditionnelle concernant le report du
transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem pour 6 mois ? Qu’adviendra-t-il
si le candidat démocrate ou républicain se trouve amené dans la surenchère
électorale à promettre catégoriquement l’inauguration de l’ambassade américaine
à Jérusalem pour gagner le soutien du lobby juif américain aux élections.
La
réplique arabe et musulmane à ces deux interrogations se fait de la sorte : que
la Ligue arabe et l’Organisation de la conférence islamique s’engagent à
adopter un discours arabo-musulman unifié devant la nouvelle session de
l’Assemblée générale de l’Onu le 16 septembre, c’est-à-dire à quelques semaines
de la bataille électorale américaine, prévue en novembre prochain.
La
majorité écrasante des membres de l’Assemblée générale de l’Onu appartiennent
aux continents du Sud — ceux du tiers monde — l’Afrique, l’Asie et l’Amérique
latine. Les gouvernements et peuples de ces trois continents sympathisent avec
la cause palestinienne, tout en étant conscients de sa justesse. Ils ont
soutenu toutes les décisions qui ont confirmé les droits du peuple palestinien
et surtout celui de la mise en place d’un Etat palestinien avec pour capitale
Jérusalem. Il est temps que les différentes délégations devant l’Assemblée
générale de l’Onu se prononcent sur un nouveau projet de résolution pour le
futur Etat palestinien avec Jérusalem comme capitale. Le président palestinien
Mahmoud Abbass, Abou-Mazen,
quant à lui, est amené à répéter la même scène où Arafat était le principal
acteur en 1974, lorsqu’il a prononcé son discours sur l’estrade des
Nations-Unies, avec à la main le rameau de l’olivier qui l’a accompagné
jusqu’au dernier souffle.
L’Assemblée
générale des Nations-Unies est actuellement la meilleure tribune internationale
pour défendre les droits du peuple palestinien, à un moment où les activités du
Conseil de sécurité ont été gelées dans le cadre des intérêts américains.