Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy, Un procès-verbalsauvé de l’incendie
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Opinion

Un procès-verbal sauvé de l’incendie

Mohamed Salmawy

Je tiens entre mes mains, après le récent drame de l’incendie du Conseil consultatif, les minutes complètes d’une séance parlementaire qui date de 80 ans et dont on a retrouvé le procès-verbal sur le trottoir à l’extérieur du bâtiment que les flammes ont dévoré.

Il est probable que ce document se soit envolé pendant l’incendie ou dans les tentatives d’extinction. Quoi qu’il en soit, je l’ai entre mes mains en excellent état sans qu’il ne soit affecté par les flammes ou les tuyaux d’eau.

Si je tiens à publier dans cet espace le texte littéral du document, c’est parce que j’espère que tous les papiers et documents qui ont été affectés et ont disparu dans l’incendie seront recensés officiellement. Soit pour dire que toutes les informations que l’on retrouve dans la presse exagèrent en avançant que l’histoire de l’Egypte a été incendiée à l’intérieur de ce bâtiment. Soit pour relever, comme le font les informations officielles, que rien n’a été brûlé au point d’en arriver à penser que le Conseil consultatif n’a pas été touché.

Le document qui m’est parvenu n’est autre que le procès-verbal de la séance n°10 de la session parlementaire de 1938. Cette séance doit être la plus courte tout au long de l’histoire parlementaire. L’un des députés a demandé la parole et le président a refusé de la lui accorder. Face à l’insistance du député, le président du Conseil consultatif s’est trouvé obligé de mettre un terme à la séance. Les événements de cette séance ont été inscrits dans ce procès-verbal et on peut y lire littéralement ce qui suit :

La Chambre des députés s’est réunie publiquement à 17h40 le lundi le premier du Zil Qaëda de l’année 1356 de l’hégire, correspondant au 3 janvier 1938 sous la présidence du respectable Dr Ahmad Maher, président de la Chambre.

Les travaux du secrétariat législatif ont été effectués par les députés respectables Messieurs Mahmoud Soliman Ghannam et Omar Omar. Ont assisté à cette séance tous les députés respectables, à l’exception de ceux qui se sont absentés parce qu’ils étaient en congé, ou ceux qui se sont excusés (la séance a d’ailleurs désigné les noms de Mahmoud Fahmi Al-Noqrachi pacha et Wassef Ghali pacha parmi d’autres noms).

Les événements qui ont animé la séance ont été retracés comme tel :

— Monsieur le respectable député, Son Excellence Moustapha Al-Nahhas pacha : Je demande la parole et je voudrais l’insérer dans le calendrier d’aujourd’hui.

Le président : Pas avant la lecture de la liste des excuses et des lettres.

— Monsieur le respectable député, Son Excellence Moustapha Al-Nahhas pacha : J’insiste à prendre la parole.

— Le président : J’ai déjà dit après la lecture des lettres.

— Monsieur le respectable député, Son Excellence Moustapha Al-Nahhas pacha : J’insiste à prendre la parole maintenant.

— Le président : J’interdis à votre Excellence de prendre la parole.

— Monsieur le respectable député, Son Excellence Moustapha Al-Nahhas pacha : Je m’attache au règlement interne et à son article n°27.

— Le président : Je vous interdis de parler conformément au règlement interne et il est de mon droit de mettre de l’ordre dans la séance.

(on entend un brouhaha provenant de la salle).

— Monsieur le respectable député, Son Excellence Moustapha Al-Nahhas pacha : J’insiste à prendre la parole conformément au règlement interne et à cause de ce que j’ai entendu de Son Excellence M. le président.

— Le président : La séance est levée.

Sur ce, la séance se termine à 17h50 comme le dit littéralement le procès-verbal.

Une séance qui n’a duré que 10 minutes uniquement. En prenant en compte le temps consacré à la lecture des noms des députés absents et de ceux qui se sont excusés, on remarquera que la discussion n’a duré que quelques minutes. Au cas où la fondation internationale Guinness serait au courant des événements de cette séance, elle l’aurait sans doute insérée dans sa célèbre encyclopédie de chiffres records, pour avoir été la séance parlementaire la plus courte du monde entier.

En revenant aux raisons pour lesquelles la séance a été levée en ce court laps de temps, nous verrons qu’elles découlent du refus du président de la Chambre des députés de donner la parole à l’un des députés sans raison valable. D’ailleurs, il est étrange que chacune des deux personnes concernées se soit référée dans son argumentation à la loi et au règlement interne. Le député a mentionné l’article sur lequel il s’est appuyé en demandant la parole, alors que le président, lui, a avancé qu’il fallait lire d’abord les excuses et les lettres avant de passer à l’ordre du jour. Il s’est référé également à son droit naturel consistant à mettre de l’ordre dans la séance.

Cet incident parlementaire acquiert une plus grande signification, si nous prenons en considération que ses deux héros sont deux grands noms du monde de la politique en Egypte à l’époque avant la Révolution, à savoir Son Excellence Moustapha Al-Nahhas pacha, le député qui a demandé la parole, et le président de la Chambre des députés qui a refusé sa demande, le Dr Ahmad Maher (plus tard Ahmad Maher pacha). Ce document est d’une grande valeur, d’autant qu’il véhicule un message d’une importante portée à ceux qui ne cessent de pleurer l’ère révolue de la démocratie à l’époque royale. Si cela a eu lieu avec un député de la stature de Moustapha Al-Nahhas pacha, que se passait-il avec les autres députés ? Ce même scénario peut-il se répéter aujourd’hui ? Une séance peut-elle être annulée quelques minutes après son début, pour la simple et unique raison que son président a refusé de donner la parole à l’un des députés ?

Par conséquent, la question la plus importante qui s’impose : si cette séance extrêmement courte, et dont le procès-verbal est d’une seule page, suscite autant de questions, qu’en sera-t-il alors des procès-verbaux d’autres séances de loin plus importantes témoignant de faits d’Histoire et événements politiques d’envergure ? Des procès-verbaux que nous aurions perdus dans cet incendie qui n’a pas fait l’objet jusqu’alors d’une enquête officielle crédible autour de ses dégâts effectifs ? .

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