Contrepoids
Inquiètes de l’influence grandissante de l’Iran dans la
région, les six monarchies arabes du Golfe se tournent
vers d’autres puissances régionales pour faire
contrepoids à Téhéran. C’est le sens de l’accord signé
le 2 septembre entre le Conseil de Coopération du Golfe
(CCG) et la Turquie pour renforcer leur coopération dans
les domaines politique, militaire et économique.
La signature du mémorandum d’accord — qualifié de
partenariat stratégique par cheikh Hamad Al
Thani, chef de la diplomatie
du Qatar, qui préside actuellement le CCG — a eu lieu en
marge d’une réunion ordinaire des ministres des Affaires
étrangères du CCG (Arabie saoudite, Koweït, Emirats
arabes unis, Qatar, Bahreïn, Oman), à Djeddah, dans
l’ouest du royaume saoudien, en présence du chef de la
diplomatie turque Ali Babacan.
Une bonne partie de la rencontre a été consacrée à
l’ouverture par l’Iran de deux bureaux administratifs
sur l’île d’Abou-Moussa, dans le Golfe, considérée par
les Emirats arabes unis comme une violation d’un accord
sur une administration conjointe de ce territoire. La
démarche iranienne alimente un différend vieux de
plusieurs décennies. L’Iran a pris en 1971 le contrôle
d’Abou-Moussa et des îlots de la grande et petite
Tomb, près du détroit
d’Ormuz, après le départ des forces britanniques du
Golfe et a toujours rejeté les prétentions des Emirats
sur ces territoires. Abou-Moussa est une île de 12 km2 à
peu près à égale distance de l’Iran et des Emirats. Sa
position stratégique et ses réserves supposées de
pétrole en font un enjeu important.
Abou-Dhabi reproche à Téhéran d’avoir remis en
cause en 1992 le statu quo qui prévalait jusqu’alors, en
renforçant sa présence militaire sur l’île.
Outre ce différend, les monarchies sunnites arabes du
Golfe s’inquiètent, même si elles ne le disent pas
publiquement, des ambitions de Téhéran d’exercer son
hégémonie dans la région. Elles citent à cet égard
l’influence croissante en Iraq et au Liban de l’Iran
chiite, qui cherche à s’imposer comme une puissance
régionale. Engagés dans un bras de fer avec l’Occident
autour de son programme nucléaire controversé, les pays
du CCG craignent également les ambitions
nucléair
es de l’Iran, qui refuse de suspendre son programme
d’enrichissement de l’uranium. Ils demandent à Téhéran
de donner des assurances sur le caractère pacifique de
son programme nucléaire et redoutent d’être affectés ou
entraînés dans une éventuelle confrontation militaire
entre les Etats-Unis et l’Iran.