Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs | Les chevaux courent le risque
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Nulle part ailleurs

Maladie. Ce n’est pas la grippe aviaire, ni la fièvre aphteuse, mais la grippe équine (H7N7) qui a fait son apparition en Haute-Egypte, précisément à Edfou, un des foyers de la maladie. Ce virus, qui atteint les équidés, menace le gagne-pain des propriétaires de calèches en ce début de la haute saison touristique. Reportage.

Les chevaux courent le risque

Edfou,
De notre envoyée spéciale —
Il est 10h00 du matin. Le soleil darde ses rayons lumineux sur les passagers qui se rendent au temple d’Edfou. Le temple se trouve un peu loin et il faut prendre l’une des calèches qui se regroupent sur le quai. Une escapade en soi qui permet de parcourir Edfou, cette petite ville située entre Louqsor et Assouan sur la rive ouest du Nil. Mais la scène a changé depuis quelques jours. Ce n’est pas la clientèle qui se fait rare, mais plutôt les calèches. On ne remarque plus ces voitures bien astiquées, ornées de guirlandes multicolores qui se garaient tout au long de la corniche. C’est là que les cochers se pointaient, dès 8h du matin, en attendant impatiemment les touristes pour les transporter au musée de Horus. Ces conducteurs qui ne ratent jamais la saison touristique ont disparu de la circulation.

« Tous les événements familiaux, tels que mariages et déménagements doivent attendre la fin de la saison touristique, mais il semble que c’est un moussem dobma (une saison morte) », lance Am Hussein, 45 ans. Dans son dialecte nubien, ce cocher résume l’inquiétude et l’agitation qui règnent en ce moment dans la région. Un état d’alerte a été lancé et précisément à l’hôpital Brooke qui offre des soins vétérinaires. Plus de 100 cochers font la queue. Ils attendent que leurs bêtes de trait passent à la consultation. Chacun est paniqué et veut s’assurer que son animal est en super forme avant de se remettre au travail. Portant une galabiya grise et coiffé d’un turban blanc, Am Hussein, à la moustache bien épaisse, exprime sa tristesse. « Je ne sais pas de quoi souffre Gelgel. Il se portait bien, puis il a fait une forte fièvre, s’est mis à tousser, a perdu de son appétit et a commencé à faiblir », explique-t-il au vétérinaire tout en caressant le flanc de Gelgel, son cheval, mais aussi la prunelle de ses yeux. C’est rare que Am Hussein se rende chez un médecin, même quand l’un de ses enfants est souffrant, c’est généralement sa femme qui s’en charge, mais pour son cheval, il en est autrement. Si son Gelgel tombe malade, il ne pourra plus nourrir personne. « Je ne sais pas comment subvenir aux besoins de ma famille composée de sept personnes ... Avec le Ramadan, la rentrée scolaire et le petit Baïram, je préfère encore ne pas y penser », dit-il les larmes aux yeux, tout en implorant Dieu que son cheval guérisse rapidement pour reprendre son boulot. L’assistant du vétérinaire s’approche de l’animal, lui pose une musette pour éviter qu’il ne morde personne, ligote trois de ses membres pour le mobiliser, jamais les quatre à la fois pour que la bête ne perde pas son équilibre. En fait, trois suffisent pour l’empêcher de s’enfuir ou de lancer des ruades, puis le vétérinaire s’avance pour lui faire une injection. « Ne vous inquiétez pas, son état n’est pas critique. Il faut seulement couvrir le cheval, l’isoler dans un lieu propre et confortable, à l’abri des courants d’air, le mettre au repos trois semaines au moins pour limiter le risque de séquelles pulmonaires ou cardiaques et lui faire une analyse des sécrétions nasales pour confirmer la suspicion de la grippe et deux prises de sang à 3 semaines d’intervalles pour être sûr de sa guérison », lui explique le Dr Ahmad Samir, vétérinaire à l’hôpital, tout en se lavant bien soigneusement les mains. L’ordonnance à la main, Am Hussein a l’air désemparé. Trois semaines de repos signifient pour lui trois semaines de chômage. Et s’il remettait son cheval au travail, il risquerait de perdre, et pour toujours, sa source de revenus. Mais il n’a d’autres choix que de suivre les conseils du vétérinaire, même si sa famille va en pâtir. Il s’empresse de mettre son cheval au repos et commence à lui prodiguer les premiers soins. « Il faut qu’il guérisse. Il est toute ma fortune ».

 

Une saison morte

En effet, la grippe équine a eu l’effet d’une tornade changeant non seulement la vie de Am Hussein, mais aussi celle de tous les cochers assouanais. Tout a commencé depuis deux mois lorsque l’on a annoncé que le virus H7N7 de la grippe équine a touché la Haute-Egypte et particulièrement la ville d’Edfou. Il ne s’agit pas de personnes ou de volailles, mais d’équidés (chevaux, ânes et mulets). Petit à petit et au fil des jours, les chiffres ont grossi : le premier jour 30 cas, le second 80, puis 194 et ensuite 2 653 bêtes atteintes. « La grippe équine est l’affection respiratoire virale la plus contagieuse chez les équidés. Elle est due à un virus Influenza (type A HxNx) proche de celui de la grippe humaine. Le virus, réputé peu résistant dans l’environnement, est transmis par l’air, l’eau et le contact avec un animal ou un objet porteur du virus, comme par exemple l’uniforme du vétérinaire ou le bassin dans lequel boivent les chevaux, etc. La contamination se ferait principalement par l’éternuement des chevaux (et par les excréments, via les mouches). Il est courant qu’une grande partie d’une écurie tombe malade en quelques heures. Autrement dit, ici à Edfou, les chevaux se rassemblent tout au long de la corniche, ils mangent et boivent ensemble, ce qui rend facile la contagion », explique le Dr Hicham Eleiwi, sous-secrétaire de l’hôpital Brooke, tout en ajoutant que si un cheval tombe malade, il faut s’attendre à une contagion de 80 % chez les autres chevaux. Les symptômes de cette grippe : abattement, fatigue, toux forte et douloureuse, en quintes, éternuements, douleurs musculaires et articulaires, température rectale : 40° C, congestion des muqueuses nasales, oculaires et des ganglions, et écoulement nasal séreux (translucide, non purulent). « Le taux de mortalité chez les chevaux n’est pas très élevé. Mais s’il y a des complications comme une pneumonie, les chances de survie de l’animal sont beaucoup plus faibles. Les vaccins sont efficaces, mais les traitements peuvent varier d’un cheval à l’autre. Quant aux êtres humains, ils ont peu de risques d’être infectés par ce virus ». Cependant, le Dr Gamal Osmane, chef du département de la prévention à l’organisme des services vétérinaires à Edfou, pense que bien que le taux d’animaux atteints soit important, celui de la mortalité est très faible. En général, les bêtes les plus touchées par les complications sont les poneys et les vieux chevaux, mais les animaux soumis à un entraînement intensif peuvent également être touchés si leur système immunitaire est affaibli. « Pourquoi cette propagande ? Il semble que la grippe aviaire a beaucoup marqué les esprits. Le mal dont souffrent ces équidés n’est pas nouveau. Il y a 5 ans, ce virus s’était propagé à Assouan. De toute façon, il ne représente pas de vrai danger tant que les vaccins sont disponibles. C’est vrai que cette grippe est contagieuse et se répand très vite, mais elle se guérit et peut être contrôlée si le cheval malade est mis en quarantaine. De plus, le virus n’attaque pas l’homme », affirme-t-il, tout en ajoutant que le premier cas a été détecté au gouvernorat d’Alexandrie lors d’une compétition hippique. Et d’après lui, malgré l’apparition de cas de grippe équine à Edfou, aucun cas n’a été déclaré officiellement au département des services de vétérinaires étant donné que les propriétaires des calèches se sont précipités vers l’hôpital privé Brooke, où les chevaux ont reçu les soins nécessaires et même des médicaments gratuits. Ne possédant pas de place, cet hôpital ne garde pas les animaux malades, ce qui a permis la propagation du virus. Il faut préciser qu’à Edfou et Assouan, il existe un grand nombre de calèches. C’est le moyen de transport utilisé par les touristes pour se rendre soit au musée soit au marché et souvent pour se balader à travers la ville. Autrement dit, c’est la saison touristique qui, en principe, débute au mois de septembre et s’étend jusqu’en mai et les préparatifs vont bon train. Les habitants de cette région doivent compenser la saison morte de l’été où la température dépasse parfois les 50 degrés centigrade.

« Nous chômons durant l’été, car les touristes sont rares. Il nous arrive d’attendre dix jours avant d’avoir un client au mois d’août pour un petit tour en calèche. A cette période, le tarif est réduit, il est à 20 L.E. Tout juste de quoi nourrir la bête qui nécessite 15 L.E. par jour. Par contre, durant la saison touristique, le tarif varie entre 50 et 70 L.E. selon le client. J’arrive alors à épargner environ 1 500 L.E., de quoi faire face aux moments de disette », explique Ahmad Mansour, 39 ans, cocher. Et d’ajouter : « Pendant cette période de grande affluence, mon cheval a droit à 20 L.E. de nourriture par jour ». Aujourd’hui, Ahmad, comme ses collègues de travail, passe son temps attablé sur les cafés, il arrive parfois de faire le tour des hôtels pour vendre aux touristes quelques accessoires et colliers que sa femme et ses filles ont confectionnés. « C’est une crise, il faut la surmonter », confie Ahmad. Et d’ajouter : « Mon voisin n’a pas suivi les conseils du vétérinaire. Résultat, son cheval a fait des complications et il en est mort. Une petite perte vaut donc mieux qu’une grande. Autrement dit, souffrir quelques jours au lieu de perdre l’animal dont le prix s’élève à 10 000 L.E. ». Et malgré cette période de grande disette, Ahmad ne perd pas l’espoir de connaître des jours meilleurs pendant l’Aïd. Il assure que seul Dieu saura lui apporter son gain. Une difficile situation qu’affrontent non seulement les cochers d’Assouan, mais aussi tous les propriétaires des charrettes dispersées ici et là dans les quatre coins de l’Egypte .

Chahinaz Gheith

 




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