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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Maghreb Arabe . La secrétaire d’Etat américaine a achevé dimanche une tournée au Maghreb, centrée sur la lutte antiterroriste.

Washington renforce les canaux

Plaider pour une coopération plus étroite contre le terrorisme en Afrique du Nord. Tel était l’objectif principal de la visite de la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, dans la région du Maghreb arabe, touchée par des violences imputées à des éléments d’Al-Qaëda. C’était la première visite de la secrétaire d’Etat dans cette région importante à la fois pour ses ressources pétrolières, son émigration et le terrorisme. La menace est devenue « encore plus saillante ces derniers mois » en Afrique du Nord, a jugé Mme Rice.

A Rabat, à Alger ou à Tunis, Mme Rice a notamment évoqué la lutte contre le terrorisme. La coopération avec les pays d’Afrique du Nord est bonne, a estimé Mme Rice samedi après avoir rencontré les dirigeants des pays de la région en trois jours de visite. « Mais il y a toujours quelque chose de plus à faire pour resserrer les échanges d’informations et s’assurer que nous avons tous les bons canaux pour donner un appui technique contre le terrorisme », a-t-elle affirmé. Pour « aider les pays de cette région à adopter une approche plus unie face aux défis auxquels ils sont confrontés », Mme Rice a précisé qu’elle participerait en septembre à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations-Unies, à une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union du Maghreb Arabe (UMA), qui compte la Libye, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc, ainsi que la Mauritanie.

A l’issue de son entretien avec M. Bouteflika à Alger, Condoleezza Rice a indiqué qu’ils avaient parlé de leur « grand intérêt dans la lutte contre le terrorisme et la coopération » dans ce domaine. Cette tournée intervient dans un contexte de menace terroriste contre la secrétaire d’Etat américaine, qu’un djihadiste a appelé à assassiner durant son périple au Maghreb, et des mesures de sécurité exceptionnelles ont été prises à Alger.

« Les terroristes essaient. Ils choisissent des cibles et malheureusement il y a eu une série d’explosions ici. Je ne pense pas qu’un risque particulier existe dans cette région », a-t-elle dit à Alger en réponse à une question sur la menace d’attentat d’Al-Qaëda au Maghreb à son encontre. Environ 125 personnes ont été tuées au mois d’août en Algérie, théâtre de nouvelles violences imputables à la branche nord-africaine d’Al-Qaëda ainsi que d’accrochages entre l’armée et des groupes d’activistes.

A Tunis, elle a appelé le gouvernement tunisien à accélérer ses réformes politiques et évoqué la menace terroriste dans la région, au cours d’un entretien avec le président Zine El Abidine Ben Ali à son palais de Carthage. « Il y a eu des réformes politiques », a-t-elle ensuite précisé à quelques journalistes dans l’avion la conduisant de Tunis à Alger. « Nous avons très clairement fait savoir que nous aimerions que la Tunisie en fasse davantage », a précisé Mme Rice en indiquant avoir eu avec le président tunisien une « discussion très bonne et intense » sur la liberté de la presse, la libéralisation de l’Internet, l’accès de l’opposition à la télévision.

La Tunisie ne connaît pas les violences qui ensanglantent encore son voisin algérien, mais n’est pas totalement épargnée par la menace islamiste. Début 2007, près de Tunis, des fusillades entre forces de l’ordre et extrémistes musulmans ont fait 14 morts parmi les activistes.

 

Réchauffement américano-libyen

Si la tournée de Rice évoque une importance particulière puisque l’Afrique du Nord a tant été négligée par l’Administration américaine, l’étape la plus importante était celle de la Libye puisque l’ex-ennemi des Etats-Unis, le colonel Khadafi, est désormais fréquentable. Il faut dire effectivement qu’aucun chef de la diplomatie américaine n’a mis les pieds en Libye depuis 55 ans. Au cours de sa visite diplomatique, Condoleezza Rice a rencontré vendredi le colonel Mouammar Kadhafi. « Je pense que nous prenons un bon départ. Il ne s’agit que d’un début, mais après tant et tant d’années, je pense que c’est une très bonne chose que les Etats-Unis et la Libye aillent de l’avant », a déclaré Rice lors d’une conférence de presse après s’être entretenue avec Kadhafi dans un bâtiment bombardé par des avions militaires américains en 1986. Elle a formulé l’espoir qu’il y ait prochainement un nouvel ambassadeur américain en Libye.

« La visite de Rice est la preuve que la Libye a changé, que l’Amérique a changé et que le monde a changé. Il y a du dialogue, de la compréhension et de l’entente entre les deux pays désormais », a déclaré le ministre libyen des Affaires étrangères, Mohammed Abdel-Rahman Chalgham.

Selon des responsables américains, Rice et Kadhafi ont abordé de nombreux sujets, dont la crise au Darfour, le Proche-Orient et le terrorisme. La chef de la diplomatie américaine a souligné que lorsque des pays sont prêts à changer, les Etats-Unis « sont prêts à répondre ». Une allusion à la Corée du Nord et l’Iran critiqués pour leurs ambitions nucléaires.

Mais la Libye redevenue fréquentable n’en reste pas moins un électron libre et affirme qu’elle n’a de leçons à recevoir de personne en matière de droits de l’homme. M. Chalgham a admis que des divergences persistaient au sujet de la situation des droits de l’homme en Libye. Il a affirmé que son pays n’avait pas de « pressions et leçons » à recevoir à ce sujet. « Nous n’avons pas besoin que certains viennent nous mettre la pression ou nous donner des leçons sur la façon dont nous devrions nous comporter », a déclaré Chalgham lors d’une conférence de presse commune avec Rice.

Le réchauffement américano-libyen de ces dernières années a fait suite à la décision du colonel Mouammar Kadhafi, surnommé « le chien fou du Proche-Orient » par Ronald Reagan, de renoncer à ses programmes d’armement non conventionnels, en décembre 2003. Un choix stratégique qui lui vaut aujourd’hui sa réhabilitation sur la scène internationale et aux yeux de l’Oncle Sam. Les relations diplomatiques entre Washington et Tripoli ont été rétablies en 2004. Elles avaient été rompues en 1981 parce que la Libye était accusée de soutenir le terrorisme. Avant de se rendre à Tripoli, Condoleezza Rice a toutefois dû attendre la conclusion, le 14 août, d’un accord en vue du versement de dommages aux proches des victimes de l’attentat de Lockerbie et de bombardements américains en Libye.

Les autorités libyennes ont mis la dernière main mercredi dernier aux dispositions légales en vue de la création d’un fonds de compensation. Le déplacement de la secrétaire d’Etat a suscité la polémique aux Etats-Unis, certains lui reprochant de se rendre en Libye avant que le paiement des dommages aux victimes n’ait eu lieu, d’autres dénonçant la situation de plusieurs opposants politiques. Outre cet accord financier, Washington négocie un « protocole d’accord militaire » avec Tripoli, qui coopère à la lutte antiterroriste et contribue à endiguer le flot des volontaires décidés à prêter main forte à la guérilla iraqienne.

Aujourd’hui, Tripoli est en phase de réhabilitation. L’Italie et la France ont déjà normalisé leurs relations avec cette puissance régionale et son fantasque dirigeant, partenaire difficile mais incontournable des Occidentaux dans la région .

Rania Adel

 

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