Maghreb Arabe .
La secrétaire d’Etat américaine a achevé dimanche une
tournée au Maghreb, centrée sur la lutte antiterroriste.
Washington renforce les canaux
Plaider
pour une coopération plus étroite contre le terrorisme en
Afrique du Nord. Tel était l’objectif principal de la visite
de la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, dans
la région du Maghreb arabe, touchée par des violences
imputées à des éléments d’Al-Qaëda. C’était la première
visite de la secrétaire d’Etat dans cette région importante
à la fois pour ses ressources pétrolières, son émigration et
le terrorisme. La menace est devenue « encore plus saillante
ces derniers mois » en Afrique du Nord, a jugé Mme Rice.
A Rabat, à Alger ou à Tunis, Mme Rice a notamment évoqué la
lutte contre le terrorisme. La coopération avec les pays
d’Afrique du Nord est bonne, a estimé Mme Rice samedi après
avoir rencontré les dirigeants des pays de la région en
trois jours de visite. « Mais il y a toujours quelque chose
de plus à faire pour resserrer les échanges d’informations
et s’assurer que nous avons tous les bons canaux pour donner
un appui technique contre le terrorisme », a-t-elle affirmé.
Pour « aider les pays de cette région à adopter une approche
plus unie face aux défis auxquels ils sont confrontés », Mme
Rice a précisé qu’elle participerait en septembre à New
York, en marge de l’Assemblée générale des Nations-Unies, à
une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union
du Maghreb Arabe (UMA), qui compte la Libye, la Tunisie,
l’Algérie et le Maroc, ainsi que la Mauritanie.
A l’issue de son entretien avec M. Bouteflika à Alger,
Condoleezza Rice a indiqué qu’ils avaient parlé de leur «
grand intérêt dans la lutte contre le terrorisme et la
coopération » dans ce domaine. Cette tournée intervient dans
un contexte de menace terroriste contre la secrétaire d’Etat
américaine, qu’un djihadiste a appelé à assassiner durant
son périple au Maghreb, et des mesures de sécurité
exceptionnelles ont été prises à Alger.
« Les terroristes essaient. Ils choisissent des cibles et
malheureusement il y a eu une série d’explosions ici. Je ne
pense pas qu’un risque particulier existe dans cette région
», a-t-elle dit à Alger en réponse à une question sur la
menace d’attentat d’Al-Qaëda au Maghreb à son encontre.
Environ 125 personnes ont été tuées au mois d’août en
Algérie, théâtre de nouvelles violences imputables à la
branche nord-africaine d’Al-Qaëda ainsi que d’accrochages
entre l’armée et des groupes d’activistes.
A Tunis, elle a appelé le gouvernement tunisien à accélérer
ses réformes politiques et évoqué la menace terroriste dans
la région, au cours d’un entretien avec le président Zine El
Abidine Ben Ali à son palais de Carthage. « Il y a eu des
réformes politiques », a-t-elle ensuite précisé à quelques
journalistes dans l’avion la conduisant de Tunis à Alger. «
Nous avons très clairement fait savoir que nous aimerions
que la Tunisie en fasse davantage », a précisé Mme Rice en
indiquant avoir eu avec le président tunisien une «
discussion très bonne et intense » sur la liberté de la
presse, la libéralisation de l’Internet, l’accès de
l’opposition à la télévision.
La Tunisie ne connaît pas les violences qui ensanglantent
encore son voisin algérien, mais n’est pas totalement
épargnée par la menace islamiste. Début 2007, près de Tunis,
des fusillades entre forces de l’ordre et extrémistes
musulmans ont fait 14 morts parmi les activistes.
Réchauffement américano-libyen
Si la tournée de Rice évoque une importance particulière
puisque l’Afrique du Nord a tant été négligée par
l’Administration américaine, l’étape la plus importante
était celle de la Libye puisque l’ex-ennemi des Etats-Unis,
le colonel Khadafi, est désormais fréquentable. Il faut dire
effectivement qu’aucun chef de la diplomatie américaine n’a
mis les pieds en Libye depuis 55 ans. Au cours de sa visite
diplomatique, Condoleezza Rice a rencontré vendredi le
colonel Mouammar Kadhafi. « Je pense que nous prenons un bon
départ. Il ne s’agit que d’un début, mais après tant et tant
d’années, je pense que c’est une très bonne chose que les
Etats-Unis et la Libye aillent de l’avant », a déclaré Rice
lors d’une conférence de presse après s’être entretenue avec
Kadhafi dans un bâtiment bombardé par des avions militaires
américains en 1986. Elle a formulé l’espoir qu’il y ait
prochainement un nouvel ambassadeur américain en Libye.
« La visite de Rice est la preuve que la Libye a changé, que
l’Amérique a changé et que le monde a changé. Il y a du
dialogue, de la compréhension et de l’entente entre les deux
pays désormais », a déclaré le ministre libyen des Affaires
étrangères, Mohammed Abdel-Rahman Chalgham.
Selon des responsables américains, Rice et Kadhafi ont
abordé de nombreux sujets, dont la crise au Darfour, le
Proche-Orient et le terrorisme. La chef de la diplomatie
américaine a souligné que lorsque des pays sont prêts à
changer, les Etats-Unis « sont prêts à répondre ». Une
allusion à la Corée du Nord et l’Iran critiqués pour leurs
ambitions nucléaires.
Mais la Libye redevenue fréquentable n’en reste pas moins un
électron libre et affirme qu’elle n’a de leçons à recevoir
de personne en matière de droits de l’homme. M. Chalgham a
admis que des divergences persistaient au sujet de la
situation des droits de l’homme en Libye. Il a affirmé que
son pays n’avait pas de « pressions et leçons » à recevoir à
ce sujet. « Nous n’avons pas besoin que certains viennent
nous mettre la pression ou nous donner des leçons sur la
façon dont nous devrions nous comporter », a déclaré
Chalgham lors d’une conférence de presse commune avec Rice.
Le réchauffement américano-libyen de ces dernières années a
fait suite à la décision du colonel Mouammar Kadhafi,
surnommé « le chien fou du Proche-Orient » par Ronald
Reagan, de renoncer à ses programmes d’armement non
conventionnels, en décembre 2003. Un choix stratégique qui
lui vaut aujourd’hui sa réhabilitation sur la scène
internationale et aux yeux de l’Oncle Sam. Les relations
diplomatiques entre Washington et Tripoli ont été rétablies
en 2004. Elles avaient été rompues en 1981 parce que la
Libye était accusée de soutenir le terrorisme. Avant de se
rendre à Tripoli, Condoleezza Rice a toutefois dû attendre
la conclusion, le 14 août, d’un accord en vue du versement
de dommages aux proches des victimes de l’attentat de
Lockerbie et de bombardements américains en Libye.
Les autorités libyennes ont mis la dernière main mercredi
dernier aux dispositions légales en vue de la création d’un
fonds de compensation. Le déplacement de la secrétaire
d’Etat a suscité la polémique aux Etats-Unis, certains lui
reprochant de se rendre en Libye avant que le paiement des
dommages aux victimes n’ait eu lieu, d’autres dénonçant la
situation de plusieurs opposants politiques. Outre cet
accord financier, Washington négocie un « protocole d’accord
militaire » avec Tripoli, qui coopère à la lutte
antiterroriste et contribue à endiguer le flot des
volontaires décidés à prêter main forte à la guérilla
iraqienne.
Aujourd’hui, Tripoli est en phase de réhabilitation.
L’Italie et la France ont déjà normalisé leurs relations
avec cette puissance régionale et son fantasque dirigeant,
partenaire difficile mais incontournable des Occidentaux
dans la région .
Rania
Adel