Mauritanie .
Le gouvernement putschiste a annoncé la tenue, à la fin du
mois, des « états généraux de la démocratie », des journées
de concertation politique pour une sortie de crise. Une
initiative d’ores et déjà rejetée par l’opposition.
Nouveau pouvoir en quête de légitimité
Un mois après le coup d’Etat militaire, la Mauritanie vit
toujours dans l’instabilité et les divergences. Le premier
ministre Moulaye Ould Mohamed Leghdhaf a annoncé son plan
politique et social pour diriger le pays dans la période à
venir. Mais ces plans ont été jugés inacceptables par
l’opposition. Ce qui est à l’origine de davantage
d’instabilité. D’abord, le premier ministre issu du putsch,
Moulaye Leghdhaf, avait annoncé l’organisation à la fin de
ce mois des « états généraux de la démocratie » c’est-à-dire
des journées de concertation autour d’une plate-forme de
sortie de crise. Selon le premier ministre, cette «
plate-forme de sortie de crise » réunira toute la classe
politique et la société civile. Mais pour l’opposition,
l’unique objectif du pouvoir est de se donner un semblant de
légitimité.
« Il n’y aura pas de tabou », a affirmé le premier ministre,
ajoutant que les rôles des différentes institutions —
présidentielle, parlementaire et militaire — seraient
discutés. Ces plans portent aussi sur d’autres changements.
Le « plan tiendra compte de l’ensemble des questions
pendantes et notamment les conditions d’éligibilité, le
calendrier électoral et éventuellement des amendements
constitutionnels qui garantiraient mieux le respect
réciproque entre les pouvoirs exécutif et législatif,
respect dont l’absence fut à l’origine de la situation
actuelle », a précisé dans un communiqué le premier
ministre.
Une fois ce communiqué publié, l’opposition a annoncé son
rejet. Le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD,
coalition de cinq partis opposés au putsch) exige d’abord la
libération du président renversé le 6 août. Selon un
communiqué, le FNDD a déclaré qu’il « rejette de façon
catégorique toute concertation organisée sous l’égide d’un
pouvoir putschiste et illégitime et réaffirme sa
condamnation totale de cette escalade qui vise à imposer le
fait accompli ». En insistant que tout règlement de la crise
actuelle passe nécessairement par la libération immédiate et
le rétablissement dans la plénitude de leurs fonctions du
président (renversé) Sidi Ould Cheikh Abdallahi et de son
premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf, maintenus en
résidence surveillée.
Quant aux parlementaires, surtout qui sont favorables au
coup d’Etat militaire, ils divergent sur les modalités de la
transition. Ce désaccord porte notamment sur la possible
non-éligibilité de militaires à un scrutin présidentiel. «
Nous sommes en discussions continues avec nos partenaires
indépendants (démissionnaires du parti au pouvoir) sur deux
points essentiels que sont la non-éligibilité des militaires
et le calendrier de la transition », a déclaré Hamidou Baba
Kane, un des responsables du Rassemblement des Forces
Démocratiques (RFD), le deuxième plus important parti au
Parlement et une des principales formations pro-putsch. «
Pour que la prochaine (élection) présidentielle soit libre
et transparente, il faut que les membres du Haut conseil
militaire (junte) au pouvoir observent la neutralité totale
et ne puissent donc se porter candidats » , a-t-il ajouté.
Par ailleurs, le RFD souhaite un calendrier de transition
qui « ne soit pas trop long », évoquant une période qui « ne
dépasse pas 6 mois à un an au maximum ».
En effet, ces parlementaires veulent inclure dans la «
feuille de route » de la « transition » un renforcement du
rôle du Parlement face au président qui jouit de pouvoirs
excessifs, avant tout futur scrutin présidentiel. Dans leur
proposition d’agenda des amendements constitutionnels, ils
exigent une formule qui permette à une assemblée constituée
des deux chambres réunies de démettre le président de ses
fonctions. « Nous avons besoin de cette force dissuasive, de
ce contre-poids pour éviter tout dérapage des institutions,
offrant au Parlement la possibilité de mettre fin aux
pouvoirs de n’importe quel président qui dévierait de la
voie normale sans avoir besoin d’une intervention de l’armée
comme c’est le cas présentement ».
A cet égard, le FNDD a exhorté la communauté internationale
à « plus de pressions » sur les militaires putschistes, en
vue de restaurer la légalité constitutionnelle et de «
prévenir toute récidive putschiste dans la sous-région et
dans le monde ». En effet, il accuse les militaires de
s’être appuyés, avant le coup d’Etat, « sur un groupe de
députés qui leur sont affiliés » pour « monter de toutes
pièces » des crises au Parlement l
Maha Salemgénéral David Petraeus, ont recommandé à M. Bush
de ne plus retirer de soldats d’Iraq cette année et
d’attendre le début de 2009 pour ne retirer qu’une brigade
d’ici à février et de réduire les effectifs d’environ 8 000
hommes d’ici à mars. Il y a actuellement 15 brigades et
environ 145 000 soldats américains en Iraq. Dans le
Financial Times de jeudi, le général Petraeus a évoqué la
possibilité que les troupes de combat américaines aient
quitté Bagdad d’ici à l’été 2009.
Ces retraits coïncideraient avec le déploiement début 2009
d’une brigade de l’armée de terre et d’un bataillon de
Marine, soit environ 4 500 soldats américains
supplémentaires, en Afghanistan. Ce redéploiement
apporterait une réponse à tous ceux qui réclament un
renforcement du contingent américain et international
confronté en Afghanistan à une insurrection revigorée.
C’est le secrétaire à la Défense, Robert Gates, et le chef
d’état-major interarmées, l’amiral Michael Mullen, qui ont
exposé les recommandations à M. Bush le 3 août au cours
d’une vidéoconférence. Elles sont largement le fait du
général Petraeus, commandant en chef des forces américaines
en Iraq. La porte-parole de M. Bush n’a pas dit s’il
comptait suivre ou non ces conseils. Mais elle a rappelé
qu’il écoutait les commandants sur le terrain et ses
conseillers militaires. Et le général Petraeus passe pour
jouir d’un fort crédit auprès de M. Bush. La baisse
spectaculaire des violences, qui sont au plus bas depuis
quatre ans, est portée au crédit de Petraeus et de son
ancien adjoint, le général Raymond Odierno, qui ont lancé la
stratégie de renforcement des troupes en réponse à la guerre
civile interconfessionnelle qui s’était déclenchée en 2006.
Le général Odierno devrait succéder à Petraeus en 2009
lorsque celui-ci prendra la tête du Commandement central
américain, qui supervise toutes les opérations militaires au
Moyen-Orient.
En acquiesçant aux recommandations du général Petraeus, M.
Bush choisirait en pleine campagne présidentielle, dont
l’Iraq est l’un des grands enjeux, de léguer à celui qui lui
succèdera en janvier 2009 une présence militaire plus forte
qu’elle ne l’était deux ans plus tôt, bien que l’opinion,
majoritairement opposée à la guerre, attende un
désengagement. Au moment où les Etats-Unis négocient avec
l’Iraq un accord régissant la présence américaine à long
terme, il braverait les pressions iraqiennes pour un départ
américain, dans un climat de tensions exacerbées par des
informations selon lesquelles le premier ministre Nouri
Al-Maliki et ses collaborateurs avaient fait l’objet d’un
espionnage intensif de la part de l’Administration Bush.
Cette prudence serait inspirée par la fragilité de
l’amélioration constatée en Iraq et par les incertitudes
quant à la tenue d’élections provinciales ou au comportement
des anciens insurgés ralliés au combat contre Al-Qaëda. En
revanche, des redéploiements permettraient à M. Bush
d’apporter un début de réponse à tous ceux qui réclament des
renforts face à la détérioration sur le front afghan. Le
chef d’état-major interarmées, mais aussi les deux candidats
à la présidentielle, sont de ceux-là. Un haut commandant
américain en Afghanistan, le général Jeffrey Schloesser, a
réclamé vendredi dernier davantage de soldats pour faire
face à ce qu’il prévoit comme un surcroît d’activités
hivernales inédit depuis 2002 de la part des insurgés. Il a
chiffré vaguement les besoins en hommes, un « multiple de
mille », mais « pour préserver la dynamique et mener cette
campagne hivernale, il nous les faudra, disons, au cours de
l’hiver ». Face à l’intensification des combats en
Afghanistan depuis deux ans, les commandants américains
réclament jusqu’à trois brigades supplémentaires. Il y a
environ 35 000 soldats américains en Afghanistan.
Jeux électoraux
Avant l’élection qui lui désignera un successeur le 4
novembre, la décision de Bush risque de braquer à nouveau
les projecteurs de la campagne sur l’une des questions qui
divisent le plus profondément le Républicain John McCain et
le Démocrate Barack Obama. M. McCain a farouchement défendu
la guerre à laquelle M. Obama se vante d’avoir été l’un des
rares à s’opposer dès le début. Deux Américains sur trois
sont aujourd’hui défavorables à la guerre, selon les
sondages. A peu près autant sont favorables à un calendrier
de retrait, contre lequel MM. Bush et McCain se sont
longtemps élevés.
La question est de savoir dans quelle mesure la décision que
prendra M. Bush servira ou desservira M. McCain, que les
Démocrates cherchent à peindre en imitateur des politiques
impopulaires du président sortant. M. Bush a assuré à
plusieurs reprises qu’il prendrait ses décisions pour l’Iraq
sans se soucier de calculs électoraux.
Il est confronté aux revendications de souveraineté des
dirigeants iraqiens et aux appels à libérer des soldats pour
le front afghan. Récemment, il a signifié assez clairement
que la diminution de la violence en Iraq pourrait lui
permettre de faire rentrer davantage de soldats.
Mais on ignore comment sa décision s’inscrira dans un accord
que les gouvernements américain et iraqien négocient pour
réglementer la présence américaine à partir de janvier 2009.
Même si la Maison Blanche a assuré que les tractations
n’étaient pas achevées, le premier ministre iraqien a
affirmé qu’un accord avait été conclu selon lequel il n’y
aurait plus aucun soldat étranger en Iraq après 2011. Les
Démocrates auraient beau jeu de retourner contre M. McCain
l’acceptation par M. Bush d’une échéance à laquelle les deux
hommes résistaient .
Hicham
Mourad