Iraq .
Le président Bush devrait annoncer la semaine prochaine son
plan sur la présence des troupes américaines. Aucun retrait
n’interviendrait avant 2009.
Prudence américaine
Selon
un haut responsable américain de la Défense s’exprimant sous
le couvert de l’anonymat, de hauts responsables militaires
et civils, parmi lesquels le commandant de la force
multinationale en Iraq, le général David Petraeus, ont
recommandé à M. Bush de ne plus retirer de soldats d’Iraq
cette année et d’attendre le début de 2009 pour ne retirer
qu’une brigade d’ici à février et de réduire les effectifs
d’environ 8 000 hommes d’ici à mars. Il y a actuellement 15
brigades et environ 145 000 soldats américains en Iraq. Dans
le Financial Times de jeudi, le général Petraeus a évoqué la
possibilité que les troupes de combat américaines aient
quitté Bagdad d’ici à l’été 2009.
Ces retraits coïncideraient avec le déploiement début 2009
d’une brigade de l’armée de terre et d’un bataillon de
Marine, soit environ 4 500 soldats américains
supplémentaires, en Afghanistan. Ce redéploiement
apporterait une réponse à tous ceux qui réclament un
renforcement du contingent américain et international
confronté en Afghanistan à une insurrection revigorée.
C’est le secrétaire à la Défense, Robert Gates, et le chef
d’état-major interarmées, l’amiral Michael Mullen, qui ont
exposé les recommandations à M. Bush le 3 août au cours
d’une vidéoconférence. Elles sont largement le fait du
général Petraeus, commandant en chef des forces américaines
en Iraq. La porte-parole de M. Bush n’a pas dit s’il
comptait suivre ou non ces conseils. Mais elle a rappelé
qu’il écoutait les commandants sur le terrain et ses
conseillers militaires. Et le général Petraeus passe pour
jouir d’un fort crédit auprès de M. Bush. La baisse
spectaculaire des violences, qui sont au plus bas depuis
quatre ans, est portée au crédit de Petraeus et de son
ancien adjoint, le général Raymond Odierno, qui ont lancé la
stratégie de renforcement des troupes en réponse à la guerre
civile interconfessionnelle qui s’était déclenchée en 2006.
Le général Odierno devrait succéder à Petraeus en 2009
lorsque celui-ci prendra la tête du Commandement central
américain, qui supervise toutes les opérations militaires au
Moyen-Orient.
En acquiesçant aux recommandations du général Petraeus, M.
Bush choisirait en pleine campagne présidentielle, dont
l’Iraq est l’un des grands enjeux, de léguer à celui qui lui
succèdera en janvier 2009 une présence militaire plus forte
qu’elle ne l’était deux ans plus tôt, bien que l’opinion,
majoritairement opposée à la guerre, attende un
désengagement. Au moment où les Etats-Unis négocient avec
l’Iraq un accord régissant la présence américaine à long
terme, il braverait les pressions iraqiennes pour un départ
américain, dans un climat de tensions exacerbées par des
informations selon lesquelles le premier ministre Nouri Al-Maliki
et ses collaborateurs avaient fait l’objet d’un espionnage
intensif de la part de l’Administration Bush.
Cette prudence serait inspirée par la fragilité de
l’amélioration constatée en Iraq et par les incertitudes
quant à la tenue d’élections provinciales ou au comportement
des anciens insurgés ralliés au combat contre Al-Qaëda. En
revanche, des redéploiements permettraient à M. Bush
d’apporter un début de réponse à tous ceux qui réclament des
renforts face à la détérioration sur le front afghan. Le
chef d’état-major interarmées, mais aussi les deux candidats
à la présidentielle, sont de ceux-là. Un haut commandant
américain en Afghanistan, le général Jeffrey Schloesser, a
réclamé vendredi dernier davantage de soldats pour faire
face à ce qu’il prévoit comme un surcroît d’activités
hivernales inédit depuis 2002 de la part des insurgés. Il a
chiffré vaguement les besoins en hommes, un « multiple de
mille », mais « pour préserver la dynamique et mener cette
campagne hivernale, il nous les faudra, disons, au cours de
l’hiver ». Face à l’intensification des combats en
Afghanistan depuis deux ans, les commandants américains
réclament jusqu’à trois brigades supplémentaires. Il y a
environ 35 000 soldats américains en Afghanistan.
Jeux électoraux
Avant l’élection qui lui désignera un successeur le 4
novembre, la décision de Bush risque de braquer à nouveau
les projecteurs de la campagne sur l’une des questions qui
divisent le plus profondément le Républicain John McCain et
le Démocrate Barack Obama. M. McCain a farouchement défendu
la guerre à laquelle M. Obama se vante d’avoir été l’un des
rares à s’opposer dès le début. Deux Américains sur trois
sont aujourd’hui défavorables à la guerre, selon les
sondages. A peu près autant sont favorables à un calendrier
de retrait, contre lequel MM. Bush et McCain se sont
longtemps élevés.
La question est de savoir dans quelle mesure la décision que
prendra M. Bush servira ou desservira M. McCain, que les
Démocrates cherchent à peindre en imitateur des politiques
impopulaires du président sortant. M. Bush a assuré à
plusieurs reprises qu’il prendrait ses décisions pour l’Iraq
sans se soucier de calculs électoraux.
Il est confronté aux revendications de souveraineté des
dirigeants iraqiens et aux appels à libérer des soldats pour
le front afghan. Récemment, il a signifié assez clairement
que la diminution de la violence en Iraq pourrait lui
permettre de faire rentrer davantage de soldats.
Mais on ignore comment sa décision s’inscrira dans un accord
que les gouvernements américain et iraqien négocient pour
réglementer la présence américaine à partir de janvier 2009.
Même si la Maison Blanche a assuré que les tractations
n’étaient pas achevées, le premier ministre iraqien a
affirmé qu’un accord avait été conclu selon lequel il n’y
aurait plus aucun soldat étranger en Iraq après 2011. Les
Démocrates auraient beau jeu de retourner contre M. McCain
l’acceptation par M. Bush d’une échéance à laquelle les deux
hommes résistaient.
Hicham Mourad