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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Iraq . Le président Bush devrait annoncer la semaine prochaine son plan sur la présence des troupes américaines. Aucun retrait n’interviendrait avant 2009.

Prudence américaine

Selon un haut responsable américain de la Défense s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, de hauts responsables militaires et civils, parmi lesquels le commandant de la force multinationale en Iraq, le général David Petraeus, ont recommandé à M. Bush de ne plus retirer de soldats d’Iraq cette année et d’attendre le début de 2009 pour ne retirer qu’une brigade d’ici à février et de réduire les effectifs d’environ 8 000 hommes d’ici à mars. Il y a actuellement 15 brigades et environ 145 000 soldats américains en Iraq. Dans le Financial Times de jeudi, le général Petraeus a évoqué la possibilité que les troupes de combat américaines aient quitté Bagdad d’ici à l’été 2009.

Ces retraits coïncideraient avec le déploiement début 2009 d’une brigade de l’armée de terre et d’un bataillon de Marine, soit environ 4 500 soldats américains supplémentaires, en Afghanistan. Ce redéploiement apporterait une réponse à tous ceux qui réclament un renforcement du contingent américain et international confronté en Afghanistan à une insurrection revigorée.

C’est le secrétaire à la Défense, Robert Gates, et le chef d’état-major interarmées, l’amiral Michael Mullen, qui ont exposé les recommandations à M. Bush le 3 août au cours d’une vidéoconférence. Elles sont largement le fait du général Petraeus, commandant en chef des forces américaines en Iraq. La porte-parole de M. Bush n’a pas dit s’il comptait suivre ou non ces conseils. Mais elle a rappelé qu’il écoutait les commandants sur le terrain et ses conseillers militaires. Et le général Petraeus passe pour jouir d’un fort crédit auprès de M. Bush. La baisse spectaculaire des violences, qui sont au plus bas depuis quatre ans, est portée au crédit de Petraeus et de son ancien adjoint, le général Raymond Odierno, qui ont lancé la stratégie de renforcement des troupes en réponse à la guerre civile interconfessionnelle qui s’était déclenchée en 2006. Le général Odierno devrait succéder à Petraeus en 2009 lorsque celui-ci prendra la tête du Commandement central américain, qui supervise toutes les opérations militaires au Moyen-Orient.

En acquiesçant aux recommandations du général Petraeus, M. Bush choisirait en pleine campagne présidentielle, dont l’Iraq est l’un des grands enjeux, de léguer à celui qui lui succèdera en janvier 2009 une présence militaire plus forte qu’elle ne l’était deux ans plus tôt, bien que l’opinion, majoritairement opposée à la guerre, attende un désengagement. Au moment où les Etats-Unis négocient avec l’Iraq un accord régissant la présence américaine à long terme, il braverait les pressions iraqiennes pour un départ américain, dans un climat de tensions exacerbées par des informations selon lesquelles le premier ministre Nouri Al-Maliki et ses collaborateurs avaient fait l’objet d’un espionnage intensif de la part de l’Administration Bush.

Cette prudence serait inspirée par la fragilité de l’amélioration constatée en Iraq et par les incertitudes quant à la tenue d’élections provinciales ou au comportement des anciens insurgés ralliés au combat contre Al-Qaëda. En revanche, des redéploiements permettraient à M. Bush d’apporter un début de réponse à tous ceux qui réclament des renforts face à la détérioration sur le front afghan. Le chef d’état-major interarmées, mais aussi les deux candidats à la présidentielle, sont de ceux-là. Un haut commandant américain en Afghanistan, le général Jeffrey Schloesser, a réclamé vendredi dernier davantage de soldats pour faire face à ce qu’il prévoit comme un surcroît d’activités hivernales inédit depuis 2002 de la part des insurgés. Il a chiffré vaguement les besoins en hommes, un « multiple de mille », mais « pour préserver la dynamique et mener cette campagne hivernale, il nous les faudra, disons, au cours de l’hiver ». Face à l’intensification des combats en Afghanistan depuis deux ans, les commandants américains réclament jusqu’à trois brigades supplémentaires. Il y a environ 35 000 soldats américains en Afghanistan.

 

Jeux électoraux

Avant l’élection qui lui désignera un successeur le 4 novembre, la décision de Bush risque de braquer à nouveau les projecteurs de la campagne sur l’une des questions qui divisent le plus profondément le Républicain John McCain et le Démocrate Barack Obama. M. McCain a farouchement défendu la guerre à laquelle M. Obama se vante d’avoir été l’un des rares à s’opposer dès le début. Deux Américains sur trois sont aujourd’hui défavorables à la guerre, selon les sondages. A peu près autant sont favorables à un calendrier de retrait, contre lequel MM. Bush et McCain se sont longtemps élevés.

    La question est de savoir dans quelle mesure la décision que prendra M. Bush servira ou desservira M. McCain, que les Démocrates cherchent à peindre en imitateur des politiques impopulaires du président sortant. M. Bush a assuré à plusieurs reprises qu’il prendrait ses décisions pour l’Iraq sans se soucier de calculs électoraux.

Il est confronté aux revendications de souveraineté des dirigeants iraqiens et aux appels à libérer des soldats pour le front afghan. Récemment, il a signifié assez clairement que la diminution de la violence en Iraq pourrait lui permettre de faire rentrer davantage de soldats.

Mais on ignore comment sa décision s’inscrira dans un accord que les gouvernements américain et iraqien négocient pour réglementer la présence américaine à partir de janvier 2009. Même si la Maison Blanche a assuré que les tractations n’étaient pas achevées, le premier ministre iraqien a affirmé qu’un accord avait été conclu selon lequel il n’y aurait plus aucun soldat étranger en Iraq après 2011. Les Démocrates auraient beau jeu de retourner contre M. McCain l’acceptation par M. Bush d’une échéance à laquelle les deux hommes résistaient.

Hicham Mourad

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