Al-Ahram Hebdo, Littérature | Samir Darwich, Les mouettes, l’électricité et le sang
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Littérature

Dans ce poème inédit, accompagné de vers tirés de son recueil Al-Nawrass wal kahraba wal dam, le poète égyptien  explore les métaphores de l’amour contemporain.

Les mouettes, l’électricité et le sang

Les couleurs de son squelette à elle 

Elle sort d’entre les lignes comme un coup de feu

Elle sort … parée d’histoires qui ne finissent pas

Comme les fleurs qui s’assemblent dans un panier en plastique

Sur la table du salon !

Et pourquoi alors elle dissémine toutes ces épines

Avec cette extraordinaire architectonique ?

 

Elle invente une langue dont les effets se reconnaissent

Entre différents paradoxes

Une langue qui couvre son visage de la couleur du limon

Et lui ôte son impétueuse féminité !

 

Il va falloir que j’invente une forme pour l’air

Qui entoure son corps …

Que je crée des vibrations pour le timbre de sa voix

Et que je compose un bouquet de couleurs en harmonie avec son squelette

Peut-être comme les couleurs des fleurs qui se dressent

Dans le salon

Ou pareilles aux fleurs en aquarelle de Adly Rizkallah

Mais elles n’ont pas l’aspect du tacheté

De Farouk Hosni, aux touches multiples.

 

Ta voix me parvient aiguë comme le cri de l’enfant

Ta voix me parvient comme le miaulement d’une chatte

Elle me parvient comme le hennissement d’une pouliche

Comme la soumission de la femme

Je forme alors un visage avec les timbres des voix !

 

Il n’est pas difficile de la voir drapée des vapeurs de l’huile

Laissant le toucher de la peau de son visage sur la casserole

Et elle se brûle du feu de sa solitude.

Elle s’assied en tailleur sur le tapis du vestibule

Laissant libres les mèches de ses cheveux

Sans serre-tête ni fleurs !

…………. …………………

Il n’est pas difficile d’apercevoir les ruines d’une histoire pour enfants

— Ratée comme les histoires enfantines ! —

Qui la font rester des heures entre ses objets

Les rangeant selon une suite illogique !

Et ce n’est pas impossible

De la dessiner entre des prairies flamboyantes

Offrant une rose à un enfant de son âge

Et alors un soleil resplendit sur sa joue marmoréenne.

 

Sois une fleur

Sois une aspersion de parfum qui embaume

Sois un jasmin blanc, délicat,

Et sache

Que Dieu m’a repris le sens de l’odorat !

 

Chaque nuit …

Je pose mes amantes sur le lit du souvenir

Je dégage de leurs visages la mosaïque de mon visage :

            Le visage blanc et rond …

            Le brun, sournois …

            Le lie de vin, saturé de désir.

….        …

Chaque nuit …

J’ouvre grand les yeux

Pour dormir drapé dans une ample joie

Qui accorde à mon squelette ses premières couleurs

Les couleurs des fleurs de Adly Rizkallah

Et les tachetures de Farouk Hosni.

 

Et lorsque vient le matin …

J’affronte le monde seul

Seul …

Selon mon habitude.

 

Les pyramides sont des tombes

… pour l’éternité

 

J’ai dit à mon amie universitaire

Avant qu’elle ne m’avoue son désir

De vivre avec moi comme des Européens

Que je prends ce qui me plaît seulement de mes amis.

Et que la blancheur a occupé un intervalle

De ses cheveux tondus au niveau de ses épaules.

Et que j’ai gagné de l’argent du Golfe

Et j’ai acheté une veste

En peau de chèvre.

Et que c’est moi qui ai écrit le poème Patrie des yeux

Qui semble beau par ses émotions.

Et que je n’ai pas du tout vu le tombeau de Taj Mahal

Et que l’air s’est faufilé vers les chambres intérieures

Lorsque Wafaa s’est mariée.

 

J’ai dit à mon amie du Golfe

— Elle me parlait au téléphone à trois heures du matin —

Que la teinte châtain des cheveux qui frôle

Les épaules est une invention de génie

Et que les filles à dix-huit ans sont des volcans d’euphorie

Et que le poème Ne mens pas

Ne concerne pas le timbre de sa voix.

Et que Wafaa coupait ses cheveux

Légers comme les garçons.

Et qu’elle a possédé les dix années de ma vigueur

Et qu’elle est morte d’un caillot de sang

Avant ses trente ans.

 

Et j’ai dit à ma bien-aimée

— Qui a ouvert les pores de sa peau dans l’attente d’un volcan —

Que je l’aimais

Et que les coquillages avaient emprunté ses traits

Dans Deux Alexandrie

Et que je ne peux l’appeler au téléphone toutes les semaines

Pour pouvoir acheter une « chambre à coucher »

Qui convienne à sa féminité.

Et que le nuage qui s’allonge

Sur le front du soleil est livide.

Et que les arbres ne libèrent pas les feuilles

Comme ça,

Soudainement,

Par une décision unilatérale.

Alors elle a dit : qu’elle n’aime pas les tombeaux des morts

Et qu’elle ne coupera pas sa légère chevelure

— Qui cache ses épaules —

Comme les garçons.

 

Le matin du cinq juin

 

Il n’était pas possible que je te parle au téléphone

Le matin du cinq juin,

Car les petits arbres d’ornement

— Qui occupent le cœur du trottoir du milieu —

Etaient tristes plus qu’il ne faut.

Et les voitures de fabrication américaine

Rugissaient en accélérant,

Plus qu’il ne faut,

Provoquant une poussière légère

— Tombant sur les feuilles de ses palmiers —

De temps en temps.

 

Il n’était pas possible

Car le soleil occupait les façades des bâtisses

Et le ciel était vide d’expressions.

Et Abdel-Méguid Atlam me parlait au téléphone

A travers la distance qui sépare les communications de ses agents

De la banque saoudi-britannique.

 

Rien ne m’occupait ce matin-là

De précis.

Je buvais le thé abondamment

Je lisais sur l’importance du choix

De Nastasia Kinski

Pour mettre en vogue un nouveau savon.

Je courais dans les champs de luzerne,

Capturant les papillons. 

 

Sur les factures de vente

J’affichais un sourire à la face de mes clients

Je déduisais un pourcentage du total

Tandis qu’ils remarquaient

— C’est ce que j’ai vu dans leurs yeux —

Que je regardais beaucoup vers une soucoupe circulaire

Assoupie délicatement

Au-dessus d’une maison lointaine.

 

Il n’était pas aigu ce matin-là

Le mal qui ne me quittait pas

Dans les os de mon épaule droite

Ni le temps long qui passe

Sans que personne ne m’écrive.

Mais lorsque j’ai ouvert la porte

J’ai tourné l’interrupteur immédiatement

Pour écouter de Londres

« Le Monde ce matin »

 

Il n’était pas possible que je sois peiné

Devant le visage d’une enfant jolie

— Qui a sept ans —

Qui m’a cajolé alors que j’exposais mon épaule

Aux rayons infrarouges.

Et lorsque j’avais sept ans

Les hommes étaient maussades

Et les femmes, moroses

Je me suis alors accroché à la fenêtre de ma voisine

Cherchant l’abri du jasmin qui bourgeonne

Sur ses lèvres.

 

Il n’était pas possible que je te parle au téléphone

Le matin du cinq juin.

Pour ne pas pleurer

                        — Malgré moi —

Mon père qui est mort pendant l’été

De la quatre-vingt-deuxième année.

Traduction de Suzanne el Lackany

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Samir Darwich

Est né en 1960 au gouvernorat de Qalioubiya. Il travaille dans l’édition et dans l’administration de l’Union générale des écrivains et hommes de lettres arabes. Poète, il appartient à la génération des années 1980, et a déjà publié six recueils de poèmes. De même qu’il a publié deux romans dont Khamas sanawat ramliya (cinq ans de sable) qui a reçu le prix du Club de la nouvelle. Parmi ses recueils de poèmes : Qotoufaha wa soyoufi (ses cueilles et mon épée, éditions de l’Organisme général des palais des cultures en 1991), Al-Zogag (le verre, GEBO en 1999 et réédité dans la collection Maktabet al-osra en 2002), Yawmiyat qaëd al-orchestra (journal du chef d’orchestre, GEBO en 2007). Il a obtenu la bourse du ministère de la Culture pour achever son projet en voie de publication sur le nouveau roman intitulé L’Anti-roman.

 

 

 




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