Dans ce poème inédit, accompagné de vers tirés de son
recueil Al-Nawrass wal kahraba wal dam, le poète égyptien
explore les métaphores
de l’amour contemporain.
Les mouettes, l’électricité et le sang
Les couleurs de son squelette à elle
Elle sort d’entre les lignes comme un coup de feu
Elle sort … parée d’histoires qui ne finissent pas
Comme les fleurs qui s’assemblent dans un panier en
plastique
Sur la table du salon !
Et pourquoi alors elle dissémine toutes ces épines
Avec cette extraordinaire architectonique ?
Elle invente une langue dont les effets se reconnaissent
Entre différents paradoxes
Une langue qui couvre son visage de la couleur du limon
Et lui ôte son impétueuse féminité !
Il va falloir que j’invente une forme pour l’air
Qui entoure son corps …
Que je crée des vibrations pour le timbre de sa voix
Et que je compose un bouquet de couleurs en harmonie avec
son squelette
Peut-être comme les couleurs des fleurs qui se dressent
Dans le salon
Ou pareilles aux fleurs en aquarelle de Adly Rizkallah
Mais elles n’ont pas l’aspect du tacheté
De Farouk Hosni, aux touches multiples.
Ta voix me parvient aiguë comme le cri de l’enfant
Ta voix me parvient comme le miaulement d’une chatte
Elle me parvient comme le hennissement d’une pouliche
Comme la soumission de la femme
Je forme alors un visage avec les timbres des voix !
Il n’est pas difficile de la voir drapée des vapeurs de
l’huile
Laissant le toucher de la peau de son visage sur la
casserole
Et elle se brûle du feu de sa solitude.
Elle s’assied en tailleur sur le tapis du vestibule
Laissant libres les mèches de ses cheveux
Sans serre-tête ni fleurs !
…………. …………………
Il n’est pas difficile d’apercevoir les ruines d’une
histoire pour enfants
— Ratée comme les histoires enfantines ! —
Qui la font rester des heures entre ses objets
Les rangeant selon une suite illogique !
Et ce n’est pas impossible
De la dessiner entre des prairies flamboyantes
Offrant une rose à un enfant de son âge
Et alors un soleil resplendit sur sa joue marmoréenne.
Sois une fleur
Sois une aspersion de parfum qui embaume
Sois un jasmin blanc, délicat,
Et sache
Que Dieu m’a repris le sens de l’odorat !
Chaque nuit …
Je pose mes amantes sur le lit du souvenir
Je dégage de leurs visages la mosaïque de mon visage :
Le visage blanc et rond …
Le brun, sournois …
Le lie de vin, saturé de désir.
…. …
Chaque nuit …
J’ouvre grand les yeux
Pour dormir drapé dans une ample joie
Qui accorde à mon squelette ses premières couleurs
Les couleurs des fleurs de Adly Rizkallah
Et les tachetures de Farouk Hosni.
Et lorsque vient le matin …
J’affronte le monde seul
Seul …
Selon mon habitude.
Les pyramides sont des tombes
… pour l’éternité
J’ai dit à mon amie universitaire
Avant qu’elle ne m’avoue son désir
De vivre avec moi comme des Européens
Que je prends ce qui me plaît seulement de mes amis.
Et que la blancheur a occupé un intervalle
De ses cheveux tondus au niveau de ses épaules.
Et que j’ai gagné de l’argent du Golfe
Et j’ai acheté une veste
En peau de chèvre.
Et que c’est moi qui ai écrit le poème Patrie des yeux
Qui semble beau par ses émotions.
Et que je n’ai pas du tout vu le tombeau de Taj Mahal
Et que l’air s’est faufilé vers les chambres intérieures
Lorsque Wafaa s’est mariée.
J’ai dit à mon amie du Golfe
— Elle me parlait au téléphone à trois heures du matin —
Que la teinte châtain des cheveux qui frôle
Les épaules est une invention de génie
Et que les filles à dix-huit ans sont des volcans d’euphorie
Et que le poème Ne mens pas
Ne concerne pas le timbre de sa voix.
Et que Wafaa coupait ses cheveux
Légers comme les garçons.
Et qu’elle a possédé les dix années de ma vigueur
Et qu’elle est morte d’un caillot de sang
Avant ses trente ans.
Et j’ai dit à ma bien-aimée
— Qui a ouvert les pores de sa peau dans l’attente d’un
volcan —
Que je l’aimais
Et que les coquillages avaient emprunté ses traits
Dans Deux Alexandrie
Et que je ne peux l’appeler au téléphone toutes les semaines
Pour pouvoir acheter une « chambre à coucher »
Qui convienne à sa féminité.
Et que le nuage qui s’allonge
Sur le front du soleil est livide.
Et que les arbres ne libèrent pas les feuilles
Comme ça,
Soudainement,
Par une décision unilatérale.
Alors elle a dit : qu’elle n’aime pas les tombeaux des morts
Et qu’elle ne coupera pas sa légère chevelure
— Qui cache ses épaules —
Comme les garçons.
Le matin du cinq juin
Il n’était pas possible que je te parle au téléphone
Le matin du cinq juin,
Car les petits arbres d’ornement
— Qui occupent le cœur du trottoir du milieu —
Etaient tristes plus qu’il ne faut.
Et les voitures de fabrication américaine
Rugissaient en accélérant,
Plus qu’il ne faut,
Provoquant une poussière légère
— Tombant sur les feuilles de ses palmiers —
De temps en temps.
Il n’était pas possible
Car le soleil occupait les façades des bâtisses
Et le ciel était vide d’expressions.
Et Abdel-Méguid Atlam me parlait au téléphone
A travers la distance qui sépare les communications de ses
agents
De la banque saoudi-britannique.
Rien ne m’occupait ce matin-là
De précis.
Je buvais le thé abondamment
Je lisais sur l’importance du choix
De Nastasia Kinski
Pour mettre en vogue un nouveau savon.
Je courais dans les champs de luzerne,
Capturant les papillons.
Sur les factures de vente
J’affichais un sourire à la face de mes clients
Je déduisais un pourcentage du total
Tandis qu’ils remarquaient
— C’est ce que j’ai vu dans leurs yeux —
Que je regardais beaucoup vers une soucoupe circulaire
Assoupie délicatement
Au-dessus d’une maison lointaine.
Il n’était pas aigu ce matin-là
Le mal qui ne me quittait pas
Dans les os de mon épaule droite
Ni le temps long qui passe
Sans que personne ne m’écrive.
Mais lorsque j’ai ouvert la porte
J’ai tourné l’interrupteur immédiatement
Pour écouter de Londres
« Le Monde ce matin »
Il n’était pas possible que je sois peiné
Devant le visage d’une enfant jolie
— Qui a sept ans —
Qui m’a cajolé alors que j’exposais mon épaule
Aux rayons infrarouges.
Et lorsque j’avais sept ans
Les hommes étaient maussades
Et les femmes, moroses
Je me suis alors accroché à la fenêtre de ma voisine
Cherchant l’abri du jasmin qui bourgeonne
Sur ses lèvres.
Il n’était pas possible que je te parle au téléphone
Le matin du cinq juin.
Pour ne pas pleurer
— Malgré moi —
Mon père qui est mort pendant l’été
De la quatre-vingt-deuxième année.
Traduction de Suzanne el Lackany