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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Evénement

Moqattam . Doweiqa est l’exemple le plus sinistre d’une région sauvage dont l’état s’est empiré suite à la carence des services gouvernementaux.

Un haut lieu de la désolation

Une superficie de 850 feddans et une population d’environ 250 000 personnes, chiffre approximatif, s’agissant d’une zone informelle, Doweiqa, située à l’Est du Caire, est considérée comme la plus grande zone sauvage qu’abrite le Caire. Et elle n’est qu’une sur 76 ... Cette région a fait, depuis longtemps, la une des journaux pour ces incidents meurtriers suite à l’éboulement des rochers qui viennent s’abattre sur les habitations de fortune. Cela dit, cette zone se trouve sur la liste des « priorité de l’Etat ». Mais il ne s’agit là que des mots qui ne cessent de se répéter dans les discours des ministères de l’Habitat consécutifs, sans qu’aucune démarche concrète ne soit prise. Et, les habitants vivent toujours dans des conditions difficiles et misérables en deçà de tous les critères humains.

Ce n’est qu’en 1999 que le gouvernement a commencé à penser à trouver une solution aux zones sauvages qui dévorent de plus en plus la surface urbaine du Caire, et que le choix est tombé sur cette région pour être la première à être réaménagée ? Un vaste plan de réaménagement, patronné par Mme Suzanne Moubarak a été ainsi lancé et dont le budget a été fixé à 200 millions de dollars. En effet, le financement provient dans une grande mesure, 180 millions de dollars, du Fonds Abou-Dhabi pour le développement, s’ajoutant à un don allemand de la société GTZ, et sous la surveillance du gouvernement égyptien. Ce projet devait être réalisé en 8 phases. Et deux objectifs étaient à accomplir. Le premier visait à raser tous les bidonvilles et les remplacer par des bâtiments modernes dont le nombre envisagé était de 10 000 logements. Le second était d’assurer aux zones qui ne seraient pas évacuées différents services comme l’eau potable, le drainage sanitaire, l’électricité, le pavement des routes et autres. Des maquettes de clubs sociaux, des écoles, des jardins ont été aussi esquissées. Mais voilà que 9 ans se sont écoulés et la question qui se pose est de savoir à quel point ce projet a été réalisé.

Un réaménagement en trompe-l’œil

Six phases ont été terminées. 6 000 unités ont été construites en vue de loger 35 000 personnes. Mais voilà, cette nouvelle cité qui s’éloigne seulement de 200 m de Doweiqa est maintenant quasiment déserte et le paysage des taudis est toujours choquant. Pour beaucoup, ce réaménagement n’est qu’un paysage à trompe-l’œil. La réhabilitation lancée par le gouvernement est loin d’être satisfaisante. Et les habitants se sentent toujours abandonnés. C’est ce que vient d’expliquer Manal Al-Tibi, directrice du Centre égyptien du droit au logement. Ce centre, âgé de 8 ans, avait choisi la région de Doweiqa pour être le centre de son activité. Pour Al-Tibi, l’intervention gouvernementale pour résoudre le problème de cette région ne dépasse pas le niveau des emblèmes, et ce projet de réaménagement a été mal étudié et n’a mené qu’à l’aggravation de la situation dans cette région. Elle, qui a été toujours très proche des souffrances des habitants de cette région, énumère les lacunes de ce projet.

Tout d’abord, c’est le traitement inhumain dont se rendent coupables les responsables et notamment ceux du Conseil municipal. Ceux-ci traitent les habitants de la région comme des escrocs et des chômeurs. Et quand ceux-ci se rendent au conseil pour demander leur droit d’habiter ces logements qui ont été construits spécialement pour eux, la réponse leur revient toujours que « ce n’est pas maintenant ». Ceci a lieu dans un style tout à fait arrogant avec beaucoup de dérision. La corruption et le favoritisme entrent en jeu comme c’est toujours le cas quand il s’agit des logements subventionnés par l’Etat. Des rumeurs font état d’appartements qui ont été vendus à 70 000 à des proches des responsables, alors que pour les ayant-droits, le prix ne dépasse pas les 30 000.

Notre maison n’est que poussière

On a témoigné à cet égard de plusieurs sit-in qui ont été organisés par ces habitants, une fois devant la municipalité, une autre devant le gouvernorat du Caire et toujours en vain. La plus récente était juste deux semaines avant cet incident. 18 familles ont protesté devant le gouvernorat du Caire pour le retard mis à leur accorder des logements alternatifs, ceux dont les maisons ont été détruites sous promesses qu’ils en recevraient de nouveaux. Des enfants portant des T-shirts où est inscrit : « Au secours le gouverneur ... Ramadan frappe à la porte et notre maison n’est que poussière ». A cause de cette affaire, beaucoup de gens refusent aujourd’hui d’obéir aux ordres d’évacuation pour l’élargissement de ce projet, de peur de subir le même sort, ne rien recevoir et de se trouver finalement dans la rue.

Et les rares qui ont pris des logements n’ont pas eu plus de chance que ceux qui n’ont rien reçu. Les prix des nouveaux logements dépassent de loin la capacité de ces habitants. Un loyer mensuel qui atteint les 73 L.E. leur est imposé, alors que le revenu de ceux-ci, selon une étude effectuée par le gouvernement même au début du travail dans ce projet, ne dépasse pas les 150 L.E. Et le pire dans cette affaire, c’est que celui qui ne paie pas ce loyer est exposé à l’expulsion. Un autre aspect qui a été critiqué, c’est que parfois à l’encontre de ce qui a été déclaré par les responsables au début des travaux de réaménagement de cette région que les habitants vont être logés dans le même endroit, on leur propose des appartements hors de la zone.

C’est seulement les habitants de la première phase qui ont reçu des appartements à Manchiyet Nasser. Les autres se sont vu proposer des appartements dans des cités très lointaines, comme celle de Badr, sur la route d’Ismaïliya hors du Caire. Ce qui a engendré des protestations de ces gens et beaucoup ont refusé de quitter leurs bidonvilles où leur cadre de vie s’est toujours déroulé. En fait, la plupart des habitants de Doweiqa se rendent en effet quotidiennement au centre du Caire où ils exercent des activités précaires (ouvriers journaliers, chauffeurs, etc.). Or, leur transfert à la ville de Badr risque de leur compliquer la tâche. « Alors, être loin de l’endroit de leur gagne-pain, sans alternative du gouvernement, beaucoup ont été poussés à fermer ces appartements et à retourner de nouveau à Doweiqa pour construire de nouveaux taudis », affirme-t-elle. Aujourd’hui, après cette tragédie, des responsables ont apparu dans les médias, déclarant leur disposition à octroyer des centaines de logements aux sinistrés. La question qui se pose alors est la suivante : si c’est si facile que ça, où se trouvaient ces logements avant l’accident ?.

Aliaa Al-Korachi

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Hors contrôle

Faut-il ramener à un dénominateur commun l’incendie du Conseil consultatif, l’éboulement meurtrier d’immenses rocs de la colline de Moqattam et le procès de Hicham Talaat Moustapha, ce magnat de l’immobilier, accusé de meurtre ? En fait, il ne s’agit pas simplement de faits qui viennent s’imposer à l’attention de l’opinion publique et constituer des objets de débat. Ils témoignent, selon de nombreux observateurs, d’une situation où les événements qui se déroulent sont hors contrôle. Jusqu’à présent, on n’a guère établi causes et responsabilités de l’incendie d’un édifice d’importance majeure, du moins sur le plan emblématique. Mais une chose est sûre, il y a une grave carence dans la manière de lutter contre l’incendie. Une faiblesse inhérente à un système préparé à maîtriser des situations difficiles et surtout à prendre des précautions comme il est d’usage dans ce genre d’édifice.

Pour la tragédie de Moqattam, c’est aussi une incapacité à traiter avec les données. Ce n’est pas un simple drame de la nature comme un séisme ou un cyclone, mais un état des lieux reflétant une mauvaise gestion. Comme le souligne l’article ci-contre, ce n’était pas le premier effondrement du genre. En plus, il y a tout ce contexte d’habitation de fortune et de zones sauvages qu’on a laissé s’amplifier sans réfléchir aux conséquences. Car même si l’on veut ignorer l’aspect humain de tous ces gens réduits à la misère et vivant dans de pires conditions, il y a énormément de risques pour la sécurité à laisser croître ce phénomène. L’informel s’est tellement répandu qu’il ne choque plus. Il risque de devenir une constante. D’un côté, il y a ces indigents qui côtoient la mort dans tous ses sens, et d’un autre il y en a ceux qui se barricadent dans les nouvelles habitations de luxe. Est-ce un hasard qu’un magnat de l’immobilier qui ignore les besoins des plus pauvres défraye à présent la chronique dans un procès qui tient du scandale plus qu’autre chose, et dont la scène se déroule entre Le Caire, Dubaï, Beyrouth en passant par Londres ? Au départ, il y a une tentative d’étouffer l’affaire. Mais la voici, somme toute, hors contrôle. Quelle qu’en soit la conclusion, l’affaire passe devant la justice qui dira, elle, son dernier mot, elle est un indice de corruption et ressemble à un mauvais roman noir .

Ahmed Loutfi

 




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