Moqattam .
Doweiqa est l’exemple le plus sinistre d’une région sauvage
dont l’état s’est empiré suite à la carence des services
gouvernementaux.
Un haut lieu de la désolation
Une
superficie de 850 feddans et une population d’environ 250
000 personnes, chiffre approximatif, s’agissant d’une zone
informelle, Doweiqa, située à l’Est du Caire, est considérée
comme la plus grande zone sauvage qu’abrite le Caire. Et
elle n’est qu’une sur 76 ... Cette région a fait, depuis
longtemps, la une des journaux pour ces incidents meurtriers
suite à l’éboulement des rochers qui viennent s’abattre sur
les habitations de fortune. Cela dit, cette zone se trouve
sur la liste des « priorité de l’Etat ». Mais il ne s’agit
là que des mots qui ne cessent de se répéter dans les
discours des ministères de l’Habitat consécutifs, sans
qu’aucune démarche concrète ne soit prise. Et, les habitants
vivent toujours dans des conditions difficiles et misérables
en deçà de tous les critères humains.
Ce n’est qu’en 1999 que le gouvernement a commencé à penser
à trouver une solution aux zones sauvages qui dévorent de
plus en plus la surface urbaine du Caire, et que le choix
est tombé sur cette région pour être la première à être
réaménagée ? Un vaste plan de réaménagement, patronné par
Mme Suzanne Moubarak a été ainsi lancé et dont le budget a
été fixé à 200 millions de dollars. En effet, le financement
provient dans une grande mesure, 180 millions de dollars, du
Fonds Abou-Dhabi pour le développement, s’ajoutant à un don
allemand de la société GTZ, et sous la surveillance du
gouvernement égyptien. Ce projet devait être réalisé en 8
phases. Et deux objectifs étaient à accomplir. Le premier
visait à raser tous les bidonvilles et les remplacer par des
bâtiments modernes dont le nombre envisagé était de 10 000
logements. Le second était d’assurer aux zones qui ne
seraient pas évacuées différents services comme l’eau
potable, le drainage sanitaire, l’électricité, le pavement
des routes et autres. Des maquettes de clubs sociaux, des
écoles, des jardins ont été aussi esquissées. Mais voilà que
9 ans se sont écoulés et la question qui se pose est de
savoir à quel point ce projet a été réalisé.
Un réaménagement en trompe-l’œil
Six phases ont été terminées. 6 000 unités ont été
construites en vue de loger 35 000 personnes. Mais voilà,
cette nouvelle cité qui s’éloigne seulement de 200 m de
Doweiqa est maintenant quasiment déserte et le paysage des
taudis est toujours choquant. Pour beaucoup, ce
réaménagement n’est qu’un paysage à trompe-l’œil. La
réhabilitation lancée par le gouvernement est loin d’être
satisfaisante. Et les habitants se sentent toujours
abandonnés. C’est ce que vient d’expliquer Manal Al-Tibi,
directrice du Centre égyptien du droit au logement. Ce
centre, âgé de 8 ans, avait choisi la région de Doweiqa pour
être le centre de son activité. Pour Al-Tibi, l’intervention
gouvernementale pour résoudre le problème de cette région ne
dépasse pas le niveau des emblèmes, et ce projet de
réaménagement a été mal étudié et n’a mené qu’à
l’aggravation de la situation dans cette région. Elle, qui a
été toujours très proche des souffrances des habitants de
cette région, énumère les lacunes de ce projet.
Tout d’abord, c’est le traitement inhumain dont se rendent
coupables les responsables et notamment ceux du Conseil
municipal. Ceux-ci traitent les habitants de la région comme
des escrocs et des chômeurs. Et quand ceux-ci se rendent au
conseil pour demander leur droit d’habiter ces logements qui
ont été construits spécialement pour eux, la réponse leur
revient toujours que « ce n’est pas maintenant ». Ceci a
lieu dans un style tout à fait arrogant avec beaucoup de
dérision. La corruption et le favoritisme entrent en jeu
comme c’est toujours le cas quand il s’agit des logements
subventionnés par l’Etat. Des rumeurs font état
d’appartements qui ont été vendus à 70 000 à des proches des
responsables, alors que pour les ayant-droits, le prix ne
dépasse pas les 30 000.
Notre maison n’est que poussière
On a témoigné à cet égard de plusieurs sit-in qui ont été
organisés par ces habitants, une fois devant la
municipalité, une autre devant le gouvernorat du Caire et
toujours en vain. La plus récente était juste deux semaines
avant cet incident. 18 familles ont protesté devant le
gouvernorat du Caire pour le retard mis à leur accorder des
logements alternatifs, ceux dont les maisons ont été
détruites sous promesses qu’ils en recevraient de nouveaux.
Des enfants portant des T-shirts où est inscrit : « Au
secours le gouverneur ... Ramadan frappe à la porte et notre
maison n’est que poussière ». A cause de cette affaire,
beaucoup de gens refusent aujourd’hui d’obéir aux ordres
d’évacuation pour l’élargissement de ce projet, de peur de
subir le même sort, ne rien recevoir et de se trouver
finalement dans la rue.
Et les rares qui ont pris des logements n’ont pas eu plus de
chance que ceux qui n’ont rien reçu. Les prix des nouveaux
logements dépassent de loin la capacité de ces habitants. Un
loyer mensuel qui atteint les 73 L.E. leur est imposé, alors
que le revenu de ceux-ci, selon une étude effectuée par le
gouvernement même au début du travail dans ce projet, ne
dépasse pas les 150 L.E. Et le pire dans cette affaire,
c’est que celui qui ne paie pas ce loyer est exposé à
l’expulsion. Un autre aspect qui a été critiqué, c’est que
parfois à l’encontre de ce qui a été déclaré par les
responsables au début des travaux de réaménagement de cette
région que les habitants vont être logés dans le même
endroit, on leur propose des appartements hors de la zone.
C’est seulement les habitants de la première phase qui ont
reçu des appartements à Manchiyet Nasser. Les autres se sont
vu proposer des appartements dans des cités très lointaines,
comme celle de Badr, sur la route d’Ismaïliya hors du Caire.
Ce qui a engendré des protestations de ces gens et beaucoup
ont refusé de quitter leurs bidonvilles où leur cadre de vie
s’est toujours déroulé. En fait, la plupart des habitants de
Doweiqa se rendent en effet quotidiennement au centre du
Caire où ils exercent des activités précaires (ouvriers
journaliers, chauffeurs, etc.). Or, leur transfert à la
ville de Badr risque de leur compliquer la tâche. « Alors,
être loin de l’endroit de leur gagne-pain, sans alternative
du gouvernement, beaucoup ont été poussés à fermer ces
appartements et à retourner de nouveau à Doweiqa pour
construire de nouveaux taudis », affirme-t-elle.
Aujourd’hui, après cette tragédie, des responsables ont
apparu dans les médias, déclarant leur disposition à
octroyer des centaines de logements aux sinistrés. La
question qui se pose alors est la suivante : si c’est si
facile que ça, où se trouvaient ces logements avant
l’accident ?.
Aliaa
Al-Korachi