Moqattam.
Les spécialistes accusent les responsables de négliger les
expériences passées et l’avis des scientifiques en ce qui
concerne Moqattam.
Des catastrophes ignorées
Les sirènes des ambulances mêlées à celles des autopompes et
de la police remplissent les environs du quartier de
Moqattam. Une scène d’effondrement qui n’est malheureusement
pas nouvelle pour les habitants de ce quartier. Ce n’est pas
la première fois que les pierres de cette colline enterrent
sous leurs énormes blocs des centaines d’habitants des
quartiers déshérités. Les accidents sont considérables, mais
apparemment rapidement oubliés. Les plaintes et les
avertissements étaient bien nombreux, mais cela n’a pas
empêché que des catastrophes se produisent à répétition. Il
y a près de 15 ans, en décembre 1993, un éboulement
semblable s’était produit. C’était vers l’aube, quand un pan
de la colline s’est effondré : 5 000 tonnes de rochers se
sont détachés d’une hauteur de 26 mètres, détruisant des
dizaines d’habitations du quartier des chiffonniers, autres
laissés-pour-compte, causant la mort d’une cinquantaine de
personnes.
La plupart des spécialistes de ce domaine avaient prévenu
maintes fois que pareilles catastrophes allaient se
produire. Effectivement, expliquent-ils, la chose est
simple. Ces effondrements ne se répètent que parce que les
responsables ne pensent jamais à faire appel aux
spécialistes, alors qu’il est très facile de s’apercevoir
des petits effondrements qui se déroulent chaque jour sur
cette colline.
De plus, les habitations même construites de manière légale
et après autorisation sont faites de manière arbitraire et
leurs constructeurs ne prennent pas en compte la nature du
terrain. Certaines villas dans les parties résidentielles
sont équipées de piscines et de jardins, ce qui provoque des
fuites d’eau. Résultat : ce sont les habitants démunis au
pied de la colline qui en paient le prix. Le gouvernement ne
semble pas vouloir prendre en exemples les expériences qui
ont précédé. La preuve, un deuxième accident s’est produit
en janvier 1994. C’est-à-dire un mois après le premier : un
effondrement de rochers du rebord de la corniche du Moqattam
situé au plateau supérieur de la colline. Cet éboulement
était dû, comme l’ont expliqué les spécialistes, à un
détachement de grandes parties des rochers de la corniche
suite à une absorption d’une énorme quantité d’eau. Cette
zone couvrant une surface d’environ 36 000 m2 est considérée
parmi les régions les plus dangereuses de la colline.
Plusieurs facteurs se sont regroupés pour mener à ces
catastrophes. La première et la plus importante est celle
causée par l’action humaine. Avis sur lequel se sont
accordés tous les spécialistes : les eaux usées ainsi que
celles qui coulent des piscines construites sur la colline
et enfin les eaux d’arrosage des jardins. Toutes ces eaux
sont incompatibles avec la nature du sol du plateau et
causent peu à peu sa destruction. Ajoutons à cela qu’aucune
norme de construction n’a jamais été respectée. En effet,
les gens ne se conforment pas aux conditions de construction
sur une telle colline. Alors que la règle est claire et
nette : il faut absolument que les logements soient éloignés
d’au moins 100 m du rebord de la colline. Plus on est loin,
plus on a le loisir de faire ces accommodations de luxe, des
piscines et des jardins mais au moins à 300 mètres de la
bordure. La nature calcaire de cette colline qui absorbe
facilement l’eau facilite l’effondrement. En effet,
plusieurs détachements ont été enregistrés depuis les deux
énormes écroulements. Par exemple, des cassures en avril
2006 près de la zone où s’est produit le second
effondrement. Des détachements de pans de 100 m de longueurs
et qui ont causé une baisse du niveau du sol de 28 à 60 cm.
Durant deux mois, d’autres détachements du même genre se
sont produits successivement. Des baisses et des cassures
dans les rochers qui, avec le temps, affaiblissent la base
de la colline. Ces grands rochers de centaines de tonnes
sont le plus souvent portés par d’autres qui sont plus
petites, ce qui cause des troubles dans la maintenance de la
colline. Ces anciens détachements ne peuvent que laisser
prévoir que dans la période à venir les écroulements vont
continuer à se succéder. Les effondrements se ressemblent et
les causes sont toujours les mêmes. Les responsables
négligent des études faites dans ce domaine et qui peut-être
auraient pu empêcher quelques-unes de ces catastrophes. Les
solutions sont présentes, mais elles attendent toujours
d’être écoutées .
Chaïmaa Abdel-Hamid