Al-Ahram Hebdo,Invité | Reham Wassim Abdel-Hamid, « C’est le facteur humain qui a mené à cette catastrophe »
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Invité

La chercheuse Reham Wassim Abdel-Hamid, spécialiste dans le domaine de géomorphologie et celui des dangers de l’environnement, affirme que le gouvernement est responsable de la catastrophe du bidonville de Doweiqa.

« C’est le facteur humain
qui a mené à cette catastrophe »

Al-Ahram Hebdo : En tant qu’expert de ce domaine, comment évaluez-vous l’accident de l’éboulement du Moqattam ?

Reham Wassim Abdel-Hamid : Ce qui s’est produit cette semaine dans le plateau du Moqattam est sans aucun doute une catastrophe dans tous les sens du terme. J’ai senti que tous les efforts et les études qui ont été menés dans ce domaine se sont évaporés. Et il ne faut pas surtout croire ceux qui affirment que cet effondrement doit être classé en tant que catastrophe naturelle. Bien au contraire, la nature n’a rien à voir dans cette affaire. Pour moi, le premier responsable de ce drame n’est que le gouvernement qui a déjà été témoin de catastrophes semblables depuis quelques années mais qui ne les a pas prises en considération. C’est toujours la négligence qui nous mène aux malheurs.

— Vous dites que le gouvernement est responsable mais pensez-vous que cette catastrophe aurait pu être évitée ?

— Malheureusement, les responsables en Egypte se contentent, suite à ce genre d’éboulements ou même suite aux plaintes des habitants, de faire de simples opérations de restauration et de réparation et ne pensent jamais à les soigner de manière complète pour empêcher ce genre d’écroulement. Et c’est ici le drame. Beaucoup d’études ont été faites dans ce domaine suite à l’éboulement de 1993 et dans lesquelles ces problèmes ont été exposés en détails ainsi que les moyens d’y remédier et même les moyens d’éviter que d’autres se produisent. Résultat, aucune de ces recherches n’a été lue ni prise en considération. Dans l’étude que j’ai préparée, j’ai prévu maintes fois ce genre de catastrophes et spécialement de la partie qui vient de s’effondrer car elle constituait l’un des endroits les plus dangereux. Mais comme je viens de le signaler, les responsables ne pensent jamais à se référer aux spécialistes dans le domaine.

— Le dernier accident ressemble-t-il à ceux qui l’ont précédé ?

— Exactement pareil. Qu’il s’agisse de l’effondrement qui a eu lieu en 1993, de celui de 1994 ou de celui qui vient de se produire, ils sont tous semblables. Les mêmes raisons et les mêmes catastrophes. Mais on a tendance à ne pas essayer d’éviter de tomber dans les mêmes fautes. Et les seules victimes sont les habitants des bidonvilles.

— Pouvez-vous préciser les causes de ce dernier écroulement ?

— Comme je viens de le dire, qu’il s’agisse du dernier écroulement ou de ceux qui l’ont précédé, les causes sont semblables. C’est tout ce qui est en relation avec le facteur humain qui a mené à cette catastrophe. Cette colline est chaque jour exposée à des écoulements de grandes quantités d’eau sur ses rochers. Et c’est d’ailleurs la raison principale de la fragilité de ceux-ci. Qu’il s’agisse des eaux usées, de celles qui coulent des piscines qui sont construites sur la colline et qui sont illégales ou enfin des eaux d’arrosage des jardins des grandes villas …Toutes ces eaux ne trouvent aucune issue que d’être absorbées dans les roches. C’est la cause des effondrements. Car l’eau a la capacité de transformer ces rochers de l’état dur à l’état mou.

La chaleur aussi influence la nature de ces rochers. Comme nous le savons très bien, certains bidonvilles, ceux sur le rebord occidental, sont habités par un grand nombre de chiffonniers qui rassemblent les ordures et les brûlent, aidant ainsi de plus en plus à l’effritement des rochers qui tombent petit à petit jusqu’à s’effondrer complètement.

— Oui, mais qu’en est-il de la nature géologique du plateau du Moqattam ?

— Je n’exclus pas que ce soit l’un des facteurs qui ont mené à l’effondrement. En effet, la nature de cette colline est très délicate. Elle est formée de pierres de nature calcaire, qui existent depuis l’ère géologique de l’éocène. Ce genre de pierre a plusieurs caractéristiques, dont les plus importantes sont que les rochers se fissurent et se cassent très facilement, formant des sortes de fentes assez profondes dans les rochers. C’est justement ici que la situation s’aggrave. Car ces fentes sont avec le temps remplies par les eaux qui coulent sans cesse sur la colline, permettant très facilement à ces pierres de se dissoudre et de devenir plus spongieuses. Une matière assez molle se forme donc entre les rochers et cause leur effondrement. Parfois il se forme aussi sous les grands rochers des espèces de cavernes, laissant un vide sous les grosses masses de pierres.

— Quels sont les différents dangers sur la colline ?

— J’ai précisé dans l’étude que j’ai préparée qu’il existe trois degrés de dangers pour la surface du plateau. Les endroits de premier degré de risques sont ceux qui se trouvent sur les rebords de la colline. Cette région représente le danger majeur car elle est la plus faible de la colline. D’ailleurs, l’une des conditions de construction est de s’éloigner d’au moins 100 m des rebords de la colline. Règle qui n’est pas souvent respectée. Ensuite vient la région de danger moyen qui est à plus de 200 m des rebords de la colline et enfin la partie où le danger est faible est la partie centrale de Moqattam qui a des bases plus solides que celles des parties précédentes. 

— Après cet effondrement, pensez-vous que la colline du Moqattam est exposée à d’autres dangers dans la période à venir ?

— Bien sûr que oui, c’est pour cela qu’une intervention rapide est exigée. On peut déjà prévoir que d’autres effondrements auront lieu dans la période à venir dans la région où s’est déroulé le dernier écroulement sur un espace de 50 mètres carrés. Il faut donc absolument que le gouvernement commence à évacuer ces bidonvilles et déplace leurs citoyens démunis dans des habitations plus humaines.

— Concernant les habitations, que pensez-vous du projet de développement du quartier Al-Doweiqa ?

— C’est un projet très important qui changerait la vie de ces familles. Mais il faut plutôt que ces logements soient fournis à des prix modiques, car ces habitants ne possèdent sûrement pas les sommes qui leur sont demandées. Sinon pourquoi ils seraient restés là ? 

— Il faut peut-être éviter qu’il y ait des habitations sur cette colline ?

— Pas forcément, il n’y a aucun problème. Dans la plupart des pays arabes comme le Maroc et l’Arabie saoudite, les gens vivent sur les montagnes. Et nous, nous avons de la peine à nous débrouiller avec une petite colline. C’est une honte.

— N’existe-t-il pas de solutions possibles pour faire face à ces déchirements de rochers ?

— Les solutions sont nombreuses, mais le plus important est de les appliquer. Mais je voudrais d’abord signaler un autre problème. Suite à l’éboulement, certaines personnes ont été invitées dans des programmes à la télévision et ont proposé comme solution la construction d’une muraille autour de la colline, comme celle qui se trouve sur la côte alexandrine, pour faire face à l’érosion. Cette information est complètement erronée. Une rive ne peut pas être traitée comme une montagne. C’est complètement différent, car le problème du plateau du Moqattam réside dans les rochers eux-mêmes et pas autour.

— Donc quelles sont les solutions  scientifiques d’après vous ?

— Tout d’abord, il faut commencer par se débarrasser des grosses masses qui ont été séparées. Par la suite, on doit passer à une seconde phase à savoir travailler les rebords fragilisés et les polir. Je voudrais aussi préciser qu’en ce qui concerne les rebords du nord, du nord-est et du nord-ouest de la colline, ils peuvent être plantés afin d’absorber l’eau des rochers. Puis en ce qui concerne le reste des rebords du sud et du sud-ouest, et qui sont de nature plus épaisse de celles que je viens de citer, les opérations de nivellement et de polissage seraient bien plus efficaces. Il est aussi très important de reconstruire un nouveau réseau d’égouts dans lequel couleraient les eaux des pluies et celles du drainage sanitaire. Je voudrais préciser que ce réseau d’égouts doit être fait en plastique car le fer et le tôle interagissent avec les rochers calcaires et causent avec le temps les fuites d’eau. Celles-ci sont les solutions scientifiques et amies de l’environnement qui peuvent mettre fin aux problèmes du plateau de Moqattam . 

Propos recueillis par Chaimaa Abdel-Hamid

 




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