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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Enquête

Entreprise . Le Groupe de développement immobilier peine à survivre après que son PDG, Hicham Talaat Moustapha, eut été inculpé pour participation à l’assassinat d’une chanteuse libanaise. Etat des lieux.

Un capital à haut risque

« Suite à l’arrestation de Hicham Talaat Moustapha, je me suis précipité pour retirer mon argent déposé auprès du groupe », raconte le capitaine Amr, de l’Académie navale d’Alexandrie. Et d’ajouter que beaucoup de ses collègues ont fait la même chose. « Notre académie avait assuré à ses officiers des termes d’achat aisés des unités de logement dans le projet Madinati. Tout le monde s’était précipité alors pour acheter », ajoute-t-il. 

Les mesures entreprises pour empêcher la chute du Groupe de développement immobilier Talaat Moustapha semblent avoir eu un effet temporaire. Mardi dernier, le jour même de l’arrestation de Talaat Moustapha, un nouveau président du conseil d’administration a été nommé. Il s’agit de son frère Tareq Talaat Moustapha. Ce dernier a promis d’achever les projets en cours et de livrer les unités de logement à leurs propriétaires dans les délais promis. De plus, des experts ont assuré que le groupe est intervenu pour racheter un bon nombre de ses actions afin d’arrêter la chute des actions à la Bourse, tout en niant officiellement et le jour même son intervention dans les transactions d’achats.

Hatem Chaféi, vice-président de la Bourse égyptienne pour les affaires de financement et d’investissement, a de son côté démenti toute acquisition de la part des grandes institutions financières dans le but de soutenir l’entreprise. « Cet afflux d’achat est dû à l’annonce par la société, 5 jours avant l’accusation, de distribuer 2 L.E. par action comme coupon. Un montant capable d’encourager les investisseurs à l’acheter ».

Cependant, ces mesures sont — semble-t-il — insuffisantes pour apaiser investisseurs et clients. Le prix de l’action, malgré une croissance entre 11 et 21 %, jeudi dernier, le lendemain de l’accusation, n’a pas dépassé les 6,70 L.E. au maximum, contre 7,9 L.E. en août et 8,86 en juillet. L’action a perdu dès le début de l’année 156 % de sa valeur, sachant que le jour de l’arrestation de Talaat Moustapha, le prix est tombé à 4,90 L.E.

En remontant à 6,70 L.E., peut-on parler de performance ? C’est non, pour les spécialistes. Mohamad Abou-Bacha, analyste financier auprès de la banque d’investissement EFG Hermes, explique que l’action du groupe est bien devenue au centre des spéculations. « C’est très rare qu’une action de construction atteigne un niveau aussi bas. Pour cette raison, beaucoup d’investisseurs l’achètent, profitant des mesures adoptées par l’administration du groupe, et la vendent à la fin de la session. Simplement pour réaliser des gains rapides ».

Les différentes réactions des clients reflètent également leur inquiétude et leur manque de confiance. Des milliers de particuliers investissant leurs petites épargnes en Bourse ont vendu follement leurs actions. « Je dois m’en débarrasser avant que le prix de l’action n’atteigne 50 piastres », lance Ahmad, un ingénieur qui a mis toutes ses économies dans l’action du groupe, émise en Bourse l’année dernière.

Pour les analystes aussi, les clients ont raison de ne pas regagner confiance facilement. Riham Al-Dessouqi, analyste financière auprès de la banque d’investissement Beltone Financial, souligne que malgré les assurances du nouveau président du groupe, ce dernier court une menace réelle. « Le chiffre d’affaires des unités de logements du projet Madinati a atteint 22 milliards de L.E., comme l’a déclaré le nouveau président. Mais il y a un grand risque de retraits, ce qui menacerait éventuellement la situation financière du Holding en question ».

Liens étroits avec le pouvoir

En fait, le premier Holding de construction en matière de capitalisation, qui réunit 13 sociétés sous sa tutelle, est une entreprise familiale basée essentiellement sur la réputation du cadet de la famille Talaat, Hicham. Il a réussi à se forger une place importante dans ce business dur à travers une gestion moderne qu’il a assurée à l’entreprise, mais aussi à des liens fort étroits avec les hauts responsables du gouvernement et du PND. Ainsi, depuis 1990, il a transformé les dettes de l’entreprise nommée à ce moment Entrepreneur Alexandrie, et qui s’élevaient à 900 millions de L.E., en profits à hauteur de 3 milliards de L.E. Et ce, en une période de 5 ans.

Ainsi, la Holding T. Moustapha est désormais propriétaire et fondatrice des projets immobiliers les plus célèbres du pays (voir enc.). D’autant plus qu’elle s’est forgée des partenariats avec les magnats saoudiens. Parmi ses partenaires, le Groupe Al-Mamlaka, propriété du milliardaire saoudien Al-Walid Bin Talal, ainsi que le groupe de la famille Bin Laden. C’est ainsi que la valeur totale de ses investissements a atteint 72 milliards de L.E. en 2007.

 Toute cette extension n’était pourtant pas sans limites. Morgan Stanley avait publié, début juillet, un rapport sur la performance des sociétés de développement immobilier en Egypte et dans les pays du Golfe. L’institution a réduit la notation de l’action du groupe de « over weight » à « equal weight », estimant que la compagnie T. Moustapha ne pourrait pas réaliser une croissance positive dans les deux prochaines années. Le rapport a estimé que l’action perdra 50 % de sa valeur pour s’aligner à environ 8 L.E. « Les unités de logements s’adressent uniquement aux catégories riches ou moyennes aisées. Et cela sans doute réduira la possibilité d’une croissance dans le chiffre d’affaires du groupe », a noté le rapport.

Par ailleurs, pour achever cette expansion notable, le groupe a dû avoir recours à l’endettement. « Le total des crédits octroyés par les banques Ahli, Arab African International Bank et Faysal Bank a atteint 1 milliard de L.E. pour l’ancien PDG, Hicham T. Moustapha, et 500 millions pour le groupe », regrette Riham Al-Dessouqi qui explique qu’au cas où Hicham serait condamné, la Banque Centrale devra mettre la main sur les avoirs du groupe pour rembourser les dettes.

Il semble donc que le Groupe Talaat Moustapha va trouver de grandes difficultés à se redresser, surtout que des bruits font état de différends entre Hicham et son partenaire Al-Walid Bin Talal d’une part et entre lui et Ahmad Ezz, président de la Commission du plan et du budget à l’Assemblée du peuple, d’autre part. Le nouveau PDG se trouve donc dans une situation difficile. « Pourrait-il y faire face ? », se demande Al-Dessouqi, en mettant en doute sa capacité à gérer ces crises. Chérif Abdel-Salam, analyste d’investissement financier auprès de CI Capital, le confirme. « L’absence de l’ancien chef très doué mènera sans doute à l’échec des plans d’extension du groupe dans le marché de l’Arabie saoudite prévus après la fête du petit Baïram et affectera négativement, semble-t-il, la commercialisation de ses projets dans la région du Golfe », conclut-il .

Dahlia Réda
Névine Kamel

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Des projets variés

Selon le site de la holding, le capital de l’empire de Talaat Moustapha a atteint, en 2007, 20 milliards de L.E. Hicham Talaat Moustapha possède 51 % et le reste appartient aux étrangers. Parmi ses projets, la ville de Réhab au Nouveau Caire, Madinati, à 7 km de Réhab, l’hôtel San Stefano à Alexandrie, sa ville natale, une chaîne d’hôtels de Four Seasons, le projet d’Al-Rabwa et beaucoup d’autres projets sur la Côte-Nord et au Caire.

 




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