Entreprise .
Le Groupe de développement immobilier peine à survivre après
que son PDG, Hicham Talaat Moustapha, eut été inculpé pour
participation à l’assassinat d’une chanteuse libanaise. Etat
des lieux.
Un capital à haut risque
«
Suite à l’arrestation de Hicham Talaat Moustapha, je me suis
précipité pour retirer mon argent déposé auprès du groupe »,
raconte le capitaine Amr, de l’Académie navale d’Alexandrie.
Et d’ajouter que beaucoup de ses collègues ont fait la même
chose. « Notre académie avait assuré à ses officiers des
termes d’achat aisés des unités de logement dans le projet
Madinati. Tout le monde s’était précipité alors pour acheter
», ajoute-t-il.
Les mesures entreprises pour empêcher la chute du Groupe de
développement immobilier Talaat Moustapha semblent avoir eu
un effet temporaire. Mardi dernier, le jour même de
l’arrestation de Talaat Moustapha, un nouveau président du
conseil d’administration a été nommé. Il s’agit de son frère
Tareq Talaat Moustapha. Ce dernier a promis d’achever les
projets en cours et de livrer les unités de logement à leurs
propriétaires dans les délais promis. De plus, des experts
ont assuré que le groupe est intervenu pour racheter un bon
nombre de ses actions afin d’arrêter la chute des actions à
la Bourse, tout en niant officiellement et le jour même son
intervention dans les transactions d’achats.
Hatem Chaféi, vice-président de la Bourse égyptienne pour
les affaires de financement et d’investissement, a de son
côté démenti toute acquisition de la part des grandes
institutions financières dans le but de soutenir
l’entreprise. « Cet afflux d’achat est dû à l’annonce par la
société, 5 jours avant l’accusation, de distribuer 2 L.E.
par action comme coupon. Un montant capable d’encourager les
investisseurs à l’acheter ».
Cependant, ces mesures sont — semble-t-il — insuffisantes
pour apaiser investisseurs et clients. Le prix de l’action,
malgré une croissance entre 11 et 21 %, jeudi dernier, le
lendemain de l’accusation, n’a pas dépassé les 6,70 L.E. au
maximum, contre 7,9 L.E. en août et 8,86 en juillet.
L’action a perdu dès le début de l’année 156 % de sa valeur,
sachant que le jour de l’arrestation de Talaat Moustapha, le
prix est tombé à 4,90 L.E.
En remontant à 6,70 L.E., peut-on parler de performance ?
C’est non, pour les spécialistes. Mohamad Abou-Bacha,
analyste financier auprès de la banque d’investissement EFG
Hermes, explique que l’action du groupe est bien devenue au
centre des spéculations. « C’est très rare qu’une action de
construction atteigne un niveau aussi bas. Pour cette
raison, beaucoup d’investisseurs l’achètent, profitant des
mesures adoptées par l’administration du groupe, et la
vendent à la fin de la session. Simplement pour réaliser des
gains rapides ».
Les différentes réactions des clients reflètent également
leur inquiétude et leur manque de confiance. Des milliers de
particuliers investissant leurs petites épargnes en Bourse
ont vendu follement leurs actions. « Je dois m’en
débarrasser avant que le prix de l’action n’atteigne 50
piastres », lance Ahmad, un ingénieur qui a mis toutes ses
économies dans l’action du groupe, émise en Bourse l’année
dernière.
Pour les analystes aussi, les clients ont raison de ne pas
regagner confiance facilement. Riham Al-Dessouqi, analyste
financière auprès de la banque d’investissement Beltone
Financial, souligne que malgré les assurances du nouveau
président du groupe, ce dernier court une menace réelle. «
Le chiffre d’affaires des unités de logements du projet
Madinati a atteint 22 milliards de L.E., comme l’a déclaré
le nouveau président. Mais il y a un grand risque de
retraits, ce qui menacerait éventuellement la situation
financière du Holding en question ».
Liens étroits avec le pouvoir
En fait, le premier Holding de construction en matière de
capitalisation, qui réunit 13 sociétés sous sa tutelle, est
une entreprise familiale basée essentiellement sur la
réputation du cadet de la famille Talaat, Hicham. Il a
réussi à se forger une place importante dans ce business dur
à travers une gestion moderne qu’il a assurée à
l’entreprise, mais aussi à des liens fort étroits avec les
hauts responsables du gouvernement et du PND. Ainsi, depuis
1990, il a transformé les dettes de l’entreprise nommée à ce
moment Entrepreneur Alexandrie, et qui s’élevaient à 900
millions de L.E., en profits à hauteur de 3 milliards de L.E.
Et ce, en une période de 5 ans.
Ainsi, la Holding T. Moustapha est désormais propriétaire et
fondatrice des projets immobiliers les plus célèbres du pays
(voir enc.). D’autant plus qu’elle s’est forgée des
partenariats avec les magnats saoudiens. Parmi ses
partenaires, le Groupe Al-Mamlaka, propriété du milliardaire
saoudien Al-Walid Bin Talal, ainsi que le groupe de la
famille Bin Laden. C’est ainsi que la valeur totale de ses
investissements a atteint 72 milliards de L.E. en 2007.
Toute cette extension n’était pourtant pas sans limites.
Morgan Stanley avait publié, début juillet, un rapport sur
la performance des sociétés de développement immobilier en
Egypte et dans les pays du Golfe. L’institution a réduit la
notation de l’action du groupe de « over weight » à « equal
weight », estimant que la compagnie T. Moustapha ne pourrait
pas réaliser une croissance positive dans les deux
prochaines années. Le rapport a estimé que l’action perdra
50 % de sa valeur pour s’aligner à environ 8 L.E. « Les
unités de logements s’adressent uniquement aux catégories
riches ou moyennes aisées. Et cela sans doute réduira la
possibilité d’une croissance dans le chiffre d’affaires du
groupe », a noté le rapport.
Par ailleurs, pour achever cette expansion notable, le
groupe a dû avoir recours à l’endettement. « Le total des
crédits octroyés par les banques Ahli, Arab African
International Bank et Faysal Bank a atteint 1 milliard de
L.E. pour l’ancien PDG, Hicham T. Moustapha, et 500 millions
pour le groupe », regrette Riham Al-Dessouqi qui explique
qu’au cas où Hicham serait condamné, la Banque Centrale
devra mettre la main sur les avoirs du groupe pour
rembourser les dettes.
Il semble donc que le Groupe Talaat Moustapha va trouver de
grandes difficultés à se redresser, surtout que des bruits
font état de différends entre Hicham et son partenaire
Al-Walid Bin Talal d’une part et entre lui et Ahmad Ezz,
président de la Commission du plan et du budget à
l’Assemblée du peuple, d’autre part. Le nouveau PDG se
trouve donc dans une situation difficile. « Pourrait-il y
faire face ? », se demande Al-Dessouqi, en mettant en doute
sa capacité à gérer ces crises. Chérif Abdel-Salam, analyste
d’investissement financier auprès de CI Capital, le
confirme. « L’absence de l’ancien chef très doué mènera sans
doute à l’échec des plans d’extension du groupe dans le
marché de l’Arabie saoudite prévus après la fête du petit
Baïram et affectera négativement, semble-t-il, la
commercialisation de ses projets dans la région du Golfe »,
conclut-il .
Dahlia Réda
Névine Kamel