Religion .
Le ministère des Waqfs annonce une série de mesures visant à
organiser le culte. Objectif : resserrer l’étau autour des
islamistes.
Polémique sur les mosquées
Chaque
année, à l’occasion du mois de Ramadan, le ministère des
Waqfs (biens religieux) annonce une série de mesures pour
organiser le culte dans les mosquées. Mais les mesures
annoncées cette année ont soulevé une vague de
mécontentement. Dans un communiqué publié cette semaine, le
ministère annonce qu’il est désormais interdit de collecter
des fonds dans les mosquées. En outre, la pratique du
recueillement et de la prière des tarawihs (prière pratiquée
pendant le Ramadan où on récite chaque jour une partie du
Coran) sera limitée à certaines mosquées. La liste est
longue et comprend également l’interdiction d’utiliser le
haut-parleur pendant la prière (celui-ci doit être utilisé
uniquement pour lancer l’appel aux fidèles), l’interdiction
du prêche dans certaines mosquées intégristes comme celle de
Ahl Al-Sunna et la mosquée d’Al-Gameiya Al-Chareiya et enfin
l’interdiction d’accomplir la prière du petit Baïram hors
des mosquées. Une circulaire comprenant les nouvelles
directives a été distribuée cette semaine aux imams dans les
mosquées. Le ministère a refusé la demande de certains imams
de pratiquer l’eatikaf ou retraite pratiquée dans les
mosquées les dix derniers jours du mois sacré pour prier et
réciter le Coran. En fait, ces décisions ont suscité une
nuée de critiques. Et le débat sur leur portée s’est
installé tant sur la scène politique que parmi les fidèles.
« Pourquoi ils nous empêchent de pratiquer notre culte dans
le lieu qui nous convient ? Est-il acceptable que pour prier
ou pratiquer un culte nous devons avoir une permission et
pourquoi aller dans des mosquées lointaines s’il existe des
mosquées qui sont proches de nous ? », se plaint Gamal
Mansour, employé. Les décisions du ministère des Waqfs ont
poussé certains députés islamistes à réagir. Sayed Askar,
député des Frères musulmans, a présenté une interrogation au
premier ministre, Ahmad Nazif, où il dénonce les tentatives
visant à « empêcher les musulmans de pratiquer leur religion
». « C’est une véritable mascarade. Nous avons eu des
plaintes d’imams de mosquées, surtout en Haute-Egypte dont
les demandes au ministère des Waqfs de pratiquer la retraite
ont été refusées », s’insurge Askar. Pour lui, ces
directives émanent des services de sécurité et visent à
resserrer l’étau sur les islamistes. « Les mosquées sont
infestées d’agents de la sécurité. C’est la sécurité qui
dicte aux imams des mosquées ce qu’il faut dire et ce qu’il
ne faut pas dire pendant les prêches », lance Askar, en
affirmant qu’il était impensable que l’Etat s’en prenne
aussi au travail caritatif. « Le ministère des Waqfs est en
train de confisquer la liberté religieuse », s’insurge
Askar.
Les imams des mosquées ont été avertis qu’ils doivent
prendre la permission du ministère s’ils souhaitent
pratiquer le recueillement. Pour obtenir cette permission,
les imams doivent présenter au ministère des photocopies des
cartes d’identité des fidèles qui souhaitent pratiquer ce
culte. Certains imams affirment qu’ils ne respecteront pas
ces décisions si le ministère essaye de les leur imposer. «
Je ne vais pas arrêter une tradition du prophète. Je suis
habitué chaque année à accomplir la prière des tarawihs avec
les habitants du quartier où se trouve la mosquée. Cette
prière revêt une importance particulière pour les musulmans,
la même chose pour la retraite. Je ne pourrais jamais
empêcher un fidèle de prier ou d’exercer un de ses droits
religieux », explique le cheikh Hassan, prédicateur dans une
mosquée au quartier de Choubra au Caire. « Ce sont des
décisions politiques mais nous ne comprenons pas. En quoi le
fait de pratiquer le recueillement est-il une source de
nuisance pour le ministre de Waqfs? », lance Azab Moustapha,
député des Frères musulmans. Ce n’est pas la première fois
que de telles mesures soient prises par le gouvernement. Ce
dernier, soucieux de raffermir son contrôle sur les lieux de
culte et de lutter contre l’extrémisme religieux, mène
depuis quelques années une campagne politique visant à
étatiser les mosquées. Le gouvernement a déjà interdit la
prière du vendredi dans les zawiyas, ces petites mosquées
installées au rez-de-chaussée des immeubles, fermé des
mosquées hors des heures de prière et limité la durée du
prêche du vendredi à vingt minutes uniquement. Quant au
thème du prêche, il doit être fixé d’avance par l’imam de la
mosquée avant d’être approuvé par le ministère. La dernière
mesure prise par le ministère a été de lancer un projet pour
unifier l’appel à la prière afin d’éviter la cacophonie. Les
responsables au ministère des Waqfs rejettent les
accusations des islamistes. « Ces mesures visent seulement à
organiser le culte. Le recueillement dans les mosquées n’est
pas interdit, mais nous avons demandé à chaque
administration des Waqfs de préciser un certain nombre de
mosquées qui soit convenable pour pratiquer le culte d’eatekaf.
1 900 mosquées environ ont été choisies dans les
gouvernorats », affirme Salem Abdel-Guélil, vice-ministre
pour les Affaires de la dawaa (prédication). En ce qui
concerne la prière des tarawihs, Salem explique qu’une
cinquantaine de mosquées ont été choisies pour la prière qui
se fait avec une partie du Coran chaque jour et qui prend
deux heures environ. « Les autres mosquées peuvent accomplir
la prière, mais avec de petits versets pour ne pas accabler
les gens malades et les personnes âgées. D’autre part, nous
avons interdit à toute personne qui n’est pas un imam
inscrit au ministère de faire un prêche. C’est une mesure
très importante pour ne pas donner l’occasion à n’importe
qui de diffuser de fausses idées sur la religion », assure
Salem. Pour sa part, Diaa Rachwan, chercheur au Centre des
Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram,
explique que l’Etat tente de marginaliser les courants
islamistes et essaie de limiter leur rôle. C’est dans ce
contexte que s’inscrivent les mesures annoncées par le
ministère des Waqfs. Pourtant, selon lui, ces mesures,
malgré leur intensité, n’auront pas un grand effet sur
l’activité des Frères musulmans.
« Les mosquées ne sont pas le seul terrain où opèrent
les Frères musulmans ». Ces derniers opèrent surtout dans
les campus universitaires et dans les quartiers pauvres .
Sabah
Sabet