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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Egypte

Religion . Le ministère des Waqfs annonce une série de mesures visant à organiser le culte. Objectif : resserrer l’étau autour des islamistes.

Polémique sur les mosquées

Chaque année, à l’occasion du mois de Ramadan, le ministère des Waqfs (biens religieux) annonce une série de mesures pour organiser le culte dans les mosquées. Mais les mesures annoncées cette année ont soulevé une vague de mécontentement. Dans un communiqué publié cette semaine, le ministère annonce qu’il est désormais interdit de collecter des fonds dans les mosquées. En outre, la pratique du recueillement et de la prière des tarawihs (prière pratiquée pendant le Ramadan où on récite chaque jour une partie du Coran) sera limitée à certaines mosquées. La liste est longue et comprend également l’interdiction d’utiliser le haut-parleur pendant la prière (celui-ci doit être utilisé uniquement pour lancer l’appel aux fidèles), l’interdiction du prêche dans certaines mosquées intégristes comme celle de Ahl Al-Sunna et la mosquée d’Al-Gameiya Al-Chareiya et enfin l’interdiction d’accomplir la prière du petit Baïram hors des mosquées. Une circulaire comprenant les nouvelles directives a été distribuée cette semaine aux imams dans les mosquées. Le ministère a refusé la demande de certains imams de pratiquer l’eatikaf ou retraite pratiquée dans les mosquées les dix derniers jours du mois sacré pour prier et réciter le Coran. En fait, ces décisions ont suscité une nuée de critiques. Et le débat sur leur portée s’est installé tant sur la scène politique que parmi les fidèles. « Pourquoi ils nous empêchent de pratiquer notre culte dans le lieu qui nous convient ? Est-il acceptable que pour prier ou pratiquer un culte nous devons avoir une permission et pourquoi aller dans des mosquées lointaines s’il existe des mosquées qui sont proches de nous ? », se plaint Gamal Mansour, employé. Les décisions du ministère des Waqfs ont poussé certains députés islamistes à réagir. Sayed Askar, député des Frères musulmans, a présenté une interrogation au premier ministre, Ahmad Nazif, où il dénonce les tentatives visant à « empêcher les musulmans de pratiquer leur religion ». « C’est une véritable mascarade. Nous avons eu des plaintes d’imams de mosquées, surtout en Haute-Egypte dont les demandes au ministère des Waqfs de pratiquer la retraite ont été refusées », s’insurge Askar. Pour lui, ces directives émanent des services de sécurité et visent à resserrer l’étau sur les islamistes. « Les mosquées sont infestées d’agents de la sécurité. C’est la sécurité qui dicte aux imams des mosquées ce qu’il faut dire et ce qu’il ne faut pas dire pendant les prêches », lance Askar, en affirmant qu’il était impensable que l’Etat s’en prenne aussi au travail caritatif. « Le ministère des Waqfs est en train de confisquer la liberté religieuse », s’insurge Askar.

Les imams des mosquées ont été avertis qu’ils doivent prendre la permission du ministère s’ils souhaitent pratiquer le recueillement. Pour obtenir cette permission, les imams doivent présenter au ministère des photocopies des cartes d’identité des fidèles qui souhaitent pratiquer ce culte. Certains imams affirment qu’ils ne respecteront pas ces décisions si le ministère essaye de les leur imposer. « Je ne vais pas arrêter une tradition du prophète. Je suis habitué chaque année à accomplir la prière des tarawihs avec les habitants du quartier où se trouve la mosquée. Cette prière revêt une importance particulière pour les musulmans, la même chose pour la retraite. Je ne pourrais jamais empêcher un fidèle de prier ou d’exercer un de ses droits religieux », explique le cheikh Hassan, prédicateur dans une mosquée au quartier de Choubra au Caire. « Ce sont des décisions politiques mais nous ne comprenons pas. En quoi le fait de pratiquer le recueillement est-il une source de nuisance pour le ministre de Waqfs? », lance Azab Moustapha, député des Frères musulmans. Ce n’est pas la première fois que de telles mesures soient prises par le gouvernement. Ce dernier, soucieux de raffermir son contrôle sur les lieux de culte et de lutter contre l’extrémisme religieux, mène depuis quelques années une campagne politique visant à étatiser les mosquées. Le gouvernement a déjà interdit la prière du vendredi dans les zawiyas, ces petites mosquées installées au rez-de-chaussée des immeubles, fermé des mosquées hors des heures de prière et limité la durée du prêche du vendredi à vingt minutes uniquement. Quant au thème du prêche, il doit être fixé d’avance par l’imam de la mosquée avant d’être approuvé par le ministère. La dernière mesure prise par le ministère a été de lancer un projet pour unifier l’appel à la prière afin d’éviter la cacophonie. Les responsables au ministère des Waqfs rejettent les accusations des islamistes. « Ces mesures visent seulement à organiser le culte. Le recueillement dans les mosquées n’est pas interdit, mais nous avons demandé à chaque administration des Waqfs de préciser un certain nombre de mosquées qui soit convenable pour pratiquer le culte d’eatekaf. 1 900 mosquées environ ont été choisies dans les gouvernorats », affirme Salem Abdel-Guélil, vice-ministre pour les Affaires de la dawaa (prédication). En ce qui concerne la prière des tarawihs, Salem explique qu’une cinquantaine de mosquées ont été choisies pour la prière qui se fait avec une partie du Coran chaque jour et qui prend deux heures environ. « Les autres mosquées peuvent accomplir la prière, mais avec de petits versets pour ne pas accabler les gens malades et les personnes âgées. D’autre part, nous avons interdit à toute personne qui n’est pas un imam inscrit au ministère de faire un prêche. C’est une mesure très importante pour ne pas donner l’occasion à n’importe qui de diffuser de fausses idées sur la religion », assure Salem. Pour sa part, Diaa Rachwan, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, explique que l’Etat tente de marginaliser les courants islamistes et essaie de limiter leur rôle. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les mesures annoncées par le ministère des Waqfs. Pourtant, selon lui, ces mesures, malgré leur intensité, n’auront pas un grand effet sur l’activité des Frères musulmans.

« Les mosquées ne sont pas le seul terrain où opèrent les Frères musulmans ». Ces derniers opèrent surtout dans les campus universitaires et dans les quartiers pauvres .

Sabah Sabet

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