Al-Ahram Hebdo, Egypte | Les incendies à la une
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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Egypte

Sécurité . La catastrophe du Conseil consultatif a jeté la lumière sur les défaillances des systèmes anti-incendie. Ces derniers jours, une série d’incendies mineurs ont été déclarés.

Les incendies à la une

Après l’incendie qui a ravagé le Conseil consultatif, une série d’autres sinistres ont eu lieu un peu partout en Egypte. Le 1er septembre, à l’Aéroport du Caire, un incendie se déclare dans une chambre de haute pression située à environ 500 mètres de la gare principale de ravitaillement des avions. Les pompiers ont mis environ une heure pour maîtriser les flammes. Bilan : six blessés, des hommes de la défense civile et un agent de la sécurité de la compagnie d’aviation EgyptAir. Tout comme au Conseil consultatif, c’est un court-circuit qui aurait provoqué l’incendie, selon les services de la défense civile. Le 26 août, quelques jours seulement après la catastrophe du Conseil consultatif, un incendie se produit au siège du secrétariat général du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) à Assiout. Les flammes ont transformé en ruines les locaux du parti. Fort heureusement, les locaux étaient vides et on ne déplore qu’un seul blessé, un pompier atteint d’asphyxie alors qu’il essayait d’éteindre les flammes. L’enquête livre les mêmes ingrédients que dans l’incendie du Conseil consultatif : défaillance du dispositif anti-incendie, matériel en bois qui aurait accéléré la propagation des flammes et absence de système d’alarme.

Ces incendies sont certes mineurs mais ils révèlent l’ampleur des défaillances. Le constat est désolant : lieux publics et administrations gouvernementales en Egypte ne sont pas prémunis contre les incendies.

Mogammae Al-Tahrir (complexe administratif) au centre du Caire. Ce bâtiment aux dimensions tentaculaires est l’un des vestiges de l’ère nassérienne. Construit dans les années 1950, il abrite les bureaux d’une cinquantaine d’administrations et d’organismes gouvernementaux. Le bâtiment, construit sur le modèle soviétique, abrite 10 000 employés environ et reçoit chaque jour la visite de plusieurs dizaines de milliers de citoyens. Il va sans dire qu’un incendie qui se déclarerait dans ce bâtiment aurait des conséquences fâcheuses. Pour accéder au complexe, il faut passer à travers une porte électronique surveillée par des agents de la sécurité. Les agents refusent que des journalistes accèdent au bâtiment. « Il faut obtenir une autorisation. Vous n’avez pas le droit de photographier », dit l’un d’entre eux. Il aurait fallu de multiples tractations pour pouvoir accéder au bâtiment.

Le complexe est formé d’une quinzaine d’étages. Chaque étage est muni d’une vingtaine d’extincteurs d’incendie. Toutefois, la plupart des extincteurs sont vides ou en très mauvais état et ne sont là que pour faire partie du décor. A côté de chaque extincteur, figure une feuille de papier collée au mur et sur laquelle on peut lire : « En cas d’incendie, brisez la vitre ». Un employé qui a requis l’anonymat assure que ces papiers ont été collés après l’incendie du Conseil consultatif. « Après l’incendie de Magliss al-choura, des agents de la sécurité sont venus ici et ont installé ces affiches », assure-t-il. Mais selon lui, la plupart des extincteurs ne fonctionnent pas. Quant à ceux qui fonctionnent, personne ne sait comment les utiliser.

Le quatrième étage, où se trouvent certains organismes affiliés au ministère des Affaires sociales, est formé d’un immense couloir flanqué des deux côtés d’une multitude de bureaux administratifs. Dans l’un des bureaux, on est frappé par l’amas de papiers et de dossiers qui jonchent le local. « Ce sont des archives ! », confie l’un des employés. Non seulement ces tonnes de papier constituent un facteur de risque qui pourrait aggraver un incendie mais en plus, elles obstruent les sorties de secours aménagées pour évacuer le personnel en cas d’incendie !

Loin du centre-ville, à la périphérie du Caire se trouve la citadelle. Cette bâtisse construite à l’époque de Salaheddine Al-Ayyoubi se pose aujourd’hui comme l’un des monuments les plus impor0tants de la capitale. La citadelle est particulièrement fréquentée par les touristes. En été, des spectacles musicaux y sont régulièrement organisés. Tout comme au Mogammae Al-Tahrir, l’accès à la citadelle n’est pas facile. « Il faut avoir une permission », insiste un agent de la sécurité. Après une série de tractations, on accède enfin à la citadelle. Dans la cour intérieure, se trouvent quelques fontaines à incendie qui semblent neuves. Cependant, ces fontaines sont situées assez loin de l’entrée du bâtiment, ce qui rend leur usage peu commode. Les employés refusent de parler du dispositif de sécurité anti-incendie. Ils affirment avoir reçu l’ordre de ne pas le faire. La mosquée de Mohamad Ali, considérée comme un chef-d’œuvre architectural, est située à l’intérieur de la citadelle. Elle est construite sur une superficie de 6 000 mètres carrés. A l’intérieur, on note la présence de 6 petits extincteurs d’incendie qui se trouvent à proximité des fenêtres. C’est clairement insuffisant étant donné la grande superficie de l’édifice. L’intérieur de la mosquée contient d’abondantes décorations en bois. Nagui Abdel-Rahmane, directeur technique, assure que tous les ouvriers et employés de la citadelle ont suivi des cours de formation en matière de lutte contre l’incendie. « Chaque employé doit avoir un diplôme attestant qu’il a déjà suivi un stage en matière de lutte contre les incendies pour être accepté au travail », affirme Abdel-Rahmane sur un ton inquiet car « il n’est pas autorisé à parler de ce dossier ».

Au complexe d’Al-Tahrir tout comme à la citadelle, le dispositif de sécurité anti-incendie semble défaillant ou inadéquat. « La plupart des établissements gouvernementaux ne sont pas munis de systèmes d’alerte précoce pour les d’incendies. C’est une défaillance majeure. Il est nécessaire de moderniser ces bâtiments », note Tareq Mohieddine, gérant d’une compagnie qui construit des systèmes de sécurité anti-incendie. Mais il faut aussi remédier à un autre problème, celui des équipements vétustes et non opérationnels. C’est ce que pense Sarwat Wazir, directeur de l’unité d’incendie à la faculté d’ingénierie de l’Université du Caire. « Dans les pays développés, on fait des simulations d’incendie pour tester périodiquement le matériel et pour que le personne acquière l’expérience nécessaire », précise-t-il. Et d’ajouter : « Chez nous, la situation est complètement différente. Le matériel existe mais il est défaillant. Les hommes de la sécurité industrielle ne sont pas qualifiés ».

Certains comme Fahmi Abdel-Alim, ancien directeur du secteur des monuments islamiques à l’Organisme des antiquités, appellent à la nécessité d’assurer les administrations gouvernementales et les lieux publics importants contre le vol et les incendies. Il insiste lui aussi sur l’importance de moderniser les équipements.

Le Conseil des ministres a décidé de former un comité permanent afin de recenser les biens publics et privés et les sécuriser contre les incendies, en particulier les sites archéologiques et historiques. Comme d’habitude, la réaction arrive toujours très tardivement .

Ola Hamdi

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