Sécurité .
La catastrophe du Conseil consultatif a jeté la lumière sur
les défaillances des systèmes anti-incendie. Ces derniers
jours, une série d’incendies mineurs ont été déclarés.
Les incendies à la une
Après
l’incendie qui a ravagé le Conseil consultatif, une série
d’autres sinistres ont eu lieu un peu partout en Egypte. Le
1er septembre, à l’Aéroport du Caire, un incendie se déclare
dans une chambre de haute pression située à environ 500
mètres de la gare principale de ravitaillement des avions.
Les pompiers ont mis environ une heure pour maîtriser les
flammes. Bilan : six blessés, des hommes de la défense
civile et un agent de la sécurité de la compagnie d’aviation
EgyptAir. Tout comme au Conseil consultatif, c’est un
court-circuit qui aurait provoqué l’incendie, selon les
services de la défense civile. Le 26 août, quelques jours
seulement après la catastrophe du Conseil consultatif, un
incendie se produit au siège du secrétariat général du Parti
National Démocrate (PND, au pouvoir) à Assiout. Les flammes
ont transformé en ruines les locaux du parti. Fort
heureusement, les locaux étaient vides et on ne déplore
qu’un seul blessé, un pompier atteint d’asphyxie alors qu’il
essayait d’éteindre les flammes. L’enquête livre les mêmes
ingrédients que dans l’incendie du Conseil consultatif :
défaillance du dispositif anti-incendie, matériel en bois
qui aurait accéléré la propagation des flammes et absence de
système d’alarme.
Ces incendies sont certes mineurs mais ils révèlent
l’ampleur des défaillances. Le constat est désolant : lieux
publics et administrations gouvernementales en Egypte ne
sont pas prémunis contre les incendies.
Mogammae Al-Tahrir (complexe administratif) au centre du
Caire. Ce bâtiment aux dimensions tentaculaires est l’un des
vestiges de l’ère nassérienne. Construit dans les années
1950, il abrite les bureaux d’une cinquantaine
d’administrations et d’organismes gouvernementaux. Le
bâtiment, construit sur le modèle soviétique, abrite 10 000
employés environ et reçoit chaque jour la visite de
plusieurs dizaines de milliers de citoyens. Il va sans dire
qu’un incendie qui se déclarerait dans ce bâtiment aurait
des conséquences fâcheuses. Pour accéder au complexe, il
faut passer à travers une porte électronique surveillée par
des agents de la sécurité. Les agents refusent que des
journalistes accèdent au bâtiment. « Il faut obtenir une
autorisation. Vous n’avez pas le droit de photographier »,
dit l’un d’entre eux. Il aurait fallu de multiples
tractations pour pouvoir accéder au bâtiment.
Le complexe est formé d’une quinzaine d’étages. Chaque étage
est muni d’une vingtaine d’extincteurs d’incendie.
Toutefois, la plupart des extincteurs sont vides ou en très
mauvais état et ne sont là que pour faire partie du décor. A
côté de chaque extincteur, figure une feuille de papier
collée au mur et sur laquelle on peut lire : « En cas
d’incendie, brisez la vitre ». Un employé qui a requis
l’anonymat assure que ces papiers ont été collés après
l’incendie du Conseil consultatif. « Après l’incendie de
Magliss al-choura, des agents de la sécurité sont venus ici
et ont installé ces affiches », assure-t-il. Mais selon lui,
la plupart des extincteurs ne fonctionnent pas. Quant à ceux
qui fonctionnent, personne ne sait comment les utiliser.
Le quatrième étage, où se trouvent certains organismes
affiliés au ministère des Affaires sociales, est formé d’un
immense couloir flanqué des deux côtés d’une multitude de
bureaux administratifs. Dans l’un des bureaux, on est frappé
par l’amas de papiers et de dossiers qui jonchent le local.
« Ce sont des archives ! », confie l’un des employés. Non
seulement ces tonnes de papier constituent un facteur de
risque qui pourrait aggraver un incendie mais en plus, elles
obstruent les sorties de secours aménagées pour évacuer le
personnel en cas d’incendie !
Loin du centre-ville, à la périphérie du Caire se trouve la
citadelle. Cette bâtisse construite à l’époque de
Salaheddine Al-Ayyoubi se pose aujourd’hui comme l’un des
monuments les plus impor0tants de la capitale. La citadelle
est particulièrement fréquentée par les touristes. En été,
des spectacles musicaux y sont régulièrement organisés. Tout
comme au Mogammae Al-Tahrir, l’accès à la citadelle n’est
pas facile. « Il faut avoir une permission », insiste un
agent de la sécurité. Après une série de tractations, on
accède enfin à la citadelle. Dans la cour intérieure, se
trouvent quelques fontaines à incendie qui semblent neuves.
Cependant, ces fontaines sont situées assez loin de l’entrée
du bâtiment, ce qui rend leur usage peu commode. Les
employés refusent de parler du dispositif de sécurité
anti-incendie. Ils affirment avoir reçu l’ordre de ne pas le
faire. La mosquée de Mohamad Ali, considérée comme un
chef-d’œuvre architectural, est située à l’intérieur de la
citadelle. Elle est construite sur une superficie de 6 000
mètres carrés. A l’intérieur, on note la présence de 6
petits extincteurs d’incendie qui se trouvent à proximité
des fenêtres. C’est clairement insuffisant étant donné la
grande superficie de l’édifice. L’intérieur de la mosquée
contient d’abondantes décorations en bois. Nagui Abdel-Rahmane,
directeur technique, assure que tous les ouvriers et
employés de la citadelle ont suivi des cours de formation en
matière de lutte contre l’incendie. « Chaque employé doit
avoir un diplôme attestant qu’il a déjà suivi un stage en
matière de lutte contre les incendies pour être accepté au
travail », affirme Abdel-Rahmane sur un ton inquiet car « il
n’est pas autorisé à parler de ce dossier ».
Au complexe d’Al-Tahrir tout comme à la citadelle, le
dispositif de sécurité anti-incendie semble défaillant ou
inadéquat. « La plupart des établissements gouvernementaux
ne sont pas munis de systèmes d’alerte précoce pour les
d’incendies. C’est une défaillance majeure. Il est
nécessaire de moderniser ces bâtiments », note Tareq
Mohieddine, gérant d’une compagnie qui construit des
systèmes de sécurité anti-incendie. Mais il faut aussi
remédier à un autre problème, celui des équipements vétustes
et non opérationnels. C’est ce que pense Sarwat Wazir,
directeur de l’unité d’incendie à la faculté d’ingénierie de
l’Université du Caire. « Dans les pays développés, on fait
des simulations d’incendie pour tester périodiquement le
matériel et pour que le personne acquière l’expérience
nécessaire », précise-t-il. Et d’ajouter : « Chez nous, la
situation est complètement différente. Le matériel existe
mais il est défaillant. Les hommes de la sécurité
industrielle ne sont pas qualifiés ».
Certains comme Fahmi Abdel-Alim, ancien directeur du secteur
des monuments islamiques à l’Organisme des antiquités,
appellent à la nécessité d’assurer les administrations
gouvernementales et les lieux publics importants contre le
vol et les incendies. Il insiste lui aussi sur l’importance
de moderniser les équipements.
Le Conseil des ministres a décidé de former un comité
permanent afin de recenser les biens publics et privés et
les sécuriser contre les incendies, en particulier les sites
archéologiques et historiques.
Comme
d’habitude, la réaction arrive toujours très tardivement .
Ola
Hamdi