Croissance .
7,2 %, c’est le taux record affiché par l’Egypte. Cependant,
l’heure n’est pas à l’euphorie. On devrait s’attendre à une
baisse sur les court et moyen termes à cause des taux
d’inflation et du ralentissement économique mondial.
Un beau chiffre et de l’inquiétude
Une croissance de 7,2 % pour 2007/2008. Le taux le plus
élevé et auquel certains ne s’attendaient pas d’autant plus
que certaines agences internationales d’évaluation comme
Fitch et Moody’s ont revu l’évaluation de l’Egypte et de ses
dettes à la baisse. Et ce, en raison des taux d’inflation
élevés soit 23,1 % en juillet, le taux le plus élevé depuis
1992. En raison de cette inflation exorbitante, certaines
banques d’investissement comme EFG-Hermes avaient également
prévu un taux de croissance de moins de 7 %. Mais plusieurs
facteurs ont bousté l’économie égyptienne, dont le flux des
investissements étrangers directs qui a atteint 14 milliards
de dollars au cours des trois premiers trimestres de
2007/2008 contre 11,2 milliards de dollars en 2006/2007, la
hausse de 22 % des revenus du Canal de Suez et celle de 32 %
des revenus du tourisme.
L’heure serait-elle à l’optimisme ? Les données sur le plan
local ainsi que sur la scène internationale laissent
économistes, hommes d’affaires et même responsables moins
optimistes pour 2008/2009. Le taux de croissance a déjà
diminué au cours du dernier trimestre 2007/2008 pour se
chiffrer à 6,8 % contre 7,9 % au cours du 2e trimestre et
7,3 % au troisième. Le gouvernement pour sa part a baissé
ses prévisions pour la croissance économique en 2008/2009 à
7 % ou un peu moins contre plus de 8,5 % auparavant (voir 3
questions). En fait, tout le monde assure que la hausse
inédite du taux d’inflation aura à coup sûr des effets
profonds sur l’économie égyptienne. Une partie importante de
cette inflation est due à la hausse internationale des prix
des denrées alimentaires et de l’énergie. « Ce choc va se
refléter négativement sur l’économie égyptienne. Vu que
l’Egypte est l’un des plus grands importateurs de nourriture
dans le monde, sans oublier qu’il s’agit d’un importateur
d’énergie, la hausse de la facture d’importation creusera
davantage le déficit de la balance commerciale », explique
Gouda Abdel-Khaleq, professeur d’économie à l’Université du
Caire. Et d’ajouter que la hausse des dépenses publiques
consacrées à ces denrées et au maintien des subventions à
l’énergie signifie que les tentatives pour limiter le
déficit budgétaire vont probablement échouer.
Tiendra, tiendra pas
Il ne faut également pas oublier les mesures que le
gouvernement a entreprises au début du mois de mai pour
financer la hausse de 30 % des salaires des fonctionnaires.
Pour trouver les 12 milliards de L.E. nécessaires, le
gouvernement a dû augmenter les prix de l’essence, du diesel
ainsi que celui du gaz naturel destiné aux industries
lourdement consommatrices de l’énergie. Il a de même annulé
des exemptions fiscales de 39 usines installées dans les
zones franches et a augmenté, entre autres, les prix des
droits d’exploitation des carrières. Des mesures qui ont
contribué à faire grossir davantage les taux d’inflation
ainsi que les coûts de production. L’indice des prix des
producteurs a ainsi sauté à 171,8 contre 134,7 en octobre
2007, date de sa mise en vigueur. « Il résulte de cette
hausse des prix, une baisse de la demande locale et donc de
la croissance. En même temps, la hausse du coût de
production accompagnée d’une baisse du pouvoir d’achat ont
poussé les producteurs à réviser à la baisse leurs
prévisions de la production et donc la croissance »,
poursuit Gouda Abdel-Khaleq.
Même son de cloche chez Hussein Sabbour, président de
l’Association des hommes d’affaires égyptiens. « Le
gouvernement a annulé soudainement des exemptions accordées
aux investisseurs, ce qui affectera nécessairement les
investissements étrangers directs. Déjà Al-Kharafi, l’un des
plus grands investisseurs dans la région, s’est retiré d’un
grand projet de raffinement du pétrole. En plus de
l’inflation élevée que le gouvernement n’arrive pas à
contrôler. Cela va sûrement diminuer les taux de croissance
», estime-t-il.
Une tendance confirmée par le baromètre des affaires, publié
par le Centre égyptien des études économiques. Ce baromètre,
qui mesure l’activité économique au cours des 6 premiers
mois de l’année, a détecté une régression de la croissance
et une montée du mécontentement parmi les milieux
d’affaires. Bien que le nombre d’entreprises sondées ayant
ressenti une stabilité ou même une hausse de la croissance
ait augmenté, le nombre d’entreprises qui ont des
perceptions positives de la croissance économique a
considérablement diminué au cours du premier semestre de
2008, par rapport au second semestre de 2007. « Les
perspectives conservatrices des entreprises reflètent leur
incertitude à propos de la durabilité de la croissance
économique sur le court terme », souligne le rapport.
Gouda Abdel-Khaleq ajoute que « le ralentissement économique
mondial va engendrer une baisse de la demande extérieure, ce
qui va très probablement affecter les exportations
égyptiennes. Malheureusement, cela ne pourra pas être
compensé par des échanges avec des pays asiatiques ou de
l’Amérique latine, car l’infrastructure des relations
étrangères de l’Egypte avec ces pays est fragile ».
Cependant, le pessimisme n’est pas prédominant dans tous les
secteurs. Selon le baromètre, les prévisions les plus
positives se situent dans le secteur financier, le tourisme
et la construction. Alors que le transport, l’industrie et
les télécommunications ont des difficultés à maintenir le
rythme. Mohamad Khamis Chaabane, secrétaire général de
l’Association des hommes d’affaires du 6 Octobre, estime que
le flux des investissements étrangers directs provenant des
pays pétroliers du Golfe va permettre de conserver des taux
de croissance élevés en Egypte. Même si ces investissements
sont concentrés dans le secteur immobilier et dans celui de
divertissement, ce qui menace la durabilité de la
croissance.
« Je crois que le taux d’inflation va diminuer avec la
baisse des prix sur le marché international », lance Samir
Radwane, membre du conseil d’administration de l’Organisme
d’investissement. « Il est prévu que les taux de croissance
d’ici 2012, tournent autour de 6 %, ce qui n’est pas mal en
prenant en considération la conjoncture de l’économie
mondiale », estime-t-il en se félicitant du fait que
jusqu’ici, l’Egypte a réussi à se prémunir contre
l’influence des crises de l’économie mondiale. Gouda Abdel-Khaleq,
lui, se méfie de ces conclusions. Il rappelle la crise
asiatique de 1997. « A l’époque, le gouvernement a dit et a
répété qu’on n’est pas lié aux pays asiatiques et qu’on ne
sera pas affecté mais on l’a été. Notre économie est
beaucoup plus liée à l’économie occidentale qu’à l’économie
asiatique. On ne va pas pouvoir y échapper », assure-t-il.
L’heure est à l’expectative.
Marwa Hussein