Al-Ahram Hebdo, Economie | Un beau chiffre et de l’inquiétude
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Economie

Croissance . 7,2 %, c’est le taux record affiché par l’Egypte. Cependant, l’heure n’est pas à l’euphorie. On devrait s’attendre à une baisse sur les court et moyen termes à cause des taux d’inflation et du ralentissement économique mondial.

Un beau chiffre et de l’inquiétude

Une croissance de 7,2 % pour 2007/2008. Le taux le plus élevé et auquel certains ne s’attendaient pas d’autant plus que certaines agences internationales d’évaluation comme Fitch et Moody’s ont revu l’évaluation de l’Egypte et de ses dettes à la baisse. Et ce, en raison des taux d’inflation élevés soit 23,1 % en juillet, le taux le plus élevé depuis 1992. En raison de cette inflation exorbitante, certaines banques d’investissement comme EFG-Hermes avaient également prévu un taux de croissance de moins de 7 %. Mais plusieurs facteurs ont bousté l’économie égyptienne, dont le flux des investissements étrangers directs qui a atteint 14 milliards de dollars au cours des trois premiers trimestres de 2007/2008 contre 11,2 milliards de dollars en 2006/2007, la hausse de 22 % des revenus du Canal de Suez et celle de 32 % des revenus du tourisme.

L’heure serait-elle à l’optimisme ? Les données sur le plan local ainsi que sur la scène internationale laissent économistes, hommes d’affaires et même responsables moins optimistes pour 2008/2009. Le taux de croissance a déjà diminué au cours du dernier trimestre 2007/2008 pour se chiffrer à 6,8 % contre 7,9 % au cours du 2e trimestre et 7,3 % au troisième. Le gouvernement pour sa part a baissé ses prévisions pour la croissance économique en 2008/2009 à 7 % ou un peu moins contre plus de 8,5 % auparavant (voir 3 questions). En fait, tout le monde assure que la hausse inédite du taux d’inflation aura à coup sûr des effets profonds sur l’économie égyptienne. Une partie importante de cette inflation est due à la hausse internationale des prix des denrées alimentaires et de l’énergie. « Ce choc va se refléter négativement sur l’économie égyptienne. Vu que l’Egypte est l’un des plus grands importateurs de nourriture dans le monde, sans oublier qu’il s’agit d’un importateur d’énergie, la hausse de la facture d’importation creusera davantage le déficit de la balance commerciale », explique Gouda Abdel-Khaleq, professeur d’économie à l’Université du Caire. Et d’ajouter que la hausse des dépenses publiques consacrées à ces denrées et au maintien des subventions à l’énergie signifie que les tentatives pour limiter le déficit budgétaire vont probablement échouer.

 

Tiendra, tiendra pas

Il ne faut également pas oublier les mesures que le gouvernement a entreprises au début du mois de mai pour financer la hausse de 30 % des salaires des fonctionnaires. Pour trouver les 12 milliards de L.E. nécessaires, le gouvernement a dû augmenter les prix de l’essence, du diesel ainsi que celui du gaz naturel destiné aux industries lourdement consommatrices de l’énergie. Il a de même annulé des exemptions fiscales de 39 usines installées dans les zones franches et a augmenté, entre autres, les prix des droits d’exploitation des carrières. Des mesures qui ont contribué à faire grossir davantage les taux d’inflation ainsi que les coûts de production. L’indice des prix des producteurs a ainsi sauté à 171,8 contre 134,7 en octobre 2007, date de sa mise en vigueur. « Il résulte de cette hausse des prix, une baisse de la demande locale et donc de la croissance. En même temps, la hausse du coût de production accompagnée d’une baisse du pouvoir d’achat ont poussé les producteurs à réviser à la baisse leurs prévisions de la production et donc la croissance », poursuit Gouda Abdel-Khaleq.

Même son de cloche chez Hussein Sabbour, président de l’Association des hommes d’affaires égyptiens. « Le gouvernement a annulé soudainement des exemptions accordées aux investisseurs, ce qui affectera nécessairement les investissements étrangers directs. Déjà Al-Kharafi, l’un des plus grands investisseurs dans la région, s’est retiré d’un grand projet de raffinement du pétrole. En plus de l’inflation élevée que le gouvernement n’arrive pas à contrôler. Cela va sûrement diminuer les taux de croissance », estime-t-il. 

Une tendance confirmée par le baromètre des affaires, publié par le Centre égyptien des études économiques. Ce baromètre, qui mesure l’activité économique au cours des 6 premiers mois de l’année, a détecté une régression de la croissance et une montée du mécontentement parmi les milieux d’affaires. Bien que le nombre d’entreprises sondées ayant ressenti une stabilité ou même une hausse de la croissance ait augmenté, le nombre d’entreprises qui ont des perceptions positives de la croissance économique a considérablement diminué au cours du premier semestre de 2008, par rapport au second semestre de 2007. « Les perspectives conservatrices des entreprises reflètent leur incertitude à propos de la durabilité de la croissance économique sur le court terme », souligne le rapport.

Gouda Abdel-Khaleq ajoute que « le ralentissement économique mondial va engendrer une baisse de la demande extérieure, ce qui va très probablement affecter les exportations égyptiennes. Malheureusement, cela ne pourra pas être compensé par des échanges avec des pays asiatiques ou de l’Amérique latine, car l’infrastructure des relations étrangères de l’Egypte avec ces pays est fragile ».

Cependant, le pessimisme n’est pas prédominant dans tous les secteurs. Selon le baromètre, les prévisions les plus positives se situent dans le secteur financier, le tourisme et la construction. Alors que le transport, l’industrie et les télécommunications ont des difficultés à maintenir le rythme. Mohamad Khamis Chaabane, secrétaire général de l’Association des hommes d’affaires du 6 Octobre, estime que le flux des investissements étrangers directs provenant des pays pétroliers du Golfe va permettre de conserver des taux de croissance élevés en Egypte. Même si ces investissements sont concentrés dans le secteur immobilier et dans celui de divertissement, ce qui menace la durabilité de la croissance.

 « Je crois que le taux d’inflation va diminuer avec la baisse des prix sur le marché international », lance Samir Radwane, membre du conseil d’administration de l’Organisme d’investissement. « Il est prévu que les taux de croissance d’ici 2012, tournent autour de 6 %, ce qui n’est pas mal en prenant en considération la conjoncture de l’économie mondiale », estime-t-il en se félicitant du fait que jusqu’ici, l’Egypte a réussi à se prémunir contre l’influence des crises de l’économie mondiale. Gouda Abdel-Khaleq, lui, se méfie de ces conclusions. Il rappelle la crise asiatique de 1997. « A l’époque, le gouvernement a dit et a répété qu’on n’est pas lié aux pays asiatiques et qu’on ne sera pas affecté mais on l’a été. Notre économie est beaucoup plus liée à l’économie occidentale qu’à l’économie asiatique. On ne va pas pouvoir y échapper », assure-t-il. L’heure est à l’expectative.

Marwa Hussein

Le taux de croissance a régressé à 6,8 % au cours du dernier trimestre 2007/2008, contre 7,3 % au cours du troisième trimestre et 7,9 % au cours du second. Les économistes prévoient que cette tendance à la baisse continuera. Une hausse exceptionnelle des revenus du Canal de Suez a été, avec la hausse des revenus du tourisme, l’une des principales raisons de la hausse du taux global de croissance en 2007/2008. En même temps, les investissements ont augmenté. Le capital issu s’est rapproché des 50 milliards de L.E. La majeure partie de cette somme vient de l’expansion des activités opérée par des entreprises déjà existantes sur le marché. Et les prévisions annoncent une régression de ce chiffre l’année prochaine.

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3 questions à

Mahmoud Mohieddine, ministre de l’Investissement.  

 

« Le gouvernement a revu à la baisse ses prévisions pour 2009 »

Al-Ahram Hebdo : Avec ces taux de croissance élevés, cela veut-il dire que l’Egypte est à l’abri de la crise économique mondiale ?

Mahmoud Mohieddine : Les crises sur le plan mondial vont avoir une influence sur l’économie égyptienne. La hausse des taux d’inflation dans le monde aura un effet négatif sur la croissance économique réelle. En plus, la baisse du taux de croissance sur le niveau mondial aura un effet sur le commerce et les exportations. Les effets sur le secteur financier ne sont pas encore terminés. Ils mettent du temps avant d’être ressentis. Ainsi, la régression de l’économie mondiale a poussé le gouvernement à baisser ses prévisions de croissance à un maximum de 7 %, alors qu’il avait prévu une augmentation de 1,5 à 2 % en 2008/2009. Or, l’influence de la crise mondiale aura lieu surtout en 2008/2009.

— Plusieurs agences internationales d’évaluation comme Fitch et Moody’s ont baissé l’évaluation de l’Egypte. Cela aura-t-il des effets négatifs sur la croissance de l’économie égyptienne ?

— Ces agences mesurent des choses très spécialisées, comme les titres financiers du gouvernement ou la qualité de ses dettes. Des détails loin de l’investissement et que les investisseurs ne prennent pas en considération. L’investisseur porte ses yeux plutôt vers les opportunités d’investissement, le revenu et les risques.

— Et l’effet de l’inflation sur la croissance ?

— Il y a des craintes engendrées par certains facteurs locaux, mais l’investissement est en hausse et a atteint des niveaux satisfaisants. En outre, les prix mondiaux des denrées alimentaires, comme le blé et les huiles, entre autres, sont en baisse, ce qui nous rend optimistes sur les expectations de l’inflation qui pourra bien diminuer l’année prochaine .

Propos recueillis par M. H.

 




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