Pakistan .
Le nouveau président, Asif Ali
Zardari, hérite d’un pays en
proie à une crise aux multiples facettes. Ce qui laisse
d’ores et déjà planer le doute sur ses capacités à gérer
cette situation explosive.
Les limites de Zardari
De lourdes tâches attendent le nouveau président
pakistanais, Asif Ali
Zardari, qui a recueilli samedi
les suffrages de 481 des 702 membres du collège électoral
formé des deux chambres du Parlement et des quatre
assemblées provinciales. Avec une économie en crise, une vie
politique instable, une guérilla islamiste œuvrant en force
depuis plusieurs mois et des relations délicates avec les
Etats-Unis, le nouvel homme fort a du pain sur la planche.
Sans oublier aussi les liens difficiles avec les militaires,
acteurs-clés dans la vie politique du Pakistan.
De quoi laisser sceptique quant à l’avenir du pays. La
question qui se pose désormais est donc de savoir si
Zardari sera capable de mener à
bien sa tâche. D’autant plus que l’image de politicien
manœuvrier lui colle à la peau. Et, bien qu’il n’ait jamais
été condamné, le nouveau président, soupçonné de corruption
et d’assassinat, reste marqué par ses années de prison et
les doutes quant à son aptitude à gouverner continuent à
peser lourdement sur l’opinion publique pakistanaise.
Tout d’abord, la polémique sur la réintégration des juges de
la Cour suprême, limogés par son prédécesseur
Pervez
Musharraf, qui a fait voler en éclats la coalition au
pouvoir depuis six mois, n’a pas arrangé les choses. Pour
beaucoup, Zardari, chef de file
du Parti du Peuple Pakistanais (PPP) depuis l’assassinat de
son épouse, Benazir Bhutto, en décembre dernier, est revenu
sur sa promesse de peur que les magistrats ne relancent les
poursuites à son encontre. Membre d’un gouvernement dirigé
par sa femme, il a passé au total onze années en prison,
accusé de meurtre, de corruption et de trafic de drogues. Il
avait été remis en liberté sous caution en 2004 et a rejoint
sa femme en exil.
Après la mort de Benazir Bhutto, quelques semaines après son
retour d’exil, Zardari a pris sa
succession à la tête du PPP, direction qu’il partage avec
son fils Bilawal. Sous la
houlette de Zardari, le PPP
s’est imposé comme la première force politique du pays lors
des législatives de février dernier, devant la Ligue
musulmane de Nawwas Sharif PML-N
avec laquelle le PPP a formé un gouvernement de coalition,
qui a finalement éclaté le 25 août.
Les hésitations du PPP à réintégrer le plus rapidement
possible les magistrats limogés par
Musharraf, comme l’exigeait la PML-N, a provoqué
cette rupture de la coalition gouvernementale, déjà
confrontée à la violence islamiste et à la faiblesse des
marchés financiers.
Le PPP craint qu’une fois réintégrés, les magistrats limogés
ne remettent en question l’amnistie accordée l’an dernier à
Zardari et à d’autres
responsables du parti, mis en cause dans des affaires de
corruption.
C’est dire que les défis sont énormes. Pourtant, les
partenaires d’Islamabad, Etats-Unis en tête, souhaitent que
son élection mette fin à l’instabilité politique et à la
guérilla islamiste qui, toutes deux, gagnent du terrain
depuis plusieurs mois. La traduction dans les faits de
la promesse du président, qui s’est engagé à renoncer à son
pouvoir de dissolution de l’Assemblée, constituera un
premier test. Sur le front de l’insécurité,
Zardari, ancien homme d’affaires
proche de Washington, s’est engagé à poursuivre la lutte
éminemment impopulaire contre les islamistes, entamée par
son prédécesseur Pervez
Musharraf. Saluant son élection,
la secrétaire d’Etat américaine
Condoleezza Rice s’est
félicitée de cette promesse. « Maintenant, avec un nouveau
président, je pense que nous avons bien avancé. J’ai été
marquée par ce qu’il a dit sur les défis posés au Pakistan,
l’importance donnée à la lutte contre le terrorisme, le fait
que le combat contre le terrorisme est le combat du
Pakistan, et ses paroles fortes d’amitié et d’alliance avec
les Etats-Unis », a-t-elle dit. Cela dit, le chef de l’Etat
prend ses fonctions sur fond de tensions avec les
Etats-Unis, certains observateurs estimant que les relations
américano-pakistanaises au plus mal depuis les attentats du
11 septembre. Les forces américaines en Afghanistan ont en
effet lancé la semaine dernière leur première intervention
militaire directe connue sur le sol pakistanais depuis
l’Afghanistan. Et les tirs de missiles américains visant
Al-Qaëda mais n’épargnant pas
les civils sont devenus quasi quotidiens, renforçant un
anti-américanisme déjà très prononcé des Pakistanais.
Ainsi, de nombreux analystes s’inquiètent-ils des effets de
la désignation d’une personnalité si controversée au moment
où le pays est au bord de la banqueroute, où les combattants
islamistes semblent gagner du terrain et où Washington,
exaspéré, multiplie les attaques contre
Al-Qaëda dans le nord-ouest, à partir de
l’Afghanistan voisin. Et, pour couronner le tout, les jours
de la coalition de Zardari
semblent comptés : le gouvernement, formé en mars et
incapable d’agir concrètement, est à la merci de petites
formations aux intérêts très divergents, des laïcs
progressistes aux fondamentalistes musulmans, en passant par
des nationalistes ethniques.
Abir
Taleb