Al-Ahram Hebdo,Monde | Les limites de Zardari
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Pakistan . Le nouveau président, Asif Ali Zardari, hérite d’un pays en proie à une crise aux multiples facettes. Ce qui laisse d’ores et déjà planer le doute sur ses capacités à gérer cette situation explosive. 

Les limites de Zardari

De lourdes tâches attendent le nouveau président pakistanais, Asif Ali Zardari, qui a recueilli samedi les suffrages de 481 des 702 membres du collège électoral formé des deux chambres du Parlement et des quatre assemblées provinciales. Avec une économie en crise, une vie politique instable, une guérilla islamiste œuvrant en force depuis plusieurs mois et des relations délicates avec les Etats-Unis, le nouvel homme fort a du pain sur la planche. Sans oublier aussi les liens difficiles avec les militaires, acteurs-clés dans la vie politique du Pakistan.

De quoi laisser sceptique quant à l’avenir du pays. La question qui se pose désormais est donc de savoir si Zardari sera capable de mener à bien sa tâche. D’autant plus que l’image de politicien manœuvrier lui colle à la peau. Et, bien qu’il n’ait jamais été condamné, le nouveau président, soupçonné de corruption et d’assassinat, reste marqué par ses années de prison et les doutes quant à son aptitude à gouverner continuent à peser lourdement sur l’opinion publique pakistanaise.

Tout d’abord, la polémique sur la réintégration des juges de la Cour suprême, limogés par son prédécesseur Pervez Musharraf, qui a fait voler en éclats la coalition au pouvoir depuis six mois, n’a pas arrangé les choses. Pour beaucoup, Zardari, chef de file du Parti du Peuple Pakistanais (PPP) depuis l’assassinat de son épouse, Benazir Bhutto, en décembre dernier, est revenu sur sa promesse de peur que les magistrats ne relancent les poursuites à son encontre. Membre d’un gouvernement dirigé par sa femme, il a passé au total onze années en prison, accusé de meurtre, de corruption et de trafic de drogues. Il avait été remis en liberté sous caution en 2004 et a rejoint sa femme en exil.

Après la mort de Benazir Bhutto, quelques semaines après son retour d’exil, Zardari a pris sa succession à la tête du PPP, direction qu’il partage avec son fils Bilawal. Sous la houlette de Zardari, le PPP s’est imposé comme la première force politique du pays lors des législatives de février dernier, devant la Ligue musulmane de Nawwas Sharif PML-N avec laquelle le PPP a formé un gouvernement de coalition, qui a finalement éclaté le 25 août.

Les hésitations du PPP à réintégrer le plus rapidement possible les magistrats limogés par Musharraf, comme l’exigeait la PML-N, a provoqué cette rupture de la coalition gouvernementale, déjà confrontée à la violence islamiste et à la faiblesse des marchés financiers.

Le PPP craint qu’une fois réintégrés, les magistrats limogés ne remettent en question l’amnistie accordée l’an dernier à Zardari et à d’autres responsables du parti, mis en cause dans des affaires de corruption.

C’est dire que les défis sont énormes. Pourtant, les partenaires d’Islamabad, Etats-Unis en tête, souhaitent que son élection mette fin à l’instabilité politique et à la guérilla islamiste qui, toutes deux, gagnent du terrain depuis plusieurs mois.  La traduction dans les faits de la promesse du président, qui s’est engagé à renoncer à son pouvoir de dissolution de l’Assemblée, constituera un premier test. Sur le front de l’insécurité, Zardari, ancien homme d’affaires proche de Washington, s’est engagé à poursuivre la lutte éminemment impopulaire contre les islamistes, entamée par son prédécesseur Pervez Musharraf. Saluant son élection, la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice s’est félicitée de cette promesse. « Maintenant, avec un nouveau président, je pense que nous avons bien avancé. J’ai été marquée par ce qu’il a dit sur les défis posés au Pakistan, l’importance donnée à la lutte contre le terrorisme, le fait que le combat contre le terrorisme est le combat du Pakistan, et ses paroles fortes d’amitié et d’alliance avec les Etats-Unis », a-t-elle dit. Cela dit, le chef de l’Etat prend ses fonctions sur fond de tensions avec les Etats-Unis, certains observateurs estimant que les relations américano-pakistanaises au plus mal depuis les attentats du 11 septembre. Les forces américaines en Afghanistan ont en effet lancé la semaine dernière leur première intervention militaire directe connue sur le sol pakistanais depuis l’Afghanistan. Et les tirs de missiles américains visant Al-Qaëda mais n’épargnant pas les civils sont devenus quasi quotidiens, renforçant un anti-américanisme déjà très prononcé des Pakistanais.

Ainsi, de nombreux analystes s’inquiètent-ils des effets de la désignation d’une personnalité si controversée au moment où le pays est au bord de la banqueroute, où les combattants islamistes semblent gagner du terrain et où Washington, exaspéré, multiplie les attaques contre Al-Qaëda dans le nord-ouest, à partir de l’Afghanistan voisin. Et, pour couronner le tout, les jours de la coalition de Zardari semblent comptés : le gouvernement, formé en mars et incapable d’agir concrètement, est à la merci de petites formations aux intérêts très divergents, des laïcs progressistes aux fondamentalistes musulmans, en passant par des nationalistes ethniques.

Abir Taleb

 

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