Russie .
Européens et Russes ont convenu lundi d’un retrait, d’ici à
un mois, des forces russes de Géorgie. Un accord qui exclut
cependant l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, qui restent dans
le giron de Moscou.
Un juste milieu pour éviter le pire
Le
président français, Nicolas Sarkozy a gagné son pari :
obtenir de la Russie qu’elle s’engage clairement à retirer
ses troupes de Géorgie. Après une visite éclair lundi à
Moscou, le président français et président en exercice de
l’Union, qui avait à ses côtés le président de la Commission
européenne José Manuel Barroso, et le diplomate en chef de
l’Union Européenne (UE) Javier Solana, a annoncé que d’ici
un mois, les soldats russes auront quitté la Géorgie.
Concernant l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, les Russes
restent intransigeants : le chef de la diplomatie
Sergueï Lavrov a affirmé mardi que les forces russes
resteront « longtemps » dans les deux républiques
séparatistes afin d’empêcher toute nouvelle violence.
Les responsables européens ont aussi négocié le déploiement
d’au moins 200 observateurs de l’UE en Géorgie, d’ici au 1er
octobre, une concession de Moscou. « Ce que nous avons
décidé avec le président Medvedev signifie concrètement :
dans une semaine maximum, la levée des checkpoints (russes)
entre Poti (port stratégique géorgien, ndlr) et Sinaki », a
déclaré M. Sarkozy à l’issue de 4 heures d’entretien avec M.
Medvedev à Barvikha, près de Moscou.
« Dans un mois, le retrait complet des forces militaires
russes du territoire géorgien, hors Ossétie (du Sud) et
Abkhazie », a poursuivi M. Sarkozy lors d’une conférence de
presse commune. M. Medvedev a souligné que ce retrait serait
soumis à la signature par la Géorgie de « documents
juridiquement contraignants, garantissant le non-usage de la
force contre l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ».
Il a assuré toutefois avoir reçu une « garantie de l’Union
européenne et de la France » en la matière, M. Sarkozy
ajoutant lui avoir remis une lettre en ce sens du président
géorgien, Mikheïl Saakachvili.
La délégation européenne, emmenée par le président français,
s’est ensuite envolée pour Tbilissi pour réaffirmer le
soutien de l’UE à M. Saakachvili et tenter de consolider les
avancées obtenues à Moscou.
La Géorgie, que Moscou accuse régulièrement de restaurer son
« potentiel militaire » sous couvert d’aide humanitaire
américaine, a aussitôt salué le calendrier de retrait russe
de son territoire. « C’est un résultat très important du
président Sarkozy qui vise à l’application complète du plan
en six points » de paix négocié en août, a affirmé à l’AFP
Alexandre Lomaïa, secrétaire du Conseil national de sécurité
géorgien.
En liaison avec le retrait russe, « pas moins de 200
observateurs de l’UE » seront déployés en Géorgie, hors
Ossétie et Abkhazie, « pas plus tard que le 1er octobre 2008
», a ajouté M. Medvedev.
La Russie, qui privilégie l’OSCE (Organisation pour la
Sécurité et la Coopération en Europe), dont elle est membre,
avait jugé juste auparavant que des observateurs de l’UE «
conduiraient à une fragmentation superflue » de la mission
sur place de cette organisation.
Prochaines discussions à Genève
D’autre part, « les discussions internationales (sur
l’Ossétie et l’Abkhazie), prévues par le plan en six points
Medvedev-Sarkozy du 12 août, commenceront le 15 octobre 2008
à Genève », a poursuivi M. Medvedev. Selon le président
français, elles porteront sur les modalités de sécurité et
de stabilité en Abkhazie et en Ossétie du Sud, telles que
mentionnées au point 6, a précisé Nicolas Sarkozy.
De son côté, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov,
a déclaré mardi que les deux républiques séparatistes
géorgiennes doivent être « pleinement » associées à
ces pourparlers.
Mais, si le président français a réussi à obtenir un accord
pour un retrait, sa victoire est incomplète : les Russes
sont restés intransigeants sur un point important, pas
question de revenir sur la reconnaissance de l’indépendance
des deux territoires. « Nous avons fait ce choix, et je l’ai
dit ouvertement et plusieurs fois lors de nos conversations
téléphoniques avec nos collègues européens : il est
définitif et sans appel. C’est irrévocable », a martelé
Dmitri Medvedev. Réponse de Nicolas Sarkozy : « L’Union
européenne condamne cette décision unilatérale » qui fait fi
de l’intégrité territoriale de la Géorgie.
Après l’accord survenu lundi, l’UE pourrait toutefois
reprendre « dès octobre » les négociations sur un nouveau
partenariat stratégique avec la Russie, notamment dans
l’énergie, gelées le 1er septembre en raison du maintien de
forces russes en profondeur sur le territoire géorgien,
a-t-il poursuivi.
« Les choses sont parfaitement claires, nous voulons un
partenariat et nous voulons la paix », a ajouté M. Sarkozy
en se félicitant également de « l’émergence d’un acteur de
poids, l’UE, dans cette crise ».
Faute d’accord, l’UE avait menacé de durcir le ton à l’égard
de Moscou. L’annulation du sommet UE-Russie du 14 novembre
figure parmi les sanctions possibles .
Abir
Taleb