Spectacle .
La troupe des derviches tourneurs de Amer Al-Touni s’inspire
de la tradition soufie turque. Elle présente sa propre
version de chant et de danse religieux.
Les Mawlawiyas à l’égyptienne
Sur
les sites Internet, entre bloggueurs, dans les médias, sur
les programmes des centres culturels, on annonce qu’on a
rendez-vous, tout le mois de Ramadan avec la troupe de
Mawlawiya de Amer Al-Touni.
Au micro, et vêtu de sa djellaba blanche, Amer Al-Touni
récite : « Imam des prophètes mon supporter » ou « Oh Dieu,
que faire d’un amour dont je suis chargé ? Mon amour pour
mon seigneur m’a rendu malade ». Accompagné des airs du nay
(flûte orientale) et de la rababa (rebec, instrument
populaire à corde), il loue le prophète et chante pour
l’amour de Dieu.
Un derviche tourneur apparaît sur scène. Avec un long
tarbouche sur la tête, une veste et une jupe conique
blanche, il commence à tourner en étendant les bras en
l’air. Ses pas et ses mouvements suivent bien les rythmes du
chant soufi et la direction de l’aiguille de la montre.
D’autres derviches tourneurs se joignent à lui. Le rythme
est accéléré et la troupe transcende la salle. Un état
d’ensorcellement règne, l’audience est captivée. Qu’ils se
produisent dans une salle close ou en plein air, dans une
tente ramadanesque, ou dans une maison du Vieux-Caire, Al-Touni
et ses derviches s’emparent de la scène et attirent de plus
en plus un large public.
Il ne
s’agit pas d’une troupe de Tannoura (danse des derviches
tourneurs) ni d’un chœur de chant religieux. Al-Touni, puise
dans le patrimoine soufi des Mawlawiyas (ordre soufi des
Mevelevis fondé en Turquie par le poète Jalaleddine Al-Roumi)
et choisit de présenter sa propre version de la danse
rituelle.
Al-Mawlawiya
d’Al-Touni ou comme il l’intitule Al-Mawlawiya à
l’égyptienne est belle et bien différente. « A l’Origine,
Al-Mawlawiya est un ordre soufi fondé à Konya en Turquie au
XIIIe siècle par Jalaleddine Al-Roumi. Les danseurs
commencent par tourner lentement puis rapidement jusqu’à
arriver à un état de transe. Un rite sacré dans lequel les
derviches tachent de s’unir à Dieu suivant les
significations et les vers de leur maître Jalal Al-Roumi »,
explique le chanteur Amer Al-Touni. Ajoutant : « Aujourd’hui,
cette danse est devenue presque un show artistique loin de
toute influence religieuse. Il est temps de signaler que
toute religion rejette ce qui est rituel. Il est plutôt
question d’un culte et d’une pratique. De même, le concept
de s’unifier à Dieu contredit la croyance musulmane. Alors
dans notre troupe, on essaye de restituer un exercice à mi-chemin
entre le physique et le spirituel, entre l’art et le rite ».
Afin de se distinguer des Mawlawiyas turcs, qui sont les
plus connus, Al-Touni choisit de garder uniquement la
couleur blanche pour les habits des danseurs. Il rejette
alors la tunique et la ceinture noires que les derviches
turcs portent symbolisant l’impact du monde matériel et
faisant allusion à certains concepts chiites. Les danseurs
d’Al-Touni se concentrent plutôt sur leur mouvement qui
s’accélère de plus en plus. « Le chant et la danse dans
lesquels les louanges pour le créateur et le prophète se
répètent sont une manière de rendre hommage à Dieu. Ce qui
touche bien le public et le transporte dans un voyage
spirituel. C’est notre objectif », souligne Al-Touni qui a
fondé sa troupe en 1994 en Grèce où il étudiait la musique.
Avec des Egyptiens et des Libanais, il a réussi à créer sa
troupe, connaissant un grand succès auprès du public
étranger.
De
retour au Caire, des jeunes filles ont voulu se joindre à
Al-Mawlawiya Al-Masriya. « En tant qu’être humain, quelle
différence existe-t-il entre un homme et une femme ?
Qu’est-ce qui empêche cette dernière de se lancer dans cette
activité pieuse ? », s’interroge Al-Touni. Au niveau de la
préparation et de l’entraînement, tous les membres de la
troupe, hommes ou femmes, musiciens ou chanteurs doivent
passer par une séance de méditation avant de se lancer dans
la répétition ou de monter sur scène.
Au
programme, un extrait des poèmes des grands maîtres soufis :
Jalaleddine Al-Roumi, Ibn Al-Farid, Al-Hallaj et autres. Al-Touni
chante aussi le mawal, les invocations et les chansons
religieuses les plus populaires. Au niveau de la musique,
les instruments traditionnels de la musique soufie se mêlent
à d’autres instruments occidentaux. Ainsi, le nay, la rababa
et les tambours de basques se mêlent au violon et à la
guitare … La troupe gagne alors un air contemporain.
La forme
traditionnelle de la danse soufie égyptienne à savoir Al-Tannoura,
n’est jamais oubliée. A la fin, un danseur de Tannoura avec
ses couleurs vivantes vient s’associer aux Mawlawiyas dans
une scène où le rythme s’accroît et le chant s’enflamme .
May
Sélim