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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Télévision . Le drame ramadanesque fait la part belle aux sitcoms. Petites sériesinventives, drôles et efficaces, elles ont tout de suite drainé un public nombreux et fidèle.

Corriger les mœurs en riant

Abréviation de Situation Comedy (comédie de situation), le sitcom désigne ces fictions télévisées d’une demi-heure où les personnages se débattent dans des situations humoristiques. Genre nouveau en Egypte, les chaînes de télévision et satellites égyptiennes diffusent durant le mois de Ramadan six sitcoms différents : Raguel wa set settat (un homme et six femmes), Al-Eyada (la clinique), Al-Fadi yeëmel eih ? (oisif, qu’est-ce qu’on fait ?), Cafétchino, Chérif we nos (Chérif et demi), en plus de la troisième partie de Tamer et Chawqiya.

Commençons par le plus connu. Le sitcom Tamer et Chawqiya, avec Ahmad Al-Fichawi et May Kassab, relate les aventures quotidiennes d’un jeune couple. Les situations comiques proviennent du fait que le mari est issu d’une famille de la haute bourgeoisie, alors que sa femme a toujours vécu dans un quartier populaire, au sein d’une famille modeste. De quoi donner lieu à des conflits, surtout après la naissance de leur premier bébé, Rabie.

Tirant sur la même corde, celle des différends sociaux au sein d’une même famille, le deuxième sitcom a succès durant ce Ramadan, Raguel wa set settat (un homme et six femmes), regroupe une gamme de comédiens sympathiques dont Achraf Abdel-Baqi, Liqaa Al-Khamissi et Intissar. Son réalisateur libanais, Assad Fouldkar, a tourné 102 épisodes pour préparer dès maintenant les quatrième et cinquième parties. Le cadre de cette deuxième saison n’est toujours que le foyer d’Adel et son petit bazar où les aventures ne cessent de se succéder. Les épisodes d’une durée n’excédant pas en général une dizaine de minutes sont parfaitement calibrés pour une diffusion durant le mois sacré.

Dans la série Al-Eyada (la clinique) d’Amr Arafa, le ton est totalement différent. Plus drôles, les épisodes tendent davantage vers la satire sociale « comme moyen de sensibiliser et de faire évoluer les mentalités », espère Basma, héroïne du sitcom. Produit toujours par de petites boîtes de production, Al-Eyada aborde des sujets aussi variés que l’économie, la politique, le social, la culture ou la bureaucratie.

Se situant dans la clinique de trois jeunes médecins interprétés par Edouard, Basma et Khaled Sarhan, c’est un lieu de rencontre pour évoquer ses soucis. Le sitcom fait appel à des stars telles Adel Imam, Ahmad Ezz, Ahmad Al-Saqqa et Mona Zaki, comme invités d’honneur.

Donnant un même coup de projecteur sur les maux et les problèmes des protagonistes qui se croisent dans un espace déterminé, le sitcom Cafétchino ne manque pas d’audience, non pour l’originalité de son idée, mais peut-être pour suivre les aventures d’un Khaled Al-Nabawi qui s’aventure dans la comédie et une Donia Samir Ghanem toujours en forme.

Et dans Chérif we nos (Chérif et demi), on témoigne d’un regard ironique sur les réalités quotidiennes des adolescents. Le ton de chaque épisode est cependant très léger : il montre une jeunesse dorée, affrontant les problèmes que rencontrent les jeunes partout dans le monde.

Les jeunes comédiens Chérif Ramzi, Dorra et Randa Al-Béheiri nous font plonger dans le monde des jeunes, avec leurs différentes modes : habits, musique, langage et rêves d’avenir. Chérif, mordu par le chômage, décide de chercher un boulot. Chaque épisode traite une nouvelle aventure et un métier différent.

Finalement, le sitcom Al-Fadi yeëmel eih ? (oisif, qu’est-ce qu’on fait ?) propose le tandem Salah Abdallah et Intissar, un duo d’enfer qui se mêle de tout.

Jugés généralement comme des produits télévisuels bas de gamme, les sitcoms sont néanmoins un vivier sociologique. « Ils reflètent l’ère du temps tout en suscitant une identification entre les personnages et le public », explique Ahmad Samir Atef, réalisateur du sitcom Tamer et Chawqiya, ajoutant :  « Tout sitcom repose sur la création d’une famille dont les personnages priment et donnent le ton à la série. Les sitcoms répondent donc à des règles d’écriture précises. Les personnages sont définis au départ avec un soin extrême ».

On crée des personnages avec un passé très riche qui pourra toujours servir un jour. Au fur et à mesure que la série évolue, on continue de leur inventer un passé. Et au réalisateur d’affirmer : « Les spectateurs doivent toujours reconnaître leur héros. Ils doivent pressentir les réactions des personnages et s’en réjouir d’avance. C’est ce qui crée le succès de ce genre de série ».

Donc, un bon sitcom doit faire en sorte que l’archétype devient une référence dans la vie réelle. Genre populaire par définition, il doit entrer dans la vie des gens et les influencer. Car ils éprouvent de la sympathie pour les personnages et retrouvent un certain réalisme dans la représentation donnée des codes culturels, des stéréotypes et des clichés de la vie courante. Selon Chérif Chaabane, auteur de Chérif we nos, « la vocation de la série est de jeter un pont entre les jeunes des différentes classes sociales à l’image de ces personnages qui s’enrichissent des différences culturelles de chacun d’entre eux ».

Ce genre télévisuel a connu ses débuts aux Etats-Unis où les sitcoms reposaient plus sur un comique émanant du langage que du personnage. Dès le premier sitcom, I Love Lucy, le genre est devenu une des pierres angulaires de la production américaine. Considéré comme noble aux USA, le genre est souvent méprisé en France, en raison principalement de la piètre qualité de la traduction et des productions françaises.

La bande-son des sitcoms est assortie de rires et d’applaudissements issus (en version originale pour les productions américaines) d’un tournage en public, d’une projection après coup ou, plus rarement, d’ambiance en boîte.

En Orient, le sitcom a été particulièrement adapté aux télévisions et publics locaux. Subissant des sitcoms venus de l’étranger, comme la série Friends, le public égyptien a soif d’images qui lui ressemblent. Ainsi, lorsqu’un sitcom purement égyptien, Tamer et Chawqiya, arrive sur écran, quelle que soit sa qualité, c’est le succès garanti. En ce moment, le genre est en pleine effervescence.

Yasser Moheb

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