Télévision .
Le drame ramadanesque fait la part belle aux sitcoms.
Petites sériesinventives, drôles et efficaces, elles ont
tout de suite drainé un public nombreux et fidèle.
Corriger les mœurs en riant
Abréviation
de Situation Comedy (comédie de situation), le sitcom
désigne ces fictions télévisées d’une demi-heure où les
personnages se débattent dans des situations humoristiques.
Genre nouveau en Egypte, les chaînes de télévision et
satellites égyptiennes diffusent durant le mois de Ramadan
six sitcoms différents : Raguel wa set settat (un homme et
six femmes), Al-Eyada (la clinique), Al-Fadi yeëmel eih ?
(oisif, qu’est-ce qu’on fait ?), Cafétchino, Chérif we nos
(Chérif et demi), en plus de la troisième partie de Tamer et
Chawqiya.
Commençons par le plus connu. Le sitcom Tamer et Chawqiya,
avec Ahmad Al-Fichawi et May Kassab, relate les aventures
quotidiennes d’un jeune couple. Les situations comiques
proviennent du fait que le mari est issu d’une famille de la
haute bourgeoisie, alors que sa femme a toujours vécu dans
un quartier populaire, au sein d’une famille modeste. De
quoi donner lieu à des conflits, surtout après la naissance
de leur premier bébé, Rabie.
Tirant sur la même corde, celle des différends sociaux au
sein d’une même famille, le deuxième sitcom a succès durant
ce Ramadan, Raguel wa set settat (un homme et six femmes),
regroupe une gamme de comédiens sympathiques dont Achraf
Abdel-Baqi, Liqaa Al-Khamissi et Intissar. Son réalisateur
libanais, Assad Fouldkar, a tourné 102 épisodes pour
préparer dès maintenant les quatrième et cinquième parties.
Le cadre de cette deuxième saison n’est toujours que le
foyer d’Adel et son petit bazar où les aventures ne cessent
de se succéder. Les épisodes d’une durée n’excédant pas en
général une dizaine de minutes sont parfaitement calibrés
pour une diffusion durant le mois sacré.
Dans la série Al-Eyada (la clinique) d’Amr Arafa, le ton est
totalement différent. Plus drôles, les épisodes tendent
davantage vers la satire sociale « comme moyen de
sensibiliser et de faire évoluer les mentalités », espère
Basma, héroïne du sitcom. Produit toujours par de petites
boîtes de production, Al-Eyada aborde des sujets aussi
variés que l’économie, la politique, le social, la culture
ou la bureaucratie.
Se situant dans la clinique de trois jeunes médecins
interprétés par Edouard, Basma et Khaled Sarhan, c’est un
lieu de rencontre pour évoquer ses soucis. Le sitcom fait
appel à des stars telles Adel Imam, Ahmad Ezz, Ahmad Al-Saqqa
et Mona Zaki, comme invités d’honneur.
Donnant un même coup de projecteur sur les maux et les
problèmes des protagonistes qui se croisent dans un espace
déterminé, le sitcom Cafétchino ne manque pas d’audience,
non pour l’originalité de son idée, mais peut-être pour
suivre les aventures d’un Khaled Al-Nabawi qui s’aventure
dans la comédie et une Donia Samir Ghanem toujours en forme.
Et dans Chérif we nos (Chérif et demi), on témoigne d’un
regard ironique sur les réalités quotidiennes des
adolescents. Le ton de chaque épisode est cependant très
léger : il montre une jeunesse dorée, affrontant les
problèmes que rencontrent les jeunes partout dans le monde.
Les jeunes comédiens Chérif Ramzi, Dorra et Randa Al-Béheiri
nous font plonger dans le monde des jeunes, avec leurs
différentes modes : habits, musique, langage et rêves
d’avenir. Chérif, mordu par le chômage, décide de chercher
un boulot. Chaque épisode traite une nouvelle aventure et un
métier différent.
Finalement, le sitcom Al-Fadi yeëmel eih ? (oisif, qu’est-ce
qu’on fait ?) propose le tandem Salah Abdallah et Intissar,
un duo d’enfer qui se mêle de tout.
Jugés généralement comme des produits télévisuels bas de
gamme, les sitcoms sont néanmoins un vivier sociologique. «
Ils reflètent l’ère du temps tout en suscitant une
identification entre les personnages et le public »,
explique Ahmad Samir Atef, réalisateur du sitcom Tamer et
Chawqiya, ajoutant : « Tout sitcom repose sur la
création d’une famille dont les personnages priment et
donnent le ton à la série. Les sitcoms répondent donc à des
règles d’écriture précises. Les personnages sont définis au
départ avec un soin extrême ».
On crée des personnages avec un passé très riche qui pourra
toujours servir un jour. Au fur et à mesure que la série
évolue, on continue de leur inventer un passé. Et au
réalisateur d’affirmer : « Les spectateurs doivent toujours
reconnaître leur héros. Ils doivent pressentir les réactions
des personnages et s’en réjouir d’avance. C’est ce qui crée
le succès de ce genre de série ».
Donc, un bon sitcom doit faire en sorte que l’archétype
devient une référence dans la vie réelle. Genre populaire
par définition, il doit entrer dans la vie des gens et les
influencer. Car ils éprouvent de la sympathie pour les
personnages et retrouvent un certain réalisme dans la
représentation donnée des codes culturels, des stéréotypes
et des clichés de la vie courante. Selon Chérif Chaabane,
auteur de Chérif we nos, « la vocation de la série est de
jeter un pont entre les jeunes des différentes classes
sociales à l’image de ces personnages qui s’enrichissent des
différences culturelles de chacun d’entre eux ».
Ce genre télévisuel a connu ses débuts aux Etats-Unis où les
sitcoms reposaient plus sur un comique émanant du langage
que du personnage. Dès le premier sitcom, I Love Lucy, le
genre est devenu une des pierres angulaires de la production
américaine. Considéré comme noble aux USA, le genre est
souvent méprisé en France, en raison principalement de la
piètre qualité de la traduction et des productions
françaises.
La bande-son des sitcoms est assortie de rires et
d’applaudissements issus (en version originale pour les
productions américaines) d’un tournage en public, d’une
projection après coup ou, plus rarement, d’ambiance en
boîte.
En Orient, le sitcom a été particulièrement adapté aux
télévisions et publics locaux. Subissant des sitcoms venus
de l’étranger, comme la série Friends, le public égyptien a
soif d’images qui lui ressemblent. Ainsi, lorsqu’un sitcom
purement égyptien, Tamer et Chawqiya, arrive sur écran,
quelle que soit sa qualité, c’est le succès garanti. En ce
moment, le genre est en pleine effervescence.
Yasser Moheb