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 Semaine du 10 au 16 Septembre 2008, numéro 731

 

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Arts

Exposition . Deux artistes, l’Egyptien Amr Fékri et le Suisse Gaspare Otto Melcher, puisent différemment leur inspiration dans le mysticisme et la sagesse des anciens pour un résultat lourd de sens.

Méditation couchée sur papier

« Le tissage de l’occulte, contemplations autour du saint des saints » est un titre trempé dans le mysticisme, qui donne un avant-goût de deux expositions, celle d’Amr Fékri qui se tient à Qobbet Al-Ghouri, dans le Vieux-Caire, et celle de Gaspare Otto Melcher, à la galerie Ofoq 1, au musée Mahmoud Khalil. Dans ces deux expositions, organisées par la fondation culturelle suisse Pro Helvetia, chaque artiste s’imprègne de mysticisme suivant sa culture à travers des œuvres qui puisent dans « la géométrie sacrée » (le langage universel de la création).

Plongé depuis 1999 dans le monde du soufisme, Amr Fékri a déjà bien modulé le thème dans d’autres expositions ultérieures. La première était inspirée de citations tirées du roman de Bahaa Taher Ana al-malek gueit (moi le roi, j’arrive), alors que l’autre reprenait des pensées du maître soufi Al-Nefari. C’est toujours dans les profondeurs du mysticisme que sonde Amr Fékri. Sa nouvelle exposition à Qobbet Al-Ghouri traite de pensées mystérieuses, voire « hermétiques », de la sagesse antique, puisant dans les innombrables textes du maître soufi Hermès (les textes de Hermès — célèbre aussi comme messager des dieux — sont écrits même avant Moïse). « C’est dans le livre Métoun Hermès, qui signifie en arabe le germe de la sagesse chez Hermès, que j’ai plongé, au cours d’une bourse de deux ans, dans un parfait isolement, dans une maison au bord d’un lac dans la forêt suisse. Lire la sagesse de Hermès et contempler l’impassible nature était ma seule hantise », indique Fékri, dont toutes les photos-collages, inspirées des textes ésotériques de Hermès, gravitent autour d’un centre. Elles invitent le récepteur à tourner intensément en rond pour regarder « au-delà ». Un au-delà qui ne cesse de stimuler l’homme, en quête constante de sagesse, afin de pivoter et méditer autour d’éternelles questions centrées essentiellement sur le mystère de l’existence, du divin et du cosmos. « Qui sommes-nous, d’où venons-nous et où irons-nous ? », s’interroge l’artiste.

Une vivacité se dégage de ses œuvres et provient, en fait, du lieu choisi pour sa méditation. Car c’est dans la forêt suisse, avec son calme, sa verdure et son horizon infini, que Fékri a produit ses œuvres contemplatives et cohérentes. C’est un univers en « fragments » avec un noyau solide qu’il reconstitue. Un univers en rotation, alliant images et paroles.

Motifs et ornementations islamiques se confondent aux formes géométriques démesurées qui se répètent et se ramifient infiniment. Ces formes géométriques bien assemblées et cohérentes prennent la forme de tiges d’arbres, d’herbes et de feuilles imbibées de couleurs vertes, symboles aussi de soufisme. Croissance de la vie, mais aussi héritage ancestral. L’exposition de Fékri sera accompagnée tout au long du mois de Ramadan par un festival de chants soufis.

L’artiste suisse Gaspare Otto Melcher a trouvé, lui, en la trappe du roi Zoser à Saqqara, un vrai motif pictural, pour appliquer cette même géométrie sacrée. Cette dernière hante les dessins et les peintures de Melcher en Egypte depuis 2006. Sous le titre de Séquence Saqqara, ces dessins et peintures lient en quelque sorte les interprétations religieuses et mystiques à la géométrie sacrée, le concept soufi à l’art moderne et l’histoire ancienne au présent contemporain.

Tout d’abord travaillant sur la modalité utilisée par les anciens Egyptiens, Otto Melcher a voulu savoir si ces derniers ont eu recours à la géométrie sacrée pour produire des œuvres d’art ou pas. Une étude qui a incité Mechler à se servir de motifs picturaux asymétriques, figurant sur la trappe de Zoser. Ce qui a ébloui Melcher le plus, c’est que la statue du roi Zoser ne regarde pas la terre, direction commune des rituels sacrés, mais se tourne vers le cosmos. D’où un beau dialogue entre le terrestre et le céleste. « Ce qui m’a vraiment touché, c’est de voir une sculpture tellement suggestive, symétrique et moderne, comme une belle astronaute devant une ruine pyramidale. Pour moi, Zoser est un voyageur dans le temps et l’espace. Et sa trappe est une œuvre de science-fiction, très moderne et très touchante », assure Otto Melcher.

Il n’aime pas trop mystifier son travail. « Pour moi, la géométrie sacrée possède des règles très précises de pratique et non pas d’interprétation mystique », affirme-t-il. Et d’ajouter : « Pour arriver à produire une peinture expressive, je pense que ce n’est pas l’artiste qui doit donner des interprétations unilatérales sur son travail. Mon travail doit lui-même donner cette impression de mysticisme, sans la forcer. Je n’aime pas être un alchimiste de la mystique ».

Raison pour laquelle Melcher aime préparer tranquillement ses dessins, avant de les reproduire dans des peintures, « plus expressives que géométriques ». Une fois que ces dessins sont mémorisés dans sa pensée, il travaille avec un air plus accéléré sur ses peintures. Il recourt à des couleurs mystiques et claires : bleu, jaune et ocre ... « Sans mes dessins, aux lignes précises et fines, je n’aurais jamais pu créer mes peintures. Il faut se doter à la fois de la précision d’une ligne et de la maîtrise d’un pinceau », conclut Melcher.

Névine Lameï

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Œuvres de Gaspare Otto Melcher, à la galerie Ofoq, jusqu’au 1er octobre, de 10h à 15h et de 19h30 à 22h (sauf le vendredi). 1, rue Kafour, Guiza. Tél. : 23362921. Et œuvres d’Amr Fékri, à Qobbet Al-Ghouri, 111, rue Al-Azhar, jusqu’au 30 septembre, de 11h à 14h et de 20h à minuit.

 




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