Biennale Internationale d’Architecture de Venise .
Le commissaire du Pavillon égyptien, l’architecte Tareq
Wali, s’exprime sur le thème de cette onzième édition et la
participation égyptienne.
« Notre projet est basé sur l’idée de la
décomposition et du renouvellement »
Al-Ahram
Hebdo : Vous avez préféré choisir un groupe de jeunes
architectes égyptiens pour participer à la Biennale.
Pourquoi ?
Tareq Wali :
L’Egypte garde toujours un pavillon permanent à la Biennale
de l’architecture de Venise. Le ministre de la Culture,
Farouk Hosni, m’a nommé comme commissaire général du
Pavillon égyptien lors de cette 11e édition. Dès que j’ai
découvert le thème de cette édition : L’architecture au-delà
du bâtiment, j’ai pensé à travailler avec des architectes et
des jeunes ayant une vision pour l’avenir.
J’ai d’abord choisi quatre participants essentiels : Yéhia
Chawqat, Yéhia Al-Hossafy, Lara Iskandar et Amany Kamel. Ces
derniers sont vraiment talentueux et ont un esprit créatif.
Ils représentent bien l’esprit des jeunes architectes
égyptiens.
— Comment avez-vous abordé le thème de cette onzième édition
: L’architecture au-delà du bâtiment ?
— Le thème nous fait revenir à l’origine de l’architecture.
Il nous a poussés à penser directement à la géométrie comme
base essentielle et indispensable à tout design
architectural. Un bâtiment peut disparaître, s’effondrer,
puis être ensuite reconstruit sur la base de sa géométrie
essentielle. La nouvelle reconstruction peut proposer une
nouvelle vision.
Par exemple, les maisons et les édifices nubiens ont été
noyés dans l’eau du Nil à cause de la construction du
Haut-Barrage. Pourtant, les traces de l’architecture n’ont
pas été oubliées. Elles existent dans la mémoire des Nubiens
comme une référence à leur culture. Pour cela, la Nubie a
été reconstruite en suivant ces traces. Cela veut dire qu’en
ayant recours à la géométrie de base, l’on a pu reconstruire
la Nubie. C’est le principe que nous suivons dans notre
travail.
Le directeur de la Biennale évoque dans son allocution
l’architecture comme une pensée et une culture. Construire
des milliers d’édifices sans avoir un concept ou une vision
n’a aucune valeur.
— En quoi consiste votre projet architectural présenté à la
biennale : « L’ombre de la géométrie » ?
— Le projet que nous présentons dans le pavillon égyptien
est divisé en trois : le passé, le présent et l’avenir.
Le passé est symbolisé par une ancienne maison qui
s’effondre, le présent à travers la géométrie que les
architectes étudient et l’avenir par les nouvelles
constructions modernes. Notre projet est basé sur l’idée de
la décomposition et du renouvellement.
Les quatre architectes principaux présentent l’idée de base
et les deux premières étapes du projet, à savoir le passé et
le présent. Un film de sept minutes résume ces étapes.
En abordant la troisième phase du projet, l’avenir, nous
avons eu recours à des architectes encore plus jeunes dont
l’expérience n’est pas si grande. Certains ont une
expérience de sept ans de travail, d’autres sont encore des
débutants. De plus, quelques-uns sont encore étudiants.
Pour mettre en œuvre ce projet, on a loué une terre vierge
au Fayoum sur laquelle on a dessiné les schémas géométriques
nécessaires. Puis, on a construit une ancienne maison à
l’aide de matériaux naturels. La maison s’effondrait, mais
suivant les traces de la géométrie, les jeunes architectes
ont proposé différents plans pour sa reconstruction. Chacun
d’entre eux a étudié alors la terre, la géométrie et a
proposé sa propre vision pour l’avenir. Ainsi, de temps en
temps, un bâtiment peut se développer autrement.
Nous avons choisi comme titre du projet L’ombre de la
géométrie parce qu’il illustre bien notre idée. L’ombre
résulte de la lumière. Sa forme varie selon l’angle de
réflexion. Dans l’architecture, la géométrie existe comme un
élément de base. Tout ce qui est construit ensuite n’est
qu’une ombre de cette géométrie.
Propos recueillis par May Sélim