Al-Ahram Hebdo, Société | Noha Rouchdi, « On m’a dit : tu es une femme, respecte-toi ! »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 6 au 12 août 2008, numéro 726

 

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Société

Harcèlement. Noha Rouchdi, 26 ans, a décidé de réagir après avoir subi un harcèlement dans la rue. Elle a intenté un procès contre son agresseur. Une première en Egypte. Portrait.  

« On m’a dit : tu es une femme, respecte-toi ! » 

« Pas question de laisser tomber, j’insiste à ce que ce procès serve de leçon à tout homme qui pense faire ce genre d’agressions », c’est par ces mots que Noha a répondu à la vague de protestation qui l’a accueillie quand elle s’est lancée sur le petit camion afin d’attraper l’agresseur et l’emmener à la police. La réaction des gens qui l’ont accusée d’exagération l’a choquée au même titre que l’agression elle-même. Et ce, bien qu’elle ait crié : « Il m’a harcelé sexuellement».

Le drame a commencé le jour du retour de Noha, jeune réalisatrice, et son amie Hind de Charm Al-Cheikh. Un jour que Noha n’oubliera jamais comme elle tient à le dire. A 15h de l’après-midi, dans une rue aux alentours de la rue Al-Khalifa Al-Maämoun, à Héliopolis où elle habite, un chauffeur de camion s’est approché d’elle et l’a coincée contre d’autres voitures garées dans la rue. Soudainement, il a pris ses seins entre les mains. « J’ai été choquée, terrorisée, je voulais crier mais le choc ne m’a pas permis. J’avais la gorge sèche », se rappelle Noha. Cependant, en se rappelant les scènes de ce jour traumatisant, elle est prise par des sentiments de colère, d’oppression et aussi de vengeance.

Elle raconte avec amertume que la scène qui n’a pas quitté sa mémoire est celle de l’agresseur qui n’a pas pris la fuite suite à son agression, mais a tenu à se retourner pour lui montrer son visage souriant comme s’il voulait se moquer d’elle. A ce moment, « je me suis sentie humiliée comme je ne l’avais jamais été de ma vie. j’ai eu en tête toutes les histoires de harcèlements sexuels qui m’ont été racontées par des amies et dont j’ai fait l’objet. Et j’ai décidé de me venger, de revendiquer mon droit et aussi celui des autres filles qui n’ont pas osé réclamer le leur ».

Prise par une crise hystérique, elle s’est lancée sur le capot du véhicule et le chauffeur a été obligé de faire une marche arrière pour permettre le passage d’une voiture venue en face. « J’ai pu ouvrir sa porte et le tenir fortement avec mes mains. J’étais en train de crier, de frapper les pieds par terre, j’ai dit dans une vague de colère à tout le monde : il m’a harcelé sexuellement ».

Une phrase peu ordinaire dans une société masculine, conservatrice comme la nôtre, et surtout complice ayant tendance à considérer la femme comme la coupable. Noha et son amie ont été surprises par les phrases qui ont afflué de la foule qui s’est vite rassemblée autour d’elle. « Qu’est-ce que cela veut dire ? ». « Tu es une femme, respecte-toi, comment oses-tu intervenir ainsi parmi les hommes ? ». Et quand elle a insisté à faire intervenir la police, une vague de protestation l’a accueillie. « Ce n’est pas la peine, nous allons le battre », « Tu n’as pas de pitié, si la police intervient, il risque de perdre son avenir », « Vous les femmes, vous êtes fautives et responsables de ce qui vous arrive, vous vous habillez d’une manière provocante ».

Noha et son amie étaient toutes les deux à ce jour-là habillées en tenue ample. Elle n’a pas pu tenir ses nerfs et a rétorqué face à ces accusations d’un ton fort : « Vous n’êtes pas des hommes ». Déterminée à aller jusqu’au bout, elle poursuit : « J’ai décidé à ce moment-là de prendre mon courage à deux mains et de sortir gagnante de la bataille même si les autres sont contre ».

Un seul jeune homme a sympathisé avec elle et a décidé de l’aider.

Une exception dans cet entourage peu tolérant qui a aggravé la douleur de Noha. Elle s’est interrogée comment elle peut être aux yeux de la société une accusée et non pas une victime.

Audacieuse, elle décide de ne pas céder malgré tout. Au poste de police, l’agent de sécurité a pris les choses à la légère. Il a essayé de convaincre la jeune fille de ne pas dresser un procès-verbal. Il a proposé une deuxième fois de lui rendre son droit en battant l’agresseur. Une proposition refusée par Noha et son amie, activiste dans le domaine des droits de l’homme, et qui n’a pas pu admettre le fait d’avoir recours à la violence pour régler l’histoire.

« Tout ce que je veux c’est dresser un procès-verbal, et c’est ton devoir de le faire ».

Face à sa détermination, le procès-verbal a été dressé et a été directement transmis au Parquet. Là-bas, l’expérience a été beaucoup moins douloureuse car le procureur a bien apprécié le courage de Noha.

Il lui a même conseillé de ne pas céder face aux critiques des gens et de poursuivre sa lutte pour l’obtention de son droit. L’agresseur, marié et père de famille, a été arrêté pour quatre jours en détention provisoire. L’accusation a été qualifiée d’« attouchement physique » dont la peine peut atteindre 7 ans de prison.

Noha, qui ne regrette pas ce qu’elle a fait, insiste à continuer jusqu’au bout, malgré ses préoccupations dans la préparation de son premier film et les conseils de quelques amis. Etrange et aussi frustrant, on lui répète qu’elle risque par ce procès de porter atteinte à sa réputation, de payer cher son audace, car le criminel, une fois libéré, peut tout faire pour se venger d’elle. Mais, rien n’y fait. Sûre de son droit et forte de caractère, elle est convaincue que si toute fille ayant vécu une expérience pareille baisse les bras, les harcèlements seront monnaie courante. « Peut-être que suite à ce procès et surtout si l’agresseur est mis en prison, les hommes hésiteront-ils avant de harceler les filles », conclut-elle.

Doaa Khalifa

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