Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy , La Cour pénale internationale et la justice
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 Semaine du 6 au 12 août 2008, numéro 726

 

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Opinion

La Cour pénale internationale et la justice sélective

Mohamed Salmawy

Ce qui a caractérisé probablement le tollé qui a accompagné la demande d’inculpation émise par la Cour Pénale Internationale (CPI) contre le président Omar Al-Béchir pour les crimes de guerre survenus au Darfour est cette confusion dans les réactions arabes. Et ce, entre opposants à la décision qui y voient un alignement contre les Arabes et ceux qui incriminent effectivement le régime soudanais dans les événements du Darfour et pour lesquels ils estiment que son président doit comparaître devant la justice.

Ainsi la justice se trouve-t-elle maintenant entre les mains de l’opinion publique arabe qui est devenue responsable d’acquitter ou de condamner le président soudanais. On retrouve quasiment dans chaque journal arabe un article ou deux sur ce sujet, tantôt confirmant les crimes de guerre commis au Darfour tout au long de 5 années et tantôt réfutant la décision de la CPI, la considérant comme une humiliation infligée au Soudan et une transgression de sa souveraineté.

La question ne réside pas dans le fait qu’Al-Béchir est incriminé ou pas dans les événements du Darfour. D’ailleurs, ceci ne peut aucunement être tranché à travers un article ou une colonne rédigés çà ou là. Mais il s’agit surtout de l’injustice des décisions de la CPI qui a été établie fondamentalement pour lutter contre l’injustice. La question que l’on doit aborder est ce principe sélectif qui régit les jugements de la cour et non pas la position juridique d’Al-Béchir qui doit susciter toute cette colère de l’opinion publique arabe.

Malheureusement, le traitement médiatique de la cause l’a dévié de son cours. Au point que celui qui exprime cette colère semble être à l’image de celui qui met en avant l’acquittement de Béchir. Ce à l’heure où ceux qui ont vu que la condamnation d’Al-Béchir était logique ont affirmé sa responsabilité vis-à-vis des affres vécues au Darfour.

Il n’est pas question d’acquitter ou non Al-Béchir. Car c’est une cause qui va bien au-delà de la capacité de l’opinion publique, voire des capacités de la CPI. Seule l’Histoire est apte de la trancher. Combien de criminels ont été acquittés par les tribunaux, mais ont été plus tard condamnés par l’Histoire et combien de personnes condamnées par les tribunaux ont été par la suite innocentées par l’Histoire ?

La cause principale réside dans le sentiment d’injustice que ressentent les Arabes vis-à-vis de l’Occident. Les Arabes ont été colonisés par l’Occident qui a épuisé leurs ressources tout au long de longues décennies. N’est-ce pas également les Arabes qui ont fait l’objet, au lendemain de l’indépendance, de toutes sortes de discrimination et de fanatisme. Leur image n’a-t-elle pas été déformée et n’ont-ils pas été présentés au monde comme un exemple d’arriération et de violence ? N’ont-ils pas été présentés comme des agresseurs voulant à tout prix jeter Israël dans la mer et des ennemis de la paix alors que leur patrie a été violée en Palestine et qu’ils ont été expulsés de leurs demeures. Et lorsqu’ils ont hurlé et clamé la vengeance contre les criminels de guerre en Palestine ou plus tard en Iraq, c’est l’un de leurs leaders qui a été impliqué par la CPI.

Telle est la raison qui réside derrière la violence qui s’empare actuellement de la rue arabe et qui est illustrée à tort et à travers par certains comme une défense du président Al-Béchir. L’autre camp alors en réplique ouvre tout de suite le registre des accusations, nous faisant amener à nous demander en fin de compte si Al-Béchir est coupable ou pas. Alors qu’en réalité, la question exacte qu’il faut se demander est la suivante : pourquoi ce sont les Arabes qui sont toujours coupables et pas les autres ? Pourquoi cette sélectivité qui est l’expression d’une intransigeance aveugle contre tout ce qui est arabe ? Ensuite, où sont les criminels de guerre en Israël ou en Iraq ? Pourquoi semblent-ils jouir d’une immunité spéciale, alors que nous les Arabes sommes à la portée des poursuites ?

Lorsque le procureur général de la CPI a affiché son intention d’émettre un mandat d’arrêt contre le président soudanais, au même moment un nouveau livre est paru aux Etats-Unis faisant état d’un réquisitoire d’accusations claires et nettes contre le président américain Georges Bush en tant que criminel de guerre ayant commis lui ainsi que son Administration des crimes incontournables contre l’humanité en Iraq et en Afghanistan.

Dark Side est le nom du livre de la journaliste de renom Jane Mayer du New York Times, connu pour son large impact. Elle affirme par la preuve indéniable et par les documents crédibles, dont des rapports de la Croix-Rouge, que l’Administration de Bush, sous couvert de la guerre contre le terrorisme, a pris l’habitude de violer l’accord de Genève. Ce qui l’expose à une inculpation selon les critères internationaux pour avoir commis des crimes de guerre incriminés par la loi. A l’exemple de toutes sortes de tortures et de sévices infligés, ainsi que l’arrestation des milliers en Iraq et en Afghanistan sans une accusation valable en les détenant dans les prisons de Guantanamo sans procès.

Jane Mayer démontre dans son livre de 400 pages que la Croix-Rouge a mis en garde contre de telles violations qui relèvent des crimes de guerre et qui mettent les grands responsables de l’Administration américaine en posture d’accusation et de procès.

On retrouve dans le livre les noms des membres de l’Administration américaine accusés dans ces crimes. Elle a affirmé qu’ils étaient tous exposés à un procès et non pas uniquement le président Bush. A la tête de ces personnes, vient le vice-président américain Dick Cheney qui jouit de prérogatives non ordinaires dépassant celles qui relèvent de son poste. Selon l’auteure, il a une grande influence sur le président Bush et il l’amène à faire tout ce qu’il veut.

Au même moment, la presse israélienne a publié un récent rapport élaboré par un nombre d’avocats défenseurs de certains détenus palestiniens dans les prisons israéliennes. Selon le rapport, chaque crime de torture qui leur est infligé est à lui seul suffisant pour intenter un procès contre les leaders israéliens pour crimes de guerre. D’autant que la torture à l’intérieur des prisons israéliennes est devenue la règle générale et non pas l’exception.

Mais là voilà, quand elle décide d’agir, la justice internationale ne touche pas à ces exemples flagrants où les Arabes sont des témoins, voire des victimes, mais préjudicie plutôt les Arabes. Ces derniers peuvent-ils accepter cela de bon cœur, en étant pleinement convaincus que l’objectif ultime derrière la récente décision de la CPI est celui d’appliquer la justice ? .

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