Iraq.
Le Parlement iraqien n’a pas
réussi dimanche à réunir le quorum nécessaire pour voter une
loi électorale, ce qui laisse dans l’incertitude la date des
élections provinciales et perpétue une crise politique qui
attise les tensions ethniques.
Kirkouk
au cœur des tensions
Quinze personnes ont été tuées et au moins 35 blessées
dimanche dans une série d’attentats à la bombe à Bagdad et
au sud de la capitale iraqienne.
Ces trois attentats perpétrés à une heure de pointe sont les
premiers dans la capitale iraqienne
depuis que trois kamikazes — probablement des femmes — se
sont fait exploser le 28 juillet sur le parcours de pèlerins
chiites, tuant 25 personnes et blessant environ 75. Il
s’agit là d’une escalade de la violence que vit l’Iraq
depuis plusieurs semaines, après une période de calme
relatif.
Ces nouveaux attentats sont survenus alors que le Parlement
devait examiner une nouvelle version d’un projet controversé
de loi électorale, rejeté par le Conseil présidentiel en
juillet, et qui a fait monter la tension dans la région de
Kirkouk, au nord de Bagdad. Mais
le débat a été repoussé dimanche en raison d’un nombre
insuffisant de députés présents à la session, selon une
source parlementaire.
Les parlementaires ont ainsi dû reporter sine die la session
extraordinaire convoquée pour faire adopter le projet de
loi, auquel la minorité kurde est hostile. Le principal
enjeu du texte est le sort de Kirkouk,
une ville du nord du pays que les Kurdes souhaitent inclure
dans leur région autonome du Kurdistan.
Kirkouk avait été placée par l’ancien président
Saddam Hussein hors du Kurdistan
iraqien, une région indépendante de facto depuis
1991. Alors que les Kurdes ont aujourd’hui consolidé leur
pouvoir au sein du nouvel Iraq, ils exigent le rattachement
de Kirkouk à leur région située
à une cinquantaine de kilomètres plus au nord. Les habitants
arabes et turkmènes craignent eux d’être marginalisés si la
gestion de la région passait aux mains des Kurdes.
Le report de la réunion parlementaire témoigne de la
difficulté de parvenir à un compromis parmi les députés,
alors qu’un échec de la révision de la loi électorale risque
d’entraîner le report de scrutins provinciaux prévus en
octobre. Le projet de révision avait été approuvé fin
juillet par le Parlement, dans un contexte tendu : seuls 140
députés sur 275 étaient présents au moment du vote, et de
nombreux parlementaires avaient dénoncé des irrégularités
dans la procédure du vote, boycotté par les 54
parlementaires kurdes et d’autres législateurs hostiles à la
loi. En réaction, le Conseil présidentiel, composé du chef
de l’Etat Jalal Talabani et de ses deux adjoints, avait
décidé d’opposer son veto au texte. Ces délais dans
l’adoption de la loi représentent un revers pour
l’Administration américaine de George W. Bush qui voit dans
le scrutin d’octobre une étape cruciale vers la
réconciliation en Iraq. Les Kurdes, en particulier,
s’opposent à la loi en raison d’un différend sur la
répartition du pouvoir entre les différentes communautés de
Kirkouk.
Toutefois, les responsables politiques poursuivent leurs
consultations afin de dégager un compromis. Mahmoud Osman,
un député kurde, a déclaré qu’un compromis était à portée de
main et que le Parlement, actuellement en vacances d’été,
tiendrait une nouvelle session extraordinaire lorsque les
dirigeants de parti annonceraient un accord. « Nous
attendons la fumée blanche. Il y a de l’espoir et de
nombreux sujets de litige ont été levés et il y a des
garanties pour toutes les parties », a-t-il dit.
Cependant, les difficultés risquent de perdurer et certains
observateurs craignent que les tensions à
Kirkouk ne soient le prélude à
une plus grande instabilité politique. D’autant plus que les
élections provinciales, qui désigneront les conseils à la
tête de chacune des 18 provinces, constitueront un test
avant les élections législatives de 2009. Les Etats-Unis
espèrent que la loi électorale contribuera à la
réconciliation en donnant à la minorité sunnite l’occasion
de participer au scrutin alors qu’elle avait boycotté les
dernières élections provinciales, en 2005. Il en résulte que
les sunnites sont sous-représentés, même dans des régions où
ils sont majoritaires.
Or, les tensions entre communautés risquent de s’accentuer
dans les semaines à venir. D’ores et déjà, des milliers
d’Arabes ont manifesté samedi dans la ville de Hawija, dans
le nord de l’Iraq, pour dénoncer le projet de rattachement
de Kirkouk au Kurdistan.
Il s’agit là de l’un des dossiers les plus épineux nés du
changement du régime en Iraq et qui place le gouvernement
iraqien aussi bien que l’Administration américaine en bien
mauvaise posture.
Abir
Taleb