Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Kirkouk au cœur des tensions
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 Semaine du 6 au 12 août 2008, numéro 726

 

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Iraq. Le Parlement iraqien n’a pas réussi dimanche à réunir le quorum nécessaire pour voter une loi électorale, ce qui laisse dans l’incertitude la date des élections provinciales et perpétue une crise politique qui attise les tensions ethniques.

Kirkouk au cœur des tensions

Quinze personnes ont été tuées et au moins 35 blessées dimanche dans une série d’attentats à la bombe à Bagdad et au sud de la capitale iraqienne. Ces trois attentats perpétrés à une heure de pointe sont les premiers dans la capitale iraqienne depuis que trois kamikazes — probablement des femmes — se sont fait exploser le 28 juillet sur le parcours de pèlerins chiites, tuant 25 personnes et blessant environ 75. Il s’agit là d’une escalade de la violence que vit l’Iraq depuis plusieurs semaines, après une période de calme relatif.

Ces nouveaux attentats sont survenus alors que le Parlement devait examiner une nouvelle version d’un projet controversé de loi électorale, rejeté par le Conseil présidentiel en juillet, et qui a fait monter la tension dans la région de Kirkouk, au nord de Bagdad. Mais le débat a été repoussé dimanche en raison d’un nombre insuffisant de députés présents à la session, selon une source parlementaire.

Les parlementaires ont ainsi dû reporter sine die la session extraordinaire convoquée pour faire adopter le projet de loi, auquel la minorité kurde est hostile. Le principal enjeu du texte est le sort de Kirkouk, une ville du nord du pays que les Kurdes souhaitent inclure dans leur région autonome du Kurdistan. Kirkouk avait été placée par l’ancien président Saddam Hussein hors du Kurdistan iraqien, une région indépendante de facto depuis 1991. Alors que les Kurdes ont aujourd’hui consolidé leur pouvoir au sein du nouvel Iraq, ils exigent le rattachement de Kirkouk à leur région située à une cinquantaine de kilomètres plus au nord. Les habitants arabes et turkmènes craignent eux d’être marginalisés si la gestion de la région passait aux mains des Kurdes.

Le report de la réunion parlementaire témoigne de la difficulté de parvenir à un compromis parmi les députés, alors qu’un échec de la révision de la loi électorale risque d’entraîner le report de scrutins provinciaux prévus en octobre. Le projet de révision avait été approuvé fin juillet par le Parlement, dans un contexte tendu : seuls 140 députés sur 275 étaient présents au moment du vote, et de nombreux parlementaires avaient dénoncé des irrégularités dans la procédure du vote, boycotté par les 54 parlementaires kurdes et d’autres législateurs hostiles à la loi. En réaction, le Conseil présidentiel, composé du chef de l’Etat Jalal Talabani et de ses deux adjoints, avait décidé d’opposer son veto au texte. Ces délais dans l’adoption de la loi représentent un revers pour l’Administration américaine de George W. Bush qui voit dans le scrutin d’octobre une étape cruciale vers la réconciliation en Iraq. Les Kurdes, en particulier, s’opposent à la loi en raison d’un différend sur la répartition du pouvoir entre les différentes communautés de Kirkouk.

Toutefois, les responsables politiques poursuivent leurs consultations afin de dégager un compromis. Mahmoud Osman, un député kurde, a déclaré qu’un compromis était à portée de main et que le Parlement, actuellement en vacances d’été, tiendrait une nouvelle session extraordinaire lorsque les dirigeants de parti annonceraient un accord. « Nous attendons la fumée blanche. Il y a de l’espoir et de nombreux sujets de litige ont été levés et il y a des garanties pour toutes les parties », a-t-il dit.

Cependant, les difficultés risquent de perdurer et certains observateurs craignent que les tensions à Kirkouk ne soient le prélude à une plus grande instabilité politique. D’autant plus que les élections provinciales, qui désigneront les conseils à la tête de chacune des 18 provinces, constitueront un test avant les élections législatives de 2009. Les Etats-Unis espèrent que la loi électorale contribuera à la réconciliation en donnant à la minorité sunnite l’occasion de participer au scrutin alors qu’elle avait boycotté les dernières élections provinciales, en 2005. Il en résulte que les sunnites sont sous-représentés, même dans des régions où ils sont majoritaires.

Or, les tensions entre communautés risquent de s’accentuer dans les semaines à venir. D’ores et déjà, des milliers d’Arabes ont manifesté samedi dans la ville de Hawija, dans le nord de l’Iraq, pour dénoncer le projet de rattachement de Kirkouk au Kurdistan.

Il s’agit là de l’un des dossiers les plus épineux nés du changement du régime en Iraq et qui place le gouvernement iraqien aussi bien que l’Administration américaine en bien mauvaise posture.

Abir Taleb

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