Métro . Une panne
d’origine électrique survenue la semaine dernière s’ajoute à de nombreux
dysfonctionnements déjà observés. La question de sa modernisation est donc
soulevée.
Le trop-plein de défaillances
Frayeur
en ce lundi 28 juillet. Il était environ 17 heures lorsque le métro effectuant
la liaison entre Al-Marg à l’est du Caire et Hélouan, au sud, s’immobilise en
pleine voie près de la station de Dar Al-Salam. Au début, on a cru à une banale
panne de courant qui ne devrait pas durer plus de quelques secondes. Mais les
secondes sont devenues d’interminables heures. « Nous sommes restés coincés à
l’intérieur pendant très longtemps. On a commencé à suffoquer. Certains usagers
se sont évanouis et des bagarres ont éclaté entre les passagers et le conducteur
du métro », témoigne Chahinaz, qui se trouvait ce jour-là dans le wagon réservé
aux femmes. Le reste de l’histoire a été
rapporté par tous les journaux. Certains usagers, confrontés au refus du
conducteur d’ouvrir les portières et ne pouvant plus supporter la chaleur et le
manque d’oxygène à l’intérieur des wagons, ont eu recours au dispositif de
sécurité pour sortir. Faisant irruption sur la voie ferrée, ils ont commencé à
faire évacuer les enfants, les femmes et les personnes âgées. D’autres passagers
ont préféré rester dans les wagons plutôt que de risquer leur vie en traversant
les rails. La scène a pris des allures apocalyptiques. Des dizaines d’usagers
traversant les rails en portant des enfants et des personnes âgées. Cela aurait
pu tourner au drame. Derrière, environ une dizaine de métros opérant sur la
même ligne ont dû également s’arrêter, certains dans le sous-sol avec les mêmes
scènes de désordre et de panique.
Défaillance
technique ou négligence ? L’incident du 28 juillet n’est pas le premier du
genre. Au cours des derniers mois, les pannes du métro se sont multipliées. En
avril dernier, une défaillance technique avait immobilisé un métro opérant sur
cette même ligne Al-Marg/Hélouan. Il a fallu 7 heures de travail aux ingénieurs
pour remettre les choses en ordre. En août 2006, une panne électrique avait
provoqué l’arrêt du réseau pendant une heure. Et quelques mois plus tôt, en
mars 2005, les conducteurs du métro avaient organisé une grève symbolique de 2
heures pour protester contre les pannes répétitives du métro et leurs mauvaises
conditions de travail.
Pourquoi
ces incidents à répétition ? Suite à l’incident du 28 juillet, une commission
technique a été formée par la compagnie opératrice, qui gère le métro
souterrain, afin de déterminer les causes de cette panne tragique. Verdict :
c’est une panne dans le réseau central qui aurait provoqué l’immobilisation du
métro. « Le câble électrique qui alimente la première ligne a pris feu après
avoir été exposé à des saletés et à des déchets ménagers provenant de la rue
(!) », déclare Magdi Azab, PDG de la compagnie opératrice. Etonnant. Comment un
câble placé sous terre peut-il venir en contact avec des déchets ménagers ? Réponse
des responsables : « Une partie du câble en question était dénudée et non
couverte de béton ». Magdi Azab a reconnu que le câble central, long de 45
kilomètres, comprend des défauts et doit faire l’objet d’un examen technique.
Durée de vie de 25 ans
Le
projet du métro souterrain du Caire a été lancé sous l’ancien président Anouar
Al-Sadate. La première ligne entre Al-Marg et Hélouan, d’une longueur de 44
kilomètres, a été mise en service sur deux phases en 1987 et 1989. Une deuxième
ligne (construite entre 1996 et 2005) a été inaugurée en 1990 reliant le
quartier d’Al-Mounib, au sud du Caire, à Choubra au nord de la capitale. Et une
troisième ligne de 30 kilomètres est actuellement en construction. Elle
comprendra 4 phases reliant les quartiers d’Imbaba, Mohandessine et l’aéroport
du Caire à Héliopolis. Le métro assure le transport quotidien de 2,5 millions
de citoyens. Il a permis d’alléger la pression sur les autres moyens de
transport comme les autobus publics et les microbus. La gestion du métro
souterrain du Caire était confiée aux chemins de fer à travers l’Organisme du
métro souterrain du Caire. En juin dernier, cet organisme est devenu
indépendant.
Le
réseau électrique du métro a été construit dans les années 1980 et 90 par des
experts français. Il a une durée de vie de 25 ans environ. Or, au cours des
dernières années, l’Organisme des chemins de fer, qui assurait la gestion du
réseau, a procédé à une augmentation du nombre de trajets opérant sur les
différentes lignes, ce qui a soumis le réseau à de lourdes pressions. « Cette
augmentation des trajets n’a pas été accompagnée d’une modernisation du réseau
électrique. La durée de vie de celui-ci est en passe d’expirer », explique
Essam Abdallah, membre de l’Association des conducteurs de la première ligne du
métro souterrain du Caire (qui avait mené la grève de 2005). Il y a environ 400
trajets par jour sur la première ligne. Chaque trajet nécessite une puissance
électrique de l’ordre de 1 500 volts. Or, le réseau n’est pas préparé pour
supporter cette charge, ce qui explique les pannes répétitives. Pour réduire la
pression sur le réseau, les conducteurs ont reçu des directives de réduire leur
vitesse. « Il faut souligner aussi que sous la direction des chemins de fer, le
réseau était très mal entretenu. On peut même dire qu’il n’y avait pas
d’entretien du tout. Les interventions s’effectuaient seulement lorsque des
pannes survenaient », explique Essam Abdallah. Les conséquences de cette
défaillance du réseau électrique sont nombreuses : non fonctionnement des
ventilateurs, blocage des portières et autres désagréments sont fréquents. L’Organisme
des chemins de fer est en faillite et ne disposait pas de moyens nécessaires
pour moderniser le réseau. « En principe, il doit y avoir un système alternatif
pour faire fonctionner le réseau en cas de panne. Or, un tel système n’existe
pas », ajoute encore Essam Abdallah.
L’incident
du 28 juillet a mis l’accent sur d’autres formes de défaillance. En effet, les
employés des guichets ont continué à vendre des tickets sans qu’aucun
signalement ne soit donné pour prévenir les usagers de la panne en cours. En
plus, comment expliquer que des passagers restent coincés dans un wagon pendant
des heures sans qu’aucun service de secours n’intervienne en leur faveur ? Il
ne s’agit donc pas uniquement de problèmes techniques. C’est la gestion du métro
dans son ensemble qui est mise en cause .
Héba Nasreddine
Chérif Soliman