Al-Ahram Hebdo, Egypte | La chasse aux sorcières se poursuit
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 Semaine du 6 au 12 août 2008, numéro 726

 

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Egypte

Verdict . Le sociologue Saadeddine Ibrahim a été condamné à deux ans de prison pour « atteinte à la réputation » de l’Egypte. Les militants des droits de l’homme dénoncent une « manipulation » de la justice.

La chasse aux sorcières se poursuit

Le militant égypto-américain des droits de l’homme Saadeddine Ibrahim a été condamné par contumace, samedi, à deux ans de prison pour avoir « terni la réputation de l’Egypte » à travers des articles publiés dans « la presse étrangère », selon l’arrêt du juge Hicham Bachir. M. Ibrahim pourra bénéficier de la liberté contre une caution de 10 000 livres égyptiennes en attendant l’appel.

L’avocat de Saadeddine Ibrahim, Chadi Talaat, a estimé que la décision du juge était « défectueuse » et a affirmé qu’il ferait appel. « M. Ibrahim restera probablement à l’étranger en attendant le verdict final », a ajouté l’avocat. « C’est une nouvelle étape du combat pour la démocratie », a de son côté réagi l’intellectuel qui a choisi l’exil depuis l’été dernier. La réaction de l’ambassade américaine au Caire n’a pas tardé. C’est « scandaleux », a aussitôt commenté l’ambassadrice Margaret Scobey.

Saadeddine Ibrahim avait été condamné en 2001 à sept ans de prison, notamment pour l’élaboration de rapports « diffamatoires » sur l’Egypte et pour avoir reçu des fonds de l’étranger pour financer son association, le Centre Ibn Khaldoun pour les études sur le développement, sans l’autorisation du gouvernement. Sa condamnation avait suscité les protestations des pays occidentaux et soumis l’Egypte à d’importantes pressions américaines. Il a été acquitté en 2003 après avoir purgé 14 mois de prison.

Dans une série de chroniques publiées récemment dans les principaux quotidiens américains, Saadeddine Ibrahim avait critiqué les Etats-Unis pour maintenir leur assistance économique et militaire à l’Egypte malgré « son registre d’emprisonnement et de tortures de ceux qui militent pour la démocratie ». En mai 2007, il s’était brièvement entretenu avec le président Bush auquel il avait demandé de suspendre l’aide américaine à l’Egypte jusqu’à ce que l’opposant Aymane Nour (qui s’était porté candidat face au président Moubarak en 2005) soit libéré.

Les relations entre l’Egypte et les Etats-Unis sont ensuite passées par une période de tension à la suite d’une recommandation du Congrès (ignorée par le State Department) de retenir 100 millions de dollars de l’aide américaine en attendant que le gouvernement égyptien « entreprenne des démarches susceptibles de faire avancer les conditions des droits de l’homme ». Saadeddine Ibrahim fut soupçonné d’avoir encouragé cette recommandation survenue quelques jours après son entretien avec George Bush.

 

La nouvelle Hisba

Le procès contre Saadeddine Ibrahim a été initié par deux avocats affiliés au Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) qui l’accusaient d’atteinte aux intérêts nationaux. Connu sous le nom de la « Hisba », la loi égyptienne qui permettait à de simples citoyens de poursuivre en justice des individus jugés dangereux pour l’intégrité et la sécurité sociale a été amendée après son exploitation dans les années 1990 par des extrémistes. Cette procédure avait notamment eu pour victime le professeur Nasr Hamed Abou-Zeid, un autre exilé. Accusé d’apostasie à cause de ses écrits, Abou-Zeid devait être séparé de son épouse « musulmane » à l’issue d’un verdict en ce sens. Malgré son annulation, cette procédure reste sélectivement appliquée, surtout dans des affaires politiques touchant à la « sécurité nationale ». Des procès du genre, initiés par des avocats inconnus, ont récemment visé des journalistes opposants. « C’est plutôt la condamnation de Saadeddine Ibrahim qui risque d’endommager la réputation de l’Egypte », commente Nasser Amin, directeur du Centre arabe pour l’indépendance de la justice (ONG). Il accuse le régime d’utiliser la justice « comme outil d’intimidation » contre ses opposants. « Le gouvernement semble absent de cette affaire, or sa présence est évidente », affirme-t-il.

« C’était prévu. Aujourd’hui, tout le monde réalise qu’en Egypte, les opposants risquent la prison. Les accusations contre Saadeddine Ibrahim ne sont en rien différentes de celles adressées à certains journalistes », souligne à son tour le secrétaire général de l’Organisation égyptienne des droits de l’homme, Hafez Abou-Seada. De son côté, Aboul-Naga Al-Mahrazi, un des deux avocats ayant intenté le procès contre Saadeddine Ibrahim, affirme ne pas travailler pour le compte du régime. « J’ai le droit en tant que citoyen égyptien de poursuivre toute personne qui offense le président de la République qui représente l’Egypte. (…) J’ai l’honneur d’être membre du PND, mais j’ai réagi en tant qu’avocat », assure-t-il.

Chérif Albert

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