Statut personnel .
Un projet d’amendement de cette loi est en discussion au PND.
Il soulève un débat sur sa conformité avec la charia.
Débat houleux en perspective
Le projet de loi sur le statut personnel vise selon ses
défenseurs à combler les lacunes qui se trouvent dans la loi
en vigueur. L’avocate Mona Zoulfoqar, activiste féministe
qui a participé à sa rédaction, trouve que ce projet
d’amendement de la loi sur le statut personnel est une
nécessité, surtout que les précédents amendements ont été
vidés de leur contenu. « La loi sur le statut personnel a
été amendée plusieurs fois pour faciliter les procédures,
c’est-à-dire uniquement au niveau de la forme sans toucher
au fond. Donc, les problèmes de fond n’étaient pas réglés.
Le projet de loi proposé par le Haut Conseil de la femme
veut justement s’attaquer au fond des problèmes et y porter
des remèdes », souligne-t-elle. Le nouveau projet de loi est
encore au stade de la préparation. Toutefois, ses grandes
lignes sont déjà connues : la hausse de l’âge minimum du
mariage de 16 à 18 ans, la facilitation des procédures de
divorce pour préjudice, l’annulation du divorce par défaut,
la restriction de la polygamie, la reconnaissance du mariage
orfi en matière de pension alimentaire, de parenté et
d’héritage. Le projet de loi confie à la femme divorcée la
garde de ses enfants même si elle se remarie et lui donne
une autorité totale pendant qu’elle a la garde de ses
enfants. L’homme est tenu de fournir à sa femme divorcée un
domicile d’un niveau comparable au domicile conjugal pendant
la garde des enfants. Le projet oblige en outre l’homme à
fournir à sa femme divorcée un domicile si le mariage a duré
plus de 15 ans, même s’il n’y a pas d’enfants. La pension
alimentaire des enfants devra être versée immédiatement sans
procédures judiciaires. Les hommes qui s’abstiennent de
payer la pension risquent une peine de prison de 3 mois.
Le projet soulève déjà des réactions controversées. Les
clauses les plus contestées sont celles relatives à la
restriction de la polygamie, la reconnaissance du mariage
orfi et l’élévation de l’âge légal du mariage. En ce qui
concerne la polygamie, le projet de loi donne au juge
uniquement l’autorité d’autoriser l’homme à prendre une
seconde épouse au vu des circonstances et en fonction de sa
capacité financière d’assumer les charges d’un second foyer.
Une nouveauté qui a été accueillie par les féministes avec
beaucoup d’enthousiasme. « C’est un pas qui a beaucoup tardé
pour réglementer la polygamie qui représente un phénomène
inspiré de la culture des pays du Golfe et qui n’est pas
adapté à la culture égyptienne et surtout à la situation
économique de la plupart des hommes. Je crois qu’on a abusé
du droit à la polygamie et le résultat a été des familles
dissipées et des enfants sans abri », déclare Nihad Aboul-Qomsane,
présidente du Centre égyptien du droit de la femme. Pour
elle, il ne s’agit pas de confisquer à l’homme le droit à la
polygamie mais de réglementer cette pratique surtout que la
charia et le Coran ne l’autorisent que sous conditions. Mais
le projet de loi se heurte à l’opposition des islamistes qui
y voient une atteinte à la charia. « Le gouvernement s’est
soumis aux pressions exercées par certaines instances
internationales. Le projet de loi est calqué sur le modèle
tunisien. La relation entre l’homme et la femme est
réglementée par la charia. Si la polygamie a été autorisée,
c’est parce qu’il y a des cas où cette polygamie peut être
nécessaire comme par exemple en temps de guerre », s’insurge
Ali Labane député islamiste. Mais Abdel-Moeti Bayoumi, du
Centre des recherches islamiques d’Al-Azhar, pense, lui, que
les principes de la charia permettent de réglementer la vie
courante en fonction des circonstances de la société. Dans
cette optique, il ne s’oppose pas à l’esprit même de
l’amendement, même s’il exprime certaines réserves. « L’un
des compagnons du prophète, Omar Ibn Al-Khattab, a restreint
certaines pratiques autorisées par la charia et parfois même
le contraire car les circonstances l’exigeaient », assure
Abdel-Moeti. Il n’est pas contre la réglementation de la
polygamie. En revanche, il pense que la reconnaissance du
mariage orfi est un encouragement de ce genre de mariage
clandestin qui contredit la charia. « Ce qu’on appelle
maintenant mariage orfi n’a rien à voir avec le mariage
légal et licite. Il se fait sans témoins et clandestinement,
c’est donc une relation illégitime.
Reconnaître les faits
Mais pour Fardouss Al-Bahnassi, activiste des droits de la
femme, il s’agit de faire face à un phénomène qui existe
déjà et de remédier à ces répercussions. « Je suis d’accord
que le projet de loi doit établir une définition claire du
mariage orfi. Je pense que c’est un mariage licite mais qui
n’est pas enregistré par l’Etat civil. Je pense que le
nouvel amendement permettra de limiter cette forme de
mariage. Car beaucoup d’hommes y ont recours pour se
décharger de leurs responsabilités. Maintenant la loi les
mettra devant leurs responsabilités. Il ne sera pas donc un
privilège de se marier orfi », estime-t-elle. Elle ajoute
que cette loi sera un gain pour toute la famille et non pas
pour la femme comme on prétend. Yasser Abdel-Gawad, chef du
bureau arabe de la justice, pense quant à lui que l’avantage
de ce projet est qu’il englobera toutes les clauses sur le
statut personnel dispersées entre la loi sur le statut
personnel, le code de procédure, etc., et surtout, il
permettra d’être en conformité avec les chartes
internationales signées par l’Egypte. « Les conventions
internationales des droits de l’homme signées par l’Egypte
contredisent beaucoup de clauses qui se trouvent dans la loi
actuelle sur le statut personnel, surtout en ce qui concerne
l’âge de mariage, car les conventions signées fixent l’âge
légal du mariage à 18 ans. Ces conventions mettent l’accent
sur l’égalité entre les deux sexes. C’est pour cela que la
loi donne à la femme le droit de mettre des conditions dans
le contrat de mariage pour éviter l’intransigeance des maris
dans certains cas », indique Abdel-Gawad qui propose
d’ajouter des peines de prison et d’amendes en cas de
contraventions de ces conditions. Le débat reste ouvert, les
créateurs du projet sont très enthousiastes mais le
véritable défi sera de pouvoir convaincre la société.
May
Al-Maghrabi