Al-Ahram Hebdo, Egypte | Les dits et les non-dits mieux écoutés
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 6 au 12 août 2008, numéro 726

 

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Egypte

Coptes . Les manifestations organisées en Europe et aux Etats-Unis par leurs associations se multiplient. L’Eglise orthodoxe les critique, mais l’Etat commence, par souci d’image, à établir des ponts de dialogue avec les figures-clés de la diaspora.

Les dits et les non-dits mieux écoutés

Depuis quelques semaines, les leaders des communautés coptes à l’étranger multiplient les manifestations pour appeler la communauté internationale à « mettre fin aux souffrances quotidiennes » de leur coreligionnaires en Egypte. De l’Australie aux Etats-Unis en passant par les principales capitales européennes, les manifestants prenaient un même itinéraire : après un rassemblement sur l’un des sites emblématiques (à Paris ils ont choisi la Place de la Nation), ils se dirigeaient vers l’ambassade égyptienne puis vers le siège du Parlement de leur pays de résidence pour déposer des lettres de protestation dénonçant l’attitude « passive » du gouvernement égyptien à l’égard des revendications coptes.

C’est en fait l’attaque, par des bédouins armés, du monastère d’Abou-Fana près de Minya, qui a remis sur le tapis la question des droits coptes. Les points de vue divergent sur les motifs de l’affaire. Alors que les moines y voyaient une agression confessionnelle, les autorités affirment qu’il s’agit d’une dispute au sujet d’une parcelle de terrain entourant le monastère. Alors que l’Eglise appelait à la traduction des agresseurs à la justice, les bédouins accusaient les moines d’empiéter sur leurs terres agricoles. Un dialogue de sourds s’en est suivi.

Aujourd’hui au nombre de 15, les associations des coptes émigrés sont souvent dirigées par des personnalités controversées qui affichent leur indépendance du clergé, un clergé dont ils critiquent d’ailleurs le « laxisme ». Celles qui se font plus parler d’elles sont Copts United, créée en Suisse en 2004 et dirigée par le magnat Adli Abadir, Christians in the Middle East, établie au Canada et dirigée par Nader Fawzi, elle avait récemment publié et mis sur son site Internet un livre intitulé Modtahadoun (opprimés) pour parler des « doléances » des coptes, Free Copts créée en 2006, dirigée par Jacob Keryaki et Andrew Fanouss et accusée de vouloir « internationaliser » la question copte.

Si les revendications des coptes à l’intérieur de l’Egypte pivotent autour de la liberté de construire des lieux de culte et du droit à une représentation proportionnelle aux postes-clés de la fonction publique, celles des émigrés vont bien au-delà. Ils n’hésitent pas à appeler à l’annulation de l’article 2 de la Constitution qui reconnaît la charia comme principale source de législation, ainsi que de toute référence à l’identité islamique de l’Egypte. D’autres vont jusqu’à demander à l’Egypte de sevrer ses liens spirituels avec le monde arabe pour que l’Egypte devient « le pays des Egyptiens » … Plus irritant encore, certains de ces activistes essayent à travers leurs contacts avec des membres du Congrès et du Sénat de faire adopter une résolution liant l’aide américaine à l’Egypte (quelque 1,7 milliard de dollars) à l’amélioration des conditions des coptes.

Mais les manifestations des coptes à l’étranger ne constituent pas un nouveau phénomène. Elles datent de 30 ans. Lors de son dernier voyage aux Etats-Unis en 1981, l’ancien président Anouar Al-Sadate a été accueilli par des coptes mécontents qui dénonçaient la montée de l’intégrisme et les attaques contre les églises et les fidèles chrétiens, qui se sont multipliées durant les dernières années de sa présidence. Ce fait a contribué à accentuer les tensions qui existaient déjà entre le pape et Sadate et qui ont conduit le pape à être relégué dans un monastère. « Les Egyptiens ont toujours été trop sensibles à tout ce qui risque de ternir leur image », souligne l’ancien diplomate et actuel député Moustapha Al-Fiqi.

Dans une situation pour le moins embarrassante, l’Eglise a toujours pris ses distances vis-à-vis des associations coptes de l’étranger qui échappent relativement à sa tutelle. Le pape qui « refuse » publiquement ces manifestations est attaqué des deux côtés, des coptes eux-mêmes d’abord, dont certains lui reprochent de complimenter le gouvernement égyptien à leurs dépens, et de beaucoup de musulmans qui l’accusent de manipuler les coptes de la diaspora pour servir ses intérêts.

De son côté, le gouvernement égyptien n’a réagi à ces manifestations en série que par le biais des médias officiels. Ceux-ci ont exprimé l’indignation populaire face à « une poignée de séditieux qui ne représentent qu’eux-mêmes ». Des personnalités coptes connues pour leur modération sont aussitôt apparues sur les chaînes de télévision pour les condamner. « Ces manifestations compliquent davantage les problèmes. Elles suggèrent que le gouvernement égyptien peut céder à la pression, or aucun gouvernement ne l’accepterait », estime Nabil Louqa Bebawi, membre PND du Conseil consultatif. Un autre copte, l’écrivain Gamal Assaad, considère que les problèmes des coptes ne trouveront des solutions que dans une perspective nationale. « Les problèmes coptes sont après tout des problèmes égyptiens qui concernent les citoyens musulmans au même titre », affirme-t-il. « Comment des gens qui vivent à des dizaines de milliers de kilomètres peuvent-ils régler nos problèmes ? », se demande-t-il sur un ton d’indignation. Le discours est modelé pour relativiser ces « agissements » et en minimiser l’importance, tout en prenant soin de ne pas amalgamer les coptes locaux avec les semeurs de troubles binationaux.

 

Sentiment d’amertume

L’absence de réaction de la part de l’Etat soulève des critiques. « La réaction de l’Etat s’inscrit dans la politique de l’inaction », souligne le chercheur Amr Al-Chobaki, du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Selon lui, l’Etat renonce à affronter ce genre de problèmes dans un souci de préserver « la sécurité nationale ». « Jouer les équilibristes fournit au régime actuel sa raison d’être », ajoute-t-il. Cette absence de déclarations ne signifie pas pour autant que le régime égyptien prend à la légère l’influence potentielle du million de coptes émigrés. « De manière générale, ces manifestations ont peu d’importance mais à la longue, elles pourraient porter atteinte à l’image de l’Egypte », reconnaît Nabil Fahmi, ambassadeur d’Egypte à Washington. En revanche, il juge « extrêmement faible » l’influence qu’elles pourraient avoir sur la politique américaine à l’égard de l’Egypte.

Au niveau local, le fait de recourir à une puissance étrangère pour obtenir des gains risque d’alimenter les frictions interconfessionnelles. Certains n’hésitent pas à mettre en doute le patriotisme et la loyauté de ceux qui « servent les desseins américano-sionistes » en fournissant aux pays étrangers, notamment aux Etats-Unis, un prétexte pour s’immiscer dans les affaires du pays. Un sentiment d’amertume qui ne peut qu’accentuer la polarisation interconfessionnelle.

Aujourd’hui cependant, derrière ce masque d’indifférence, une nouvelle attitude se profile dans les coulisses vis-à-vis des coptes de la diaspora. Démonisés sous Sadate et ignorés jusqu’à tout récemment, ces derniers commencent à avoir des ponts de dialogue avec le gouvernement. D’après les informations rapportées vendredi par l’agence de presse officielle MENA, des dirigeants du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) se sont réunis, en présence du consul général d’Egypte à New York, Chérif Al-Kholi, avec les leaders des organisations coptes aux Etats-Unis et ont obtenu d’eux un engagement à stopper « tout acte d’incitation visant à faire pression sur le régime égyptien ou porter atteinte à l’image de l’Egypte ». « Les parties ont convenu que l’aide américaine à l’Egypte bénéficie à tous les Egyptiens quelle que soit leur religion et que le fait que la liberté d’expression est garantie en Egypte rend injustifiable le recours à des gouvernements étrangers », rapporte la MENA.

Selon Moustapha Al-Fiqi, qui fut également secrétaire du président Moubarak, celui-ci avait ordonné l’initiation d’un dialogue avec les figures-clés des communautés coptes de la diaspora. En 2005, déjà un représentant du PND, Guéhad Ouda, a assisté à une conférence qu’ils avaient organisée à Washington sous le thème « Musulmans et chrétiens pour la démocratie et les droits de citoyenneté ». L’année suivante, le Conseil national des droits de l’homme a repris le thème dans une conférence qu’il a organisée et à laquelle ont assisté plusieurs coptes émigrés. Et en 2007, l’un d’eux, Michael Meunier, président de la U.S. Copts Association, a visité son pays natal, s’est entretenu avec des officiels et a reçu l’autorisation du ministère de la Solidarité sociale pour la création d’une ONG Hand in Hand for Egypt, destinée à « promouvoir l’unité nationale ». A en juger par son discours, Meunier est devenu depuis beaucoup moins virulent dans ses critiques du gouvernement égyptien .

Chérif Albert

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