Investissements.
La Libye va investir 10 milliards de dollars en Egypte d’ici
2010 selon un accord signé entre les deux pays. Une
coopération bienvenue mais tardive entre ces deux pays
voisins.
La Libye se tourne vers l’Egypte
L’initiative
que beaucoup ont accueillie avec enthousiasme va accroître
considérablement les investissements étrangers directs en
Egypte : de 2 milliards de dollars actuellement, les
investissements libyens en Egypte devraient en effet passer
à 10 milliards de dollars dans deux ans. « Et ce n’est rien,
ce chiffre peut tripler ou même quadrupler », estime Nasser
Beyan, président de l’Association égypto-libyenne des hommes
d’affaires. Ce chiffre de 10 milliards a été annoncé par les
présidents des deux pays lors du sommet égypto-libyen, qui a
eu lieu au Caire au début du mois de juillet. Puis la
semaine dernière, le ministre égyptien de l’Investissement,
Mahmoud Mohieddine, s’est rendu en Libye pour discuter avec
les responsables et les investisseurs des projets proposés,
pour que les chiffres annoncés se traduisent réellement sur
le terrain.
Le projet le plus important que les deux pays ont annoncé
est la construction d’une raffinerie de pétrole en
Alexandrie, d’une capacité de production de 250 000
barils/jour, qui sera consacrée au raffinage du pétrole
libyen. Les deux parties se sont aussi mises d’accord sur la
construction d’une zone franche entre les deux pays. Elle
commencera de Marsa Matrouh, en Egypte, et s’étendra jusqu’à
Tobrouk en Libye. Une liaison entre des réseaux pétrolier,
gazier et électrique entre les deux pays est également
prévue. Le premier ministre libyen, Al-Baghdadi Ali Al-Hamoudi
a en outre évoqué plusieurs projets d’infrastructures liant
les deux pays afin de faciliter le flux de personnes et du
commerce.
Par ailleurs, un accord de coopération entre la Bourse du
Caire et la toute jeune Bourse libyenne a été signé. Des
écrans montrant les échanges qui ont lieu dans les deux pays
seront installés dans les deux Bourses. Les deux côtés
étudient de plus la possibilité d’enregistrement commun
d’actions dans les deux Bourses. Parmi les autres projets
prévus, se trouve la création de la première banque
égypto-libyenne et d’une société d’assurance commune. Sur le
plan agricole, des projets communs au Soudan sont en
discussion et un accord pour le recrutement de la
main-d’œuvre égyptienne en Libye sera signé. Le côté libyen
s’est même dit intéressé par le domaine du tourisme.
Preuve de sérieux
Autant d’accords qui laissent penser à une sorte de
complémentarité économique entre les deux pays. « Ce sont
des pas qu’il fallait prendre il y a longtemps, surtout que
la Libye a déjà investi énormément dans d’autres pays arabes
et africains », estime Nasser Beyan. En effet, l’Egypte et
la Libye avaient signé en 1990 un accord de complémentarité
économique qui n’a jamais été complètement activé. Mais
désormais, différents observateurs sont optimistes et
s’attendent à voir un vrai changement dans les relations
économiques entre les deux voisines.
Gamal Bayoumi, président de l’Union des investisseurs
arabes, estime que le rapprochement économique est le fruit
d’un rapprochement entre les présidents des deux pays au
cours des dernières années. « Le boom pétrolier a donné le
coup de pouce. Le surplus de revenus pétroliers a été
énorme, les pays pétroliers ne peuvent pas investir toutes
ces sommes chez eux. Il fallait chercher ailleurs et comme
les pays occidentaux ont relativement fermé la porte aux
investissements arabes après les attentats du 11 septembre
2001, les pays arabes ont été une solution », relate-t-il.
En général, le flux d’Investissements Etrangers Directs (IED)
sur les pays arabes a fait un bond considérable en 2006 en
passant à 37 milliards de dollars contre seulement 6
milliards en 2005. Pour Nasser Beyan, la nouvelle loi sur
l’investissement, promulguée en Libye il y a deux ans, est
un facteur qui aidera mais aussi une preuve de sérieux de la
Libye à s’ouvrir. « L’environnement est devenu propice en
Libye. Ils ont autorisé plus d’investissements étrangers
chez eux. Les investissements libyens à l’étranger ont aussi
augmenté. Les IED libyens en Tunisie sont quatre fois plus
importants qu’en Egypte. L’Egypte doit profiter de sa
position géographique avec la Libye et de leurs bonnes
relations pour accueillir encore plus d’investissements »,
estime Beyan.
En effet, les relations entre les deux pays n’ont pas été
toujours si bonnes. Le président libyen Moammar Kadhafi a
expulsé à plusieurs reprises des employés égyptiens de Libye
pour des raisons souvent politiques. Connu pour son
tempérament particulier, le président libyen a souvent mêlé
affaires économiques, politiques et personnelles. La semaine
dernière, il a suspendu les exportations de pétrole vers la
Suisse, supprimé des liaisons aériennes avec le même pays,
menacé de boycotter des banques, ou encore arrêté des
citoyens suisses en Libye en riposte à l’arrestation pour
violence et la libération sous caution le 17 juillet de son
fils Hannibal Kadhafi.
Beyan, pour sa part, assure que l’Egypte a pris ses
dispositions pour ne pas être exposée à de tels problèmes. «
Au niveau des hommes d’affaires, l’Association
égypto-libyenne a signé des accords avec l’Union des
chambres de commerce et d’industrie en Libye pour résoudre
les problèmes que peuvent affronter les hommes d’affaires
des deux pays. Des accords similaires seront signés entre
les deux gouvernements pour résoudre les problèmes des
Egyptiens en Libye », explique-t-il. Pour Gamal Bayoumi, ces
soucis ne sont pas un défaut propre à la Libye et
s’observent dans la majorité des pays de la région.
Marwa
Hussein