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 Semaine du 6 au 12 août 2008, numéro 726

 

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Télévision. Le feuilleton turc Nour a eu un effet boule de neige dans tout le monde arabe. L’Egypte n’échappe pas à l’envoûtement.

Les secrets du charme de Nour

C’est la grande invasion. Le feuilleton turc Nour fait des ravages. Les cafés et restaurants sont presque tous branchés sur les chaînes satellitaires, le soir au moment de la diffusion. Les commentaires n’arrêtent pas. « As-tu regardé Mohannad hier ? Il était super charmant ! » ... « Nour avait tort de le quitter » ... « Non, c’est lui qui ne devait pas renoncer à l’amour si facilement ». Ou l’on en s’informe sur les événements passés, on commente le dernier épisode ou l’on échange les épisodes gravés sur CD. Il suffit de demander l’avis de n’importe quelle jeune fille pour qu’elle réponde dans le menu détail. Certaines même connaissent les phrases du dialogue par cœur ainsi que les noms des comédiens. Et sur Internet, les fans y consacrent d’innombrables sites à cette « Emma Bovary de l’ère du portable » et sur le Facebook, il y a une vingtaine de groupes d’amis pour les protagonistes. Ceci dit, le feuilleton s’impose comme sujet de conversation, peu importe l’âge. Les Egyptiens eux aussi ont attrapé le virus « Nour » ! Car cet engouement avait commencé il y a quelques mois dans les pays du Golfe. En fait, grâce aux satellites et aux téléchargements sur Internet, la série était déjà populaire avant d’être projetée à la télévision. Sollicitée par des milliers de téléspectateurs, elle a dû passer du virtuel au petit écran, étant diffusé actuellement par la chaîne satellite turque et la MBC 4. Et en l’espace de 12 semaines, le feuilleton, intitulé en arabe Sanawat al-dayaa (les années de perdition), est entré dans le club très restreint des séries-cultes.

Au sein des familles égyptiennes, le feuilleton est suivi par les grand-mères, les filles et les petites-filles. Karima Sérag, femme au foyer, affirme : « Le feuilleton a commencé à nous imposer la manière de gérer notre temps. Nous divisons, mes trois filles et moi, notre emploi de temps quotidien, l’après-midi, en deux parties : avant et après Nour » !

Un célèbre psychiatre signale que sa femme est une mordue de ce feuilleton turc. Rania, écolière, n’a raté aucun épisode. Et Noura, la trentaine, débranche le téléphone à l’heure de la diffusion pour suivre le feuilleton avec son mari. En fait, les uns et les autres y trouvent une bonne synthèse des problèmes conjugaux.

Ingrédients du succès

Qu’est-ce qui est si captivant dans le quotidien d’une poignée de jeunes bourgeois turcs ? « Ils ont des profils universels », explique Samiha Khedr, professeure à la faculté de communication, de l’Université du Caire, ajoutant : « Depuis plus d’une vingtaine d’années, les soap-opéras ont eu un succès fou en Egypte comme The Bold and the Beautiful, Dallas, etc. Ceux-ci ont instauré le modèle de feuilletons se déroulant sur des centaines d’épisodes. Cependant, ils avaient un goût très occidental de par le physique des comédiens ou la nature des intrigues. Avec Nour ce n’est pas tout à fait le cas ». Car les protagonistes du feuilleton turc s’expriment en dialecte syrien grâce au doublage et les acteurs portent des noms arabes.

Pour d’autres, le succès émane de la simplicité des intrigues et la qualité de l’écriture. « Il s’agit de personnages ordinaires auxquels les jeunes peuvent s’identifier. Il y a des émotions, des trahisons, des mensonges, comme dans la  vie », indique Mayada Riad, fonctionnaire d’une banque, en train de suivre avec d’autres l’un des épisodes dans un restaurant !

A travers le feuilleton, on parle d’amour, de couple, de famille, sans froisser les sensibilités des téléspectateurs.

Le phénomène n’est pas propre à l’Egypte. La presse syrienne a également souligné que les mesures d’audience ont révélé que c’est le feuilleton numéro 1 en matière de drame télévisé. Mieux encore, dans certaines rues libanaises, les jeunes affichent les photos de Mohannad, vedette du feuilleton. Celles-ci se vendent également comme de petits pains au Koweït et à Doubaï.

Récemment, la presse qatarie a publié une information concernant Mohannad, laquelle a été reprise par plus de 120 000 personnes, notamment à travers les forums de discussion. « Mohannad est devenu le prince charmant de toutes les jeunes filles. Charmant, tendre, caractère assez fort. Je suis fâchée car il a trompé Nour ! On doit nous expliquer ses motifs par la suite pour pouvoir lui pardonner », s’exclame Nachwa Wahid, étudiante.

Le succès de Nour va au-delà de sa qualité artistique moyenne, de ses événements sans grandes surprises et de son rythme relativement lent. De quoi pousser à une réflexion ciblée portant sur la manière de ré-attirer le public au petit écran. Car les responsables de la télévision égyptienne tentent de trouver la bonne formule, leur permettant de diffuser des œuvres simples et attrayantes, à même de se tailler une part d’audience appréciable malgré la fièvre du zapping.

Yasser Moheb

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