Somalie.
La situation sécuritaire s’est une fois de plus détériorée
alors qu’une crise politique majeure menace la fragile
stabilité politique.
Nouvelle crise politique
Une
nouvelle explosion a secoué dimanche dernier les rues de la
capitale somalienne Mogadiscio. Bilan : une vingtaine de
morts, principalement des femmes, qui balayaient les rues de
la capitale. Comme toujours donc, la violence frappe
n’importe qui et n’importe quand en Somalie, un pays en
proie à l’instabilité politique et sécuritaire depuis plus
de 17 ans. Aucune revendication n’a été enregistrée, mais ce
type d’attentats est généralement attribué par les autorités
aux militants islamistes qui entretiennent un climat
d’insécurité depuis qu’ils ont été chassés du pouvoir fin
2006, lors d’une intervention des troupes éthiopiennes,
venues soutenir le gouvernement de transition somalien. Le
quartier où s’est produite l’explosion est fréquemment le
théâtre d’attaques d’insurgés contre les forces éthiopiennes
et les soldats somaliens.
Le gouvernement somalien avait conclu en juin, sous l’égide
de l’Onu, une trêve avec une partie de l’opposition
islamiste, dénoncée cette semaine par les insurgés du
mouvement des Shebab. Un cessez-le-feu aurait dû intervenir
le 9 juillet, pour une période initiale de trois mois, mais
l’accord a divisé l’opposition, la frange la plus dure
insistant pour que les troupes éthiopiennes quittent le pays
avant le début des négociations.
A l’insécurité omniprésente s’ajoutent les interminables
crises politiques, laissant peu d’espoir à la restauration
de la paix dans ce pays. La crise a pris une tournure
politique cette semaine avec la démission annoncée des deux
tiers du gouvernement, qui entendaient protester contre une
mauvaise gestion des fonds publics et le limogeage du maire
de Mogadiscio par le premier ministre Nur Hassan Hussein. Ce
dernier a annoncé dimanche qu’il avait nommé cinq nouveaux
ministres, après les démissions en série. Le premier
ministre a précisé que deux ministres sortants avaient déjà
été remplacés et que trois autres portefeuilles qui
n’avaient pas été attribués auparavant avaient été pourvus.
Ces nominations surviennent quelques jours après l’annonce
faite par dix des quinze ministres formant le gouvernement
somalien de démissionner pour protester contre la mauvaise
gestion des fonds publics. « Le bureau du premier ministre a
reçu six démissions sur dix annoncées par des membres de son
gouvernement et nous avons envoyé des messages intimant aux
autres de faire connaître clairement leurs intentions et de
transmettre leurs lettres », a déclaré dimanche Nur Hassan
Hussein au cours d’une conférence de presse. « Les ministres
que nous avons nommés l’ont été à trois postes déclarés
vacants et les deux autres remplacent des ministres qui ont
récemment démissionné », a-t-il dit sans donner plus de
précisions. Il a également assuré que ces démissions
n’auraient aucune répercussion sur le travail de son
gouvernement qui tente d’asseoir son autorité sur ce pays de
la Corne de l’Afrique depuis son installation au début de
l’année dernière.
La volonté de démissionner affichée par les dix ministres
somaliens a compliqué la crise politique qui a éclaté en
début de semaine par le limogeage, par le premier ministre,
du maire de Mogadiscio nommé en 2007 par le gouvernement.
Ancien seigneur de guerre somalien, Mohamed Omar Habeb
dirigeait la région du Middle Shabelle avant d’en être
chassé par les islamistes en 2006 puis, après leur chute,
fut nommé maire de la capitale avec le soutien du président.
Nur Hassan Hussein, qui selon des spéculations alimentées
par les démissions de ministres serait menacé par une motion
de censure du Parlement, a également déclaré qu’il avait
besoin de clarifier si ces démissions des ministres
n’affecteront pas le processus de paix de Djibouti. Or, ce
processus est déjà mal en point.
Selon un député s’exprimant sous le couvert de l’anonymat et
cité par l’agence Reuters, un groupe d’élus a invité le
premier ministre à démissionner à la suite des irrégularités
financières présumées commises au sein de son équipe.
Hussein a cependant fait savoir qu’il ne partirait pas. « Je
leur ai dit que si ma présence constituait un obstacle au
rétablissement de la paix en Somalie, je soumettrais alors
volontiers ma démission mais je ne quitterais pas mes
fonctions en raison de ces questions », a-t-il fustigé.
Ces divisions politiques se font jour alors que des
médiateurs cherchent à tirer parti de la trêve signée en
juin à Djibouti sous l’égide des Nations-Unies entre le
gouvernement et une partie de l’opposition. L’émissaire
spécial de l’Onu pour la Somalie, Ahmedou Ould Abdallah, a
fait part samedi de son inquiétude et invité toutes les
parties à travailler ensemble. « Le peuple somalien savait
qu’il y aurait des obstacles sur le chemin de la paix et il
ne faudrait pas le décourager », a-t-il dit dans un
communiqué. « Les autorités devraient rester concentrées sur
la paix et j’espère pouvoir les rencontrer prochainement »,
a-t-il ajouté.
L’actuel gouvernement de transition constitue la 14e
tentative d’installation d’une autorité centrale de l’Etat
depuis le renversement en 1991 du président autocrate
Mohammed Siad Barri.
Une
tentative qui reste à se confirmer.
Abir
Taleb