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Alexandrie.
Plus de deux millions d’estivants y passent chaque été leurs
vacances. Mais cette année, ils ont des problèmes qui les
empêchent de jouir de leur séjour.
De la nostalgie, rien que de la nostalgie
L’été,
les Cairotes qui en ont les moyens se précipitent vers la
perle de la Méditerranée pour profiter de la mer, du sable
fin et du soleil rayonnant faisant l’atout des plages
d’Alexandrie. Mais la réalité semble loin des attentes. Le
visiteur sera probablement effaré — et effrayé — de voir
l’entassement et la saleté sur les plages qui ont perdu leur
beauté sous le joug des édifices qui se sont multipliés ici
et là. Personne, en outre, ne saurait garantir la qualité de
l’eau qui a perdu elle aussi sa couleur turquoise à laquelle
s’est substituée une autre un peu verdâtre tout au long de
30 kilomètres occupés par une vingtaine de plages commençant
par Maamoura à l’est, arrivant à Agami tout à fait à
l’ouest. « Je ne trouve pas une plage hygiénique pour mes
petits. Je me suis dit que mieux vaut donc se rabattre sur
des plages plus excentrées. Celles de Montazah ou de
Maamoura qui sont plus chères, mais c’était vain aussi »,
s’écrie Ahmad Ibrahim, jeune pharmacien cairote. « On a
consacré plus de 4 millions de L.E. pour la maintenance et
la propreté des plages », assure le général Adel Labib,
gouverneur d’Alexandrie. Contrairement à ce que déclarent
les responsables sur la propreté, une seule tournée sur les
plages témoigne qu’Alexandrie semble bien prendre ses plages
pour des poubelles. « Comment dire que les plages seront
nettoyées, alors que plus de 60 % d’entre elles sont
privatisées et louées à des gens qui ne s’intéressent qu’à
l’argent et aux bénéfices qu’ils peuvent en tirer ? », se
demande Mohamad Khalifa, un estivant cairote. En fait, la
privatisation des plages est un autre problème qui a émergé
cet été. « Un simple employé comme moi, comment peut-il
payer environ 50 L.E. chaque jour pour emmener sa famille
formée de cinq personnes à la plage ? Quand j’ai voulu les
emmener dans une plage gratuite, on nous a imposé de louer
parasols et chaises », se lamente Khalifa.
Mokhtar Abdel-Ghaffar partage la même idée et il y ajoute
que toutes les plages privées se transforment en casino à
partir de 19h00. « Ainsi, j’ai à payer deux fois, le matin
pour que les enfants se baignent à la mer et l’après-midi
pour jouir de l’air frais et de la scène du soleil lorsqu’il
se couche dans l’eau au crépuscule. Quand j’ai objecté, on
m’a répondu d’une façon vulgaire que c’est la saison sur
laquelle ils reposent toute l’année », s’insurge Mokhtar.
Ville trop vite grandie : elle compte aujourd’hui plus de 5
millions d’habitants.
Ce ne sont pas seulement les plages qui n’ont plus les mêmes
qualités. La corniche aussi a beaucoup changé. C’est vrai
qu’une promenade sur la corniche est incontournable. Mais
les nostalgiques de la ville cosmopolite décrite par
Lawrence Durrell seront déçus. Disparues les élégantes
cheminant l’ombrelle à la main, envolées les belles voitures
étrangères. Les immeubles qui la bordent, malgré leur charme
vieillot, résistent mal à l’air marin qui les ronge. Mêmes
les cafés alexandrins ont beaucoup changé. Dans le temps,
ils étaient des salles immenses aux peintures vieillies et
aux grands miroirs piquetés avec de vastes terrasses
tournées vers la mer. Aujourd’hui, ils se sont transformés
en cafés avec une marque déposée : la chicha qui est presque
dans toutes les mains et dont la fumée bloque les poumons de
la ville toute entière. « Les cafés d’Alexandrie étaient un
classique du genre, presque la marque de fabrique de la cité
méditerranéenne. Les vieux Alexandrins, ceux qui vous
affirmeront être les vrais car leur famille est installée
ici depuis Alexandre le Grand, passaient des heures, la
cigarette au coin des lèvres, à regarder la mer,
indifférents au remue-ménage. Quand le vent est trop fort,
ils rentrent à l’intérieur et se lancent dans
d’interminables parties de trictrac ou de dominos », se
souvient Nagui Matar, un ingénieur nostalgique d’Alexandrie.
Mais malgré tout, Alexandrie restera encore et toujours le
lieu de villégiature préféré des Cairotes.
Dalia
Farouk
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L’histoire
d’une ville
Alexandre le Grand bâtit, en 331 av. J.-C., une cité
portuaire sur la mer Méditerranée ouverte sur le monde grec.
Une légende raconte qu’Homère lui serait apparu en rêve et
l’aurait incité à fonder une ville qui porterait son nom.
Une armée d’architectes s’est attelée à cette tâche avec en
tête le grand architecte Dinocrate.
Deux ans
plus tard, Alexandre le Grand meurt sans jamais revoir sa
cité. C’est Ptolémée qui reprend le flambeau et fait alors
d’Alexandrie une véritable cité égyptienne en y ajoutant
sphinx et obélisques grandioses. La ville n’a alors rien à
envier à Rome ou à Athènes. En 319 av. J.C., Alexandrie est
désignée comme capitale de l’Egypte. Elle devient le centre
de rayonnement des sciences et de la culture. Dans le même
temps, elle se développe en tant que carrefour commercial
majeur grâce à son port. Dès le IIIe siècle av. J.-C., des
monuments prestigieux comme la bibliothèque ou le phare sont
érigés. Ainsi naquit Alexandrie, dont le phare, le premier
construit au monde, illumina pendant plusieurs siècles la
Méditerranée. Capitale des arts et des lettres, ville
favorite des rois et des reines, des savants et des lettrés,
elle hébergea en son sein une des passions amoureuses les
plus célèbres de tous les temps, les amours de Cléopâtre et
Marc-Antoine.
Jusqu’au
suicide de la dernière reine d’Egypte, Cléopâtre, Alexandrie
rayonne sur toute la Méditerranée. Lors de la bataille
d’Actium, c’est Octave qui prend le pouvoir. La province
romaine garde le statut de capitale et son rayonnement
intellectuel demeure intact, mais son déclin se fait sentir
au IVe siècle. Famine, guerre civile et épidémies
contribuent à la perte de sa notoriété. Au VIIe siècle, les
musulmans envahissent l’Egypte et dédaignent Alexandrie au
profit du Caire. Au Moyen Age, Alexandrie n’est plus qu’un
petit village de pêcheurs.
C’est
avec l’arrivée de Napoléon qu’Alexandrie retrouve son âge
d’or. Mohamad Ali reconstruit sur l’emplacement de la cité
antique une nouvelle ville. Turcs, Juifs, Grecs et Italiens
affluent dans le port et Alexandrie redevient un pôle
commercial très actif. Cette émulation de cultures contribue
à la richesse aussi bien commerciale qu’intellectuelle de la
ville.
Après la
Révolution de 1952, c’est le départ des commerçants
étrangers dans leur pays. Alexandrie perd de sa vivacité et
son cosmopolitisme. En 1940, la ville comptait 300 000
habitants, dont 40 % d’étrangers. Aujourd’hui, 5 millions de
personnes y vivent et la majorité est égyptienne. Même si
Alexandrie n’a pas retrouvé sa grandeur d’antan, c’est
encore le principal port d’Egypte qui sert aussi de
villégiature estivale.
Dalia
Farouk
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