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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Alexandrie. Plus de deux millions d’estivants y passent chaque été leurs vacances. Mais cette année, ils ont des problèmes qui les empêchent de jouir de leur séjour.

De la nostalgie, rien que de la nostalgie

L’été, les Cairotes qui en ont les moyens se précipitent vers la perle de la Méditerranée pour profiter de la mer, du sable fin et du soleil rayonnant faisant l’atout des plages d’Alexandrie. Mais la réalité semble loin des attentes. Le visiteur sera probablement effaré — et effrayé — de voir l’entassement et la saleté sur les plages qui ont perdu leur beauté sous le joug des édifices qui se sont multipliés ici et là. Personne, en outre, ne saurait garantir la qualité de l’eau qui a perdu elle aussi sa couleur turquoise à laquelle s’est substituée une autre un peu verdâtre tout au long de 30 kilomètres occupés par une vingtaine de plages commençant par Maamoura à l’est, arrivant à Agami tout à fait à l’ouest. « Je ne trouve pas une plage hygiénique pour mes petits. Je me suis dit que mieux vaut donc se rabattre sur des plages plus excentrées. Celles de Montazah ou de Maamoura qui sont plus chères, mais c’était vain aussi », s’écrie Ahmad Ibrahim, jeune pharmacien cairote. « On a consacré plus de 4 millions de L.E. pour la maintenance et la propreté des plages », assure le général Adel Labib, gouverneur d’Alexandrie. Contrairement à ce que déclarent les responsables sur la propreté, une seule tournée sur les plages témoigne qu’Alexandrie semble bien prendre ses plages pour des poubelles. « Comment dire que les plages seront nettoyées, alors que plus de 60 % d’entre elles sont privatisées et louées à des gens qui ne s’intéressent qu’à l’argent et aux bénéfices qu’ils peuvent en tirer ? », se demande Mohamad Khalifa, un estivant cairote. En fait, la privatisation des plages est un autre problème qui a émergé cet été. « Un simple employé comme moi, comment peut-il payer environ 50 L.E. chaque jour pour emmener sa famille formée de cinq personnes à la plage ? Quand j’ai voulu les emmener dans une plage gratuite, on nous a imposé de louer parasols et chaises », se lamente Khalifa.

Mokhtar Abdel-Ghaffar partage la même idée et il y ajoute que toutes les plages privées se transforment en casino à partir de 19h00. « Ainsi, j’ai à payer deux fois, le matin pour que les enfants se baignent à la mer et l’après-midi pour jouir de l’air frais et de la scène du soleil lorsqu’il se couche dans l’eau au crépuscule. Quand j’ai objecté, on m’a répondu d’une façon vulgaire que c’est la saison sur laquelle ils reposent toute l’année », s’insurge Mokhtar. Ville trop vite grandie : elle compte aujourd’hui plus de 5 millions d’habitants.

Ce ne sont pas seulement les plages qui n’ont plus les mêmes qualités. La corniche aussi a beaucoup changé. C’est vrai qu’une promenade sur la corniche est incontournable. Mais les nostalgiques de la ville cosmopolite décrite par Lawrence Durrell seront déçus. Disparues les élégantes cheminant l’ombrelle à la main, envolées les belles voitures étrangères. Les immeubles qui la bordent, malgré leur charme vieillot, résistent mal à l’air marin qui les ronge. Mêmes les cafés alexandrins ont beaucoup changé. Dans le temps, ils étaient des salles immenses aux peintures vieillies et aux grands miroirs piquetés avec de vastes terrasses tournées vers la mer. Aujourd’hui, ils se sont transformés en cafés avec une marque déposée : la chicha qui est presque dans toutes les mains et dont la fumée bloque les poumons de la ville toute entière. « Les cafés d’Alexandrie étaient un classique du genre, presque la marque de fabrique de la cité méditerranéenne. Les vieux Alexandrins, ceux qui vous affirmeront être les vrais car leur famille est installée ici depuis Alexandre le Grand, passaient des heures, la cigarette au coin des lèvres, à regarder la mer, indifférents au remue-ménage. Quand le vent est trop fort, ils rentrent à l’intérieur et se lancent dans d’interminables parties de trictrac ou de dominos », se souvient Nagui Matar, un ingénieur nostalgique d’Alexandrie. Mais malgré tout, Alexandrie restera encore et toujours le lieu de villégiature préféré des Cairotes.

Dalia Farouk

 

 

 

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L’histoire
d’une ville

Alexandre le Grand bâtit, en 331 av. J.-C., une cité portuaire sur la mer Méditerranée ouverte sur le monde grec. Une légende raconte qu’Homère lui serait apparu en rêve et l’aurait incité à fonder une ville qui porterait son nom. Une armée d’architectes s’est attelée à cette tâche avec en tête le grand architecte Dinocrate.

Deux ans plus tard, Alexandre le Grand meurt sans jamais revoir sa cité. C’est Ptolémée qui reprend le flambeau et fait alors d’Alexandrie une véritable cité égyptienne en y ajoutant sphinx et obélisques grandioses. La ville n’a alors rien à envier à Rome ou à Athènes. En 319 av. J.C., Alexandrie est désignée comme capitale de l’Egypte. Elle devient le centre de rayonnement des sciences et de la culture. Dans le même temps, elle se développe en tant que carrefour commercial majeur grâce à son port. Dès le IIIe siècle av. J.-C., des monuments prestigieux comme la bibliothèque ou le phare sont érigés. Ainsi naquit Alexandrie, dont le phare, le premier construit au monde, illumina pendant plusieurs siècles la Méditerranée. Capitale des arts et des lettres, ville favorite des rois et des reines, des savants et des lettrés, elle hébergea en son sein une des passions amoureuses les plus célèbres de tous les temps, les amours de Cléopâtre et Marc-Antoine.

Jusqu’au suicide de la dernière reine d’Egypte, Cléopâtre, Alexandrie rayonne sur toute la Méditerranée. Lors de la bataille d’Actium, c’est Octave qui prend le pouvoir. La province romaine garde le statut de capitale et son rayonnement intellectuel demeure intact, mais son déclin se fait sentir au IVe siècle. Famine, guerre civile et épidémies contribuent à la perte de sa notoriété. Au VIIe siècle, les musulmans envahissent l’Egypte et dédaignent Alexandrie au profit du Caire. Au Moyen Age, Alexandrie n’est plus qu’un petit village de pêcheurs.

C’est avec l’arrivée de Napoléon qu’Alexandrie retrouve son âge d’or. Mohamad Ali reconstruit sur l’emplacement de la cité antique une nouvelle ville. Turcs, Juifs, Grecs et Italiens affluent dans le port et Alexandrie redevient un pôle commercial très actif. Cette émulation de cultures contribue à la richesse aussi bien commerciale qu’intellectuelle de la ville.

Après la Révolution de 1952, c’est le départ des commerçants étrangers dans leur pays. Alexandrie perd de sa vivacité et son cosmopolitisme. En 1940, la ville comptait 300 000 habitants, dont 40 % d’étrangers. Aujourd’hui, 5 millions de personnes y vivent et la majorité est égyptienne. Même si Alexandrie n’a pas retrouvé sa grandeur d’antan, c’est encore le principal port d’Egypte qui sert aussi de villégiature estivale.

Dalia Farouk

 




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