Jeux Olympiques.
Le judoka Hicham Mesbah a
réalisé la meilleure performance égyptienne à Pékin en
décrochant la médaille de bronze de la catégorie -90 kg.
Entretien.
« Il nous faut maintenant apprendre de nos fautes »
Al-Ahram
Hebdo : Vous êtes le seul Egyptien à avoir décroché une
médaille olympique à Pékin, que ressentez-vous ?
Hicham Mesbah :
Je suis certes très heureux, mais aussi très ému. La joie,
la fierté et la satisfaction me comblent … De retour en
Egypte, j’étais très content de voir aussi la joie des
Egyptiens. Malgré l’heure matinale de l’arrivée de mon avion
au Caire, j’ai trouvé un grand nombre d’Egyptiens qui
m’attendaient à l’aéroport pour me féliciter et célébrer la
médaille. Je ne m’attendais pas à cette réception
magnifique. Mais le plus important pour moi était de voir ma
famille. Elle a beaucoup souffert et sacrifié pour que je
puisse remporter une médaille olympique. Voir le bonheur
dans les yeux de mes parents est l’apogée de la
satisfaction.
— Qu’avez-vous fait depuis votre retour en Egypte ?
— Depuis mon arrivée en Egypte, j’ai été tellement pris que
je n’ai pas pu me relaxer après le long voyage. A
l’aéroport, j’ai tenu une conférence de presse puis je me
suis dirigé vers mon club, Chams, où un petit-déjeuner
collectif a été organisé. Ensuite, j’ai quitté le club pour
aller au Comité national des sports pour une réunion avec
Hassan Saqr, président du comité. Au cours de cette réunion,
des primes m’ont été promises. J’ai aussi été interviewé à
la télévision, à la radio et dans les journaux. Je suis
devenu une star ! Mais ce qui me touche le plus, c’est la
joie du public égyptien dans les rues du Caire ou
d’Alexandrie et encore l’admiration des petits enfants.
—
Vous avez décroché la médaille grâce à un mouvement
spectaculaire, le te guruma en match pour la 3e place.
Racontez-nous le secret de ce mouvement ...
— Le te guruma est un mouvement qui dépend de la vitesse, de
la force et du talent. Il n’existe que Bassel Al-Gharabawi,
mon ancien collègue et actuel entraîneur, et moi qui
effectuons ce mouvement technique. Nous avons adapté ce
mouvement à notre manière. Depuis des années, je m’entraîne
à ce mouvement et j’ai remporté beaucoup de matchs grâce à
lui. Avant mon match pour la 3e place face au Français
Matthieu Dafreville, j’ai dit à Gharabawi que j’allais
effectuer ce mouvement durant la rencontre et il a
acquiescé. Et c’était un pari réussi.
— Comment s’est déroulé votre parcours aux JO et quel a été
le match le plus difficile ?
— Le tirage au sort n’était pas facile pour moi, j’ai
rencontré des judokas d’un très haut niveau, des médaillés
mondiaux et européens. Aux 16es de finale, j’ai bien débuté
la journée en battant le Sud-Coréen, Choi Sunho, champion
d’Asie, à la fin du temps réglementaire. Le match le plus
difficile était en 8es de finale, face au Géorgien, Irakli
Tsirekidze, champion du monde. Le match était équilibré
jusqu’à la fin du temps réglementaire, mais l’arbitre m’a
infligé un injuste penalty, qui m’a coûté le match et la
finale. Au tour de repêchage, j’ai battu Elkhan Mammadov
(Azerbaïdjan), 2e aux Championnats d’Europe et médaillé d’or
de plusieurs Coupes du monde. En demi-finales de repêchage,
j’ai remporté mon match face à Andrei Kazusenok
(Biélorussie), par ippon, en effectuant le mouvement Tate-shiho-gatame,
à la 4e minute. Un match qui n’était pas facile vu le
palmarès du Biélorusse, 3e aux Mondiaux 2005 et aux
Championnats d’Europe 2008.
— Vous attendiez-vous à cette médaille ?
— Bien sûr. Le jour de la compétition, j’ai même dit à mon
entraîneur que je remporterais une médaille. Même avant
d’aller à Pékin, j’étais sûr de mon niveau. La médaille
olympique ne vient pas par hasard, elle est le fruit d’un
long travail organisé avec des étapes à franchir. Donc, il y
avait des prémisses qui annonçaient que je pourrais
décrocher une médaille. Je me suis classé 5e aux Mondiaux
2005 et 2007 et j’ai remporté plusieurs médailles dans les
tournois internationaux durant la dernière année. Il faut
dire qu’il y avait un cadre technique qui a bien travaillé
afin de réaliser cette performance.
— La présence de Bassel Al-Gharabawi à la tête de la
sélection nationale a-t-elle joué un rôle dans cette
performance ?
— Sans nul doute. Gharabawi me connaît bien depuis des
années, car nous étions des collègues en équipe nationale et
nous avons beaucoup joué ensemble. Alors, il connaît tous
mes points forts et faibles et il a bien travaillé avec moi
pour améliorer ma technique. De plus, il sait bien ce qu’il
faut au judoka pour évoluer, donc il a demandé à la
Fédération égyptienne de nous offrir de nombreux stages de
préparation avec des tournois internationaux d’un très haut
niveau. En sport de combat, il faut affronter les grands
judokas du monde afin d’améliorer notre niveau. Depuis
l’arrivée de Bassel Al-Gharabawi à la tête de la sélection
nationale, nous avons commencé une préparation intensive
pour les JO. Ce dernier a mis un programme de préparation
avec des stages à l’étranger et des tournois internationaux.
Durant les 10 derniers mois, nous avons effectué plus de 15
stages avec des tournois de haut niveau. Mon niveau s’est
nettement amélioré durant ces mois.
— Comment avez-vous préparé la journée de votre catégorie ?
— J’ai bien étudié mes adversaires avec mon entraîneur pour
mieux les connaître. La veille de mes rencontres, j’ai
essayé de prédire comment allaient se dérouler les matchs.
J’esquissais un scénario pour chaque rencontre avec des
scénarios alternatifs. Pour me détendre, je suis resté très
proche de Dieu. Chaque nuit, je ne dormais qu’après avoir lu
le Coran et effectué toutes les prières.
— Quel est maintenant votre objectif ?
— Je vise le titre olympique des JO de Londres 2012. Un
objectif qui n’est pas facile, mais je crois en mes
capacités. Pour atteindre ce but, j’ai besoin d’une bonne
préparation qui s’étendra jusqu’à 2012. Il ne faut pas
perdre de temps comme ce qui s’est passé après les 5
médailles obtenues par l’Egypte aux JO d’Athènes 2004. Il
nous faut maintenant apprendre de nos fautes. Si nous
continuons à travailler comme lors des 10 derniers mois mais
cette fois pour 4 ans, l’Egypte pourra remporter 4 ou 5
médailles aux JO de Londres.
Propos recueillis par Doaa Badr