Al-Ahram Hebdo, Opinion | Le monde arabe et les expériences de l’Europe de l’Est
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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Opinion

Le monde arabe et les expériences de l’Europe de l’Est

Radwan Ziadeh 

Il existe une ressemblance entre les démantèlements des régimes politiques totalitaires. Ce qui a poussé des chercheurs à étudier les passages à la démocratie dans les pays d’Europe occidentale et d’Amérique latine d’une part, et dans les pays arabes d’autre part. La Révolution orange en Ukraine ainsi que les mutations en Géorgie et au Liban ont donc conduit les chercheurs à étudier les modèles d’érosion des régimes totalitaires et de renforcement des capacités de la société civile, pour opérer un transfert en douceur vers la démocratie et le pluralisme.

Chaque pays a ses particularités. Les ressemblances sont plus importantes que l’on ne l’imaginait. Il faut tirer les leçons des expériences de ces autres pays, si nous voulons réaliser le transfert démocratique dans le monde arabe.

Les remarques suivantes se sont basées sur de nombreuses études et rencontres avec des responsables actuels et anciens, à Prague et dans les capitales d’Europe occidentale.

En premier lieu, les partis communistes dans les pays d’Europe occidentale reposaient entièrement sur le parti communiste d’Union soviétique, que ce soit pour justifier leur existence ou pour obtenir un soutien politique et économique. Par conséquent, lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, et avec elle le parti communiste au pouvoir, plus rien ne justifiait leur existence. En effet, la dépendance totale sur l’Union soviétique a lié la légitimité des partis communistes des pays d’Europe occidentale à celle du parti communiste soviétique.

Par contre, les pays socialistes du monde arabe qui ont conservé d’étroites relations avec l’Union soviétique, comme la Syrie, l’Algérie et l’Iraq n’ont pas lié leur légitimité à celle du parti communiste soviétique. Ils ont toujours conservé une certaine distance envers lui, en avançant le facteur national et le prétexte de l’intérêt des régimes politiques. Par conséquent, l’effondrement de l’Union soviétique n’a pas influencé les régimes socialistes arabes. Ceux-ci se sont rapidement adaptés et sont parvenus à se relancer en se basant sur le facteur national après la disparition du facteur idéologique.

Ensuite, les partis communistes d’Europe occidentale sont restés des partis politiques œuvrant de manière institutionnelle malgré leur tendance totalitaire et leur dépendance totale de l’Union soviétique dans leurs orientations. Cependant, ils ont continué à se baser sur l’idée du parti totalitaire. Mais les critères du parti politique ne s’appliquent pas tout à fait à ces partis. C’est-à-dire qu’ils ne forment pas vraiment de lien entre la base et les directions. Ils monopolisent la représentation politique en sélectionnant les membres du bureau politique selon les critères de loyauté, des intérêts personnels et des réseaux de clientèle. Cependant, au sein de ces partis, les décisions sont prises de manière conjointe par la haute direction partisane. De plus, le système de la retraite était respecté à tous les postes, qu’ils soient politiques ou sécuritaires.

Ce n’est pas le cas dans les pays arabes régis par des partis similaires, notamment en Syrie et en Iraq, avec le parti Baas. Le rôle du parti et de ses directions politiques s’est rétréci au point de disparaître pour ne devenir qu’un simple organisme de propagande des décisions du chef de l’Etat. Même le régime politique n’est plus un régime partisan. Il est devenu un régime familial régi par les membres de la famille au pouvoir, qui ont le dernier mot dans les choix politiques, économiques et même militaires du pays. Comme ce fut le cas de Saddam Hussein par exemple. C’est cette différence essentielle qui a empêché le parti totalitaire Baas en Syrie de songer à opérer des changements importants et à réaliser un transfert démocratique malgré les fortes demandes internes.

Troisièmement, dans les pays d’Europe occidentale, le facteur national n’a pas la même acuité que dans les pays arabes, surtout dans des pays comme la Syrie et l’Iraq. Selon les termes d’un responsable tchèque, « Nous ne nous souvenons que nous sommes une nation que lorsque nous remportons un match de football ». Par conséquent, les régimes d’Europe occidentale ne pouvaient se servir de ce facteur pour réprimer leurs opposants et les accuser de menacer les intérêts suprêmes du pays. Dans les pays arabes, c’est l’occupation israélienne des territoires arabes en Palestine et dans le Golan qui a stimulé ce facteur national.

Enfin, l’harmonie ethnique et confessionnelle est un facteur important pour alléger les frictions entre l’élite politique au pouvoir et l’opposition. Ainsi l’élite ne peut-elle jouer sur le facteur ethnique ni se protéger derrière les dangers encourus par une certaine confession qui peut effrayer toute une société avec le spectre de la guerre civile que cela représente.

Enfin, il ne faut pas oublier le facteur externe. Les pressions exercées par les Etats-Unis et l’Europe sur les partis communistes se basaient sur l’ouverture et la démocratisation afin d’anéantir le communisme et le socialisme. D’autres pressions étaient exercées par l’Eglise catholique de Rome pour garantir la liberté religieuse, transgressée par le régime communiste. Les partis communistes subissaient également de fortes pressions internes afin d’intégrer dans l’Union européenne et de s’ouvrir sur le monde.

En ce qui concerne le Moyen-Orient, l’Ouest cherchait surtout la stabilité de la région et la garantie de la sécurité d’Israël à travers l’intérêt accordé à la résolution du conflit arabo-israélien, négligeant ainsi l’agenda de la démocratisation. La seconde guerre du Golfe dont l’objectif était de faire sortir les forces iraqiennes du Koweït a coïncidé avec le démantèlement des régimes socialistes de l’Europe occidentale. Elle a aussi coïncidé avec l’apparition d’une nouvelle forme d’hégémonie internationale sur les décisions nationales des pays du sud de la Méditerranée à travers ce qu’on a appelé le nouvel ordre mondial. Ce qui signifie le renouveau de l’emprise sur les sociétés pour les empêcher d’être influencées par la régression de la vague démocratique. Nous avons ainsi témoigné d’une concentration mondiale sur le processus de paix arabo-israélien et d’une négligence totale des intérêts de ces sociétés dans la démocratie et les droits de l’homme. La communauté internationale était alors uniquement concernée par la réussite du processus de paix comme moyen de résoudre l’ensemble des problèmes de la région, croyant que cela permettrait une ouverture politique après la disparition du prétexte selon lequel il ne peut y avoir de réforme politique tant que les pays orientaux sont en état de guerre avec Israël. Un fait qui implique la nécessité d’appliquer des lois d’urgence ainsi que d’autres lois exceptionnelles. Partant, les appels des activistes démocratiques ne trouvaient aucun écho si ce n’est entre les murs des prisons.

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