L’unique plaisir
Salama A. Salama
De
temps en temps, l’Egypte sort de sa léthargie pour appeler à
la limitation des naissances. Mais appeler la population à
juguler la natalité dans les temps actuels ne peut être
efficace en raison d’une crise économique asphyxiante, les
tensions sociales et le pessimisme ambiant.
Alors, la stratégie récemment lancée par l’Etat, qui se base
uniquement sur la sensibilisation médiatique pour lutter
contre l’explosion démographique, n’aboutira qu’à des
résultats limités. Surtout dans les larges couches de la
société qui souffrent de pauvreté et de manque d’éducation.
C’est-à-dire les couches sociales vivant dans des quartiers
pauvres et des bidonvilles. La majorité de ces habitants
sont illettrés et les slogans concernant les répercussions
néfastes de la surnatalité sur le développement n’attirent
pas leur attention.
Cela signifie que la campagne de sensibilisation lancée par
l’Etat pour persuader les familles à se limiter à deux
enfants ne pourra convaincre un simple concierge, un paysan
ou une femme habitant dans les fin fonds de la Haute-Egypte
d’avoir recours aux moyens de contraception après avoir eu
deux enfants.
C’est ainsi que se sont répandues dans les rues et sur les
écrans télévisés des slogans du type « Waqfa masriya »
(moins de naissance pour l’Egypte). Ceux-ci ne peuvent en
aucun cas atteindre les couches de la société dans
lesquelles enfanter est un phénomène naturel et instinctif
que Dieu a permis.
Je pense que la lutte contre la croissance démographique a
relativement réussi quand l’Etat avait obtenu des aides
financières étrangères dans cet objectif. Des volontaires de
la société civile s’étaient alors rendus dans les villages,
les hameaux et les zones sauvages, et des centres avaient
été installés pour sensibiliser les habitants de ces régions
quant à l’importance de limiter les naissances et d’employer
les moyens de contraception, alors distribués gratuitement.
Mais ensuite, les activités de ces centres ont diminué après
l’interruption des aides étrangères.
Si l’Etat veut recourir à d’autres moyens pour que la
population adopte le principe de la petite famille, il faut
penser aux stimulants financiers. Comme, par exemple,
exempter les familles à revenus limités de certains impôts,
leur offrir une assurance médicale complète ou une
subvention alimentaire. Il est également possible de
récompenser la mère de deux enfants qui atteint ses 50 ans.
Ces avantages seraient retirés des familles qui ne tiennent
pas leur engagement.
Il existe également d’autres moyens comme permettre
l’avortement sous surveillance médicale, les examens
médicaux avant le mariage, l’enseignement des relations
conjugales aux jeunes sur le point de se marier.
Se contenter de parler des taux de croissance économique
avalés par la hausse démographique, ou de notre
responsabilité envers les générations à venir ne peut en
aucun cas influencer les larges couches de la société. Pour
ces gens, donner naissance est l’unique plaisir d’une vie
pleine de malheurs, de pauvreté et de sous-développement.