Al-Ahram Hebdo, Opinion |Mohamed Salmawy , Une question de sécurité nationale
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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Opinion

Une question de sécurité nationale

Mohamed Salmawy 

J’ai lu deux nouvelles devant lesquelles le lecteur peut ne pas s’attarder beaucoup, mais qui m’ont beaucoup inquiété sur l’avenir de ce pays. De prime abord, ces deux nouvelles ne diffèrent pas beaucoup de ce que nous lisons tous les jours. Mais à mon avis, elles impliquent une catastrophe nationale qui est inévitable.  

La première dit que le Conseil suprême de la jeunesse a annulé cet été les camps de jeunesse à cause du manque de financement nécessaire alloué à ce projet dans son budget. La deuxième nouvelle, quant à elle, dit que le dessin a été annulé des programmes scolaires.

La raison de mon désarroi revient au fait que je suis de ceux qui croient que ladite bataille contre l’extrémisme religieux, et que j’appelle déviation religieuse, ne sera jamais tranchée par l’intermédiaire des forces de la police uniquement, mais qu’elle le sera par le biais de la culture. J’ai beaucoup écrit sur ce sujet, disant qu’il faut une solidarité pour combattre le terrorisme, et que la lutte contre ce qui engendre le terrorisme, à savoir l’esprit religieux dévié, ne se fait qu’avec l’arme de la pensée et de la culture. D’autant plus que la bataille du terrorisme se joue dans la rue, qui est le domaine de la police, alors que celle du dérapage religieux réside dans les mentalités qui représentent le pivot de l’interaction culturelle.

Pendant de longues années, nous avons classé la bataille contre l’extrémisme comme une cause d’ordre national, alors qu’en réalité, elle en est une d’ordre intellectuel. Dans ce genre de bataille, le vainqueur est uniquement celui qui arrive à s’accaparer les mentalités des jeunes.

Et donc ce genre de bataille ne doit pas être limité aux forces de l’ordre exclusivement, interférant à chaque fois qu’une opération terroriste a lieu ou à chaque fois qu’il y a une transgression de la loi. Mais l’intervention doit être plus précoce, c’est-à-dire avant même que le crime n’ait lieu. Et en général, les choses ne prennent pas cette tournure.

Il est probable que la carence dans l’usage de l’arme de la pensée et de la culture dans la période qui précède le crime est ce qui incite souvent les forces de l’ordre à assumer un rôle qui doit être du ressort d’une autre partie. Ainsi, entend-on parler de temps à autre d’opérations d’arrestation contre les adeptes de ces courants religieux déviés, sans que ceux-ci n’aient aucunement transgressé la loi. Ceci n’étant qu’une tentative de prévention consistant à empêcher le crime avant qu’il ne soit trop tard. Par la suite, les voix s’élèvent revendiquant la libération de ces détenus qui la plupart du temps sont acquittés par les tribunaux. Simultanément, d’autres voix s’élèvent accusant la sécurité de détenir les citoyens innocents sans raisons valables.

Pour que la sécurité puisse assumer le rôle qui lui est assigné, à savoir celui de prévenir et d’empêcher les transgressions de la loi avant qu’il ne soit trop tard, il incombe à l’intelligentsia et aux intellectuels éclairés de faire leur devoir et de lutter contre cette pensée extrémiste et rétrograde qui déforme la religion pour basculer dans le crime.

La sensibilisation de la jeunesse est le vaccin qui immunise contre une éventuelle chute dans ce piège de dérapage religieux. Car c’est la culture qui élargit les horizons et qui empêche le fanatisme et la fermeture. Les jeunes, quant à eux, à la recherche de la culture, ne la trouvent que dans les leçons de religion qui sont présentées après les prières dans les mosquées. Si les jeunes trouvent des programmes durables dans les maisons de culture, dans tous les aspects de la culture depuis les arts plastiques jusqu’à l’économie en passant par la politique et la poésie, ils les fréquenteront sans aucun doute. La preuve en est ce flot humain abondant que l’on trouve chaque année au Salon du livre du Caire. Les jeunes font la queue afin d’assister aux colloques, aux cours et aux rencontres des grands intellectuels, hommes de lettres, poètes, savants et politologues comme aucune autre foire au monde, que ce soit à Montréal, à Francfort, à Londres ou à Paris. Ceci vient démontrer la défaillance aiguë dont souffre ce genre de service culturel en Egypte, ce qui rend nos jeunes assoiffés d’assister à ce genre de manifestation qui n’a lieu qu’une fois par an et qui n’est pas au niveau voulu. Bien que ce même service soit disponible tout au long de l’année dans les autres pays, et donc il n’y a pas lieu de trouver cette affluence qu’on retrouve chez nous à cette occasion annuelle et qui fait notre fierté parfois parce qu’on sent que le nombre de visiteurs de la foire du Caire dépasse de loin celui des autres foires mondiales.

En plus de la saison du Salon du livre, les camps d’été destinés aux jeunes regroupent une panoplie d’activités complémentaires depuis les matchs de football jusqu’aux activités culturelles, constituant une sorte d’exutoire pour ces jeunes, encore une fois assoiffés de tout ce qui est source d’enrichissement pour leurs cerveaux. Et à défaut desquelles, ils s’orientent vers les séances des cheikhs dans les mosquées.

En même temps, l’initiation aux arts dans les écoles n’est pas une sorte de divertissement, mais c’est une partie intégrante du processus d’enrichissement de la pensée qui est censé immuniser la jeunesse contre le fanatisme et la déviation. J’ai d’ailleurs lu un article signé par le grand artiste Moustapha Al-Razzaz, dans lequel il met en garde contre l’annulation de cours d’arts dans les écoles qui, selon lui, donnera éventuellement naissance à une génération de terroristes. Car cette procédure videra la mentalité des jeunes de la culture et de la pensée éclairée, elle sera alors prédisposée à accueillir l’extrémisme, le fanatisme et la pensée religieuse déviée qui a pour résultat final la violence et le terrorisme.

J’espère que ces deux nouvelles ne seront pas correctes et qu’elles seront, comme il arrive souvent, une tempête dans un verre d’eau reposant sur une information mensongère. Sinon, comme le dit si bien le Dr Moustapha Al-Razzaz, on serait en train de donner naissance à une génération déviée.

J’ai commencé mon article en disant que la déviation religieuse n’est pas une affaire de sécurité, mais plutôt d’ordre intellectuel. Et pour finir, j’aimerais bien confirmer que le fait d’inculquer la pensée et la culture aux jeunes à travers les camps d’été et à travers l’initiation aux arts depuis leur tendre enfance est une cause d’ordre national qu’il ne faut absolument pas laisser passer. Sinon les résultats seront néfastes sur l’avenir du pays.

 

 

 

 

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