Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs | Attention la bodyguard est là
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Nulle part ailleurs

Femme. Les Egyptiennes n’ont pas laissé un boulot sans le pratiquer. Etre gardienne du corps ou agent de sécurité, tel est le plus récent métier et pas le dernier qu’Eve vient d’exercer. Un métier en pleine expansion.

Attention la bodyguard est là

« Bonne apparence, âgée de 21 à 30 ans, diplôme moyen, rigueur, discipline, sens aigu de l’observation, courtoisie, politesse, costaude, sportive et du sang-froid ». Ce ne sont pas les critères d’un mannequin ou d’une mariée, mais d’une personne de sexe féminin qui voudrait travailler comme garde du corps dans une entreprise de sécurité. Une annonce publiée non pas dans un pays européen, mais en Egypte. Il semble que la femme égyptienne a décidé de relever ce défi et se lancer dans tous les champs de travail et sans exception. Cependant, le métier de garde du corps était réservé uniquement aux hommes et pas n’importe qui, car il faut être bien musclé et avoir un gabarit imposant. « Le monde a beaucoup évolué et la femme, étant un membre de la société, frappe à toutes les portes, prête à exercer n’importe quel boulot masculin à cause du chômage qui sévit dans le pays et des mauvaises conditions économiques », explique Héba Mohamad, agente de sécurité, recrutée dans une entreprise de sécurité privée, tout en faisant lieu de sa surprise lorsqu’elle a lu cette annonce publiée dans un journal. L’entreprise en question recherchait des gardes du corps aussi bien de sexe masculin que féminin. Un métier actuellement en plein essor et d’une grande nécessité. La preuve en est que dans ce domaine, le sexe féminin est très demandé. « Depuis deux ans, notre société compte 300 filles. Ces dernières sont désignées pour certaines tâches que la gent masculine est incapable d’accomplir, comme le fait de fouiller des ouvrières dans une usine ou un magasin », explique Chérif Khaled, directeur général du Falcon Group, l’entreprise internationale pour la sécurité assurant la plupart des services de protection, transport de fonds, système de surveillance informatisé, etc. Selon lui, il ne rencontre aucun problème particulier avec ces femmes. « En fait, nous avons moins de tracas avec elles, car elles veulent prouver qu’elles sont à la hauteur. Autrement dit, elles sont consciencieuses et mènent à bien leur boulot ».

Cependant, la mission principale ou la plus spectaculaire consiste à protéger des femmes fortunées des pays du Golfe, des actrices ayant une grande renommée, des femmes de diplomates et d’hommes d’affaires ou des personnages publics importants. Et pas seulement ça, des hôtels, des banques, des usines de prêt-à-porter, de tissage, des magasins de vêtements dans les différents centres commerciaux demandent à recruter des femmes pour fouiller leur personnel de sexe féminin et les clientes malhonnêtes.

Il est 17h. Les ouvrières d’une usine de lingerie fine située dans la zone franche s’apprêtent à sortir. Elles défilent devant le portique de détection, certaines vont être fouillées. Deux femmes en costume sont chargées de le faire. Elles s’approchent, puis choisissent au hasard une dizaine de filles. « Il suffit de les regarder bien dans les yeux au moment où elles défilent. Si l’une d’elle rougit ou a du mal à avaler sa salive, c’est louche, il faut la fouiller », dit Samar Fathi. « Nous ne pouvons pas le faire à toutes les ouvrières pour ne pas les indisposer. On commence par une fouille au corps, puis on vérifie si elles n’ont pas dissimulé quelque chose entre leurs vêtements », explique-t-elle. « Un jour, une fille malhonnête avait enfilé une trentaine de sous-vêtements pour les vendre à son compte. Une autre fois, l’une d’elles avait enroulé plusieurs mètres de tissus autour de ses genoux et tout était camouflé par son voile », dit Naglaa Fathi qui travaille pour la société Falcon Group. Elle confie qu’au début, elle a eu droit à toutes sortes de réflexion, à l’exemple de « Qui vivra verra », « Elle se prend pour Rambo » et « N’y a-t-il pas d’autres métiers pour que vous exerciez ceux qui ne sont pas faits pour vous ? ». L’image de jeunes femmes accompagnant une personnalité importante dans tous ses déplacements a été difficilement acceptée en Egypte et c’est le cas d’autres métiers qui sont censés être peu féminins. Une raison pour laquelle le père de Naglaa a refusé, tout au début, qu’elle exerce ce métier, mais il a fini par céder. Quant à sa maman, elle l’a beaucoup encouragée. Prestige ou argent ? Les deux, peut-être, car son salaire dépasse celui d’un professeur ; il équivaut à celui d’un médecin ou d’un ingénieur. Sa collègue Nesrine Mahmoud travaille dans le magasin Omar Effendi situé au quartier de Mohandessine. Elle confie que c’est plus facile de travailler dans une usine que dans un magasin où l’on entend toutes sortes de remarques désobligeantes de la part des clientes. « Un jour, une femme bien habillée a choisi une robe pour aller l’essayer, puis elle l’a enfouie dans son sac après lui avoir ôté l’antivol qu’elle a dissimulé derrière un des miroirs de la salle d’essayage », dit-elle tout en racontant comment la cliente l’a bombardée d’injures pour l’empêcher de la fouiller, considérant ce geste comme une humiliation pour elle. Et d’ajouter : « Une autre est sortie en enfilant sur elle une chemise, prétextant qu’elle avait oublié de l’enlever. Et une troisième, attrapée en flagrant délit, a fondu en larmes en la suppliant de la laisser partir, car elle est pauvre et n’avait rien pour nourrir ses enfants, etc. ». Les agents de sécurité doivent garder leur sang-froid et surtout ne pas manquer de respect aux clientes. « Raison pour laquelle ces femmes doivent subir un examen médical et des tests psychologiques pour avoir une idée sur leur comportement. De plus, elles sont entraînées pour apprendre comment se défendre », affirme Ossama Maher, directeur des ventes à Falcon Group.

 

Mille et une astuces pour duper

Or, si les employées d’une usine de textiles, ou de vêtements, sont fouillées au hasard, celles qui travaillent dans un atelier de bijoux en or le sont systématiquement et chaque jour avant de quitter leur travail. Car des ouvrières prennent la poudre d’or pour la revendre à leur compte. Samar Fathi, agent de sécurité travaillant dans un atelier, assure que ce personnel emploie toutes sortes d’astuces pour la duper. « Elles sont toutes fouillées et très minutieusement. Une fois, l’une d’elles avait dissimulé une pièce d’or sous le bracelet de sa montre en métal, puis elle a commencé à siffler en passant par le portique de détection. Une autre avait caché entre ses orteils de la poudre d’or, une troisième dans son chignon. Les bonnes cachettes, ce n’est pas ça qui manque avec elles », explique-t-elle.

En effet, les entreprises de sécurité privées ne sont pas un phénomène nouveau. C’est en 1979 que la première société a vu le jour. Depuis, elles ne cessent de proliférer et sont devenues des institutions reconnues par tout le monde. Des entreprises qui n’hésitent pas à embaucher aussi bien des hommes que des femmes. A préciser que le président Kadhafi a créé, il y a 22 ans, ce qu’il a surnommé le « peuple féminin armé », à savoir l’intégration de la femme dans le corps armé. Seule ou en groupe, la garde du corps féminin assure la sécurité des VIP durant leurs déplacements professionnels dans le strict respect des lois. Femmes de diplomates de haut niveau, femmes politiques et princesses arabes. Même les enfants des plus riches ont leurs propres bodyguards ! Question de protection ou de pure apparence ? Là est le mystère. « Il arrive qu’un ambassadeur débarque en Egypte et réclame un garde du corps pour sa femme ou sa fille comme étant un moyen pour garantir sa sécurité. Et vu que nous vivons dans une société orientale, il a du mal à accepter qu’un homme puisse l’accompagner dans tous ses déplacements privés. Une affaire qui encourage donc le recrutement des femmes », explique Kamel, responsable dans une entreprise de sécurité privée.

D’autre part, les artistes, les vedettes de la chanson et les mannequins ont aussi recours à ces agents de sexe féminin. Bien escortée par ses gardes du corps, la danseuse quitte l’immeuble et monte dans une Mercedes aux vitres fumées. Suivie de trois Jeep Cherokee, la voiture démarre sur-le-champ et s’engouffre dans les rues encombrées du Caire. Empruntant une allure de star, elle se présente en grande pompe au milieu d’une foule en liesse qui l’attend pour lui serrer la main en dépit de la présence des gardes du corps qui l’accompagnent dans ses déplacements. Ses gardes du corps ne sont que des filles grandes de taille et bien coriaces ... et, malgré ça, féminines aussi. Elles reçoivent les ordres par talkies-walkies.

Mais ces agents sont des femmes d’attente ou femmes d’action ? « L’attente fait partie de notre métier. Mais c’est une attente active : on est aux aguets sans arrêt. On a les yeux rivés sur les mains et les yeux des gens qui gravitent autour de la personne que l’on doit protéger, car même une simple bague peut griffer et défigurer le visage d’une personnalité pendant une séance d’autographes », assure Samira, qui accompagne une VIP. Et l’action alors ? Une garde du corps est pourtant amenée à se battre, non ? Selon elle, la sécurité, c’est avant tout de la prévention (repérage des lieux, préparation des déplacements en amont). Normalement, on n’a pas à se battre. S’il y a opposition avec quelqu’un, c’est que le travail de préparation a été mal fait. Et d’ajouter : « Nous avons des codes avec nos clientes, notamment qu’on leur désigne, avant de sortir en public, un mot pour le premier niveau d’alerte, un autre pour le deuxième niveau, un troisième qui veut dire : danger, on évacue les lieux, et un quatrième pour dire : alerte maîtrisée. Et pas question pour nous de céder à la terreur ». Tout agent accomplit son travail indépendamment de sa vie privée et de sa sensibilité propre. Mais les clientes ont aussi une exigence qui est la confidentialité. Samira ne doit entendre aucune conversation. C’est pourquoi elle doit rester suffisamment en retrait pour ne pas écouter et suffisamment près pour pouvoir intervenir. « Un monde à la fois palpitant et stressant s’ouvre sous nos yeux. Mais lorsqu’un garde du corps s’avère être aussi un agent secret, là on entre de plain-pied dans le rêve et l’aventure, mais aussi le sang et l’adrénaline », conclut Samira.

Chahinaz Gheith

 




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