Syrie.
L’affaire de la vente d’armes russes à Damas provoque les
protestations d’Israël et des Etats-Unis.
Remous
Le rapprochement entre Moscou et Damas, dû au soutien syrien
à l’opération militaire russe contre la Géorgie et à la
vente d’armes russes à la Syrie, continue de susciter de
vives inquiétudes chez les responsables israéliens, mais
aussi aux Etats-Unis, menant à un coup de froid entre Moscou
et Tel-Aviv. Au point que selon le quotidien Yediot Aharonot,
le premier ministre israélien Ehud Olmert devrait se rendre
à Moscou dans les deux prochaines semaines pour convaincre
la Russie de ne pas vendre des armes d’un nouveau modèle à
la Syrie.
Tout a commencé lorsque le ministre russe des Affaires
étrangères, Sergueï Lavrov, a annoncé jeudi que son pays
était prêt à vendre de nouveaux types d’armement à la Syrie,
au moment où le président syrien Bachar Al-Assad se trouvait
en Russie. « Nous sommes prêts à examiner la demande
syrienne à propos de l’achat de nouveaux types d’armement »,
a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï
Lavrov, estimant que la position de la Russie était « claire
» à ce sujet. « Nous serons prêts à vendre à la Syrie des
armes qui ont avant tout un caractère défensif et ne violent
aucunement l’équilibre stratégique des forces dans la région
», a-t-il ajouté, sans préciser les types d’armement en
question.
Irritée par des survols fréquents d’avions militaires
israéliens, la Syrie voudrait acquérir en premier lieu des
missiles modernes de défense antiaérienne. Suite à ces
déclarations, des responsables israéliens, sous prétexte
d’être menacés par ces armements, ont exprimé leur
inquiétude particulièrement en ce qui concerne des
livraisons de missiles antichars et antiaériens, qui
pourraient parvenir au Hezbollah. « Un renforcement des
liens entre Damas et Moscou constitue un développement très
négatif », a mis en garde vendredi le président de la
Commission des Affaires étrangères et de la Défense du
Parlement, Tzahi Hanegbi.
« Il est difficile de croire en la bonne foi de la Russie
quand il s’avère, malgré toutes les dénégations de Moscou,
que des armes russes vendues à la Syrie sont parvenues au
(mouvement chiite libanais) du Hezbollah », a déclaré, de
son côté, un haut responsable israélien du ministère des
Affaires étrangères parlant sous couvert d’anonymat. Il
faisait référence à des modèles de missiles antichars russes
qui avaient causé des pertes sévères aux blindés israéliens
durant la guerre au Liban de l’été 2006.
Même son de cloche à Washington, où un porte-parole du
département d’Etat a déclaré que les Etats-Unis sont « très
préoccupés » d’une possible vente d’armes russes à la Syrie.
« Nous sommes évidemment très préoccupés par les
informations selon lesquelles la Russie pourrait fournir des
armes, des systèmes d’armement à la Syrie », a indiqué
Robert Wood lors d’un point de presse. « Nous avons toujours
dit aux Russes que ces ventes ne devaient pas se poursuivre,
elles ne contribuent pas à la stabilité régionale et, encore
une fois, je les exhorte à ne pas poursuivre ces ventes
s’ils ont l’intention de le faire », a-t-il dit.
Mais le chargé d’affaires russe à Tel-Aviv, Anatoli Yurkov,
s’est voulu rassurant. « Nous ne livrerons (à la Syrie)
aucune arme susceptible de modifier l’équilibre stratégique
» de la région, a-t-il déclaré aux journalistes. Il a
lui-même souligné que le soutien israélien à la Géorgie
était « moins important que celui des Etats-Unis et de la
France » et s’est félicité du fait qu’« Israël a suspendu
ses livraisons d’armes » à Tbilissi.
Le professeur de politique internationale Amnon Sela estime
lui aussi que la « crise entre Israël et la Russie ne
devrait pas dégénérer ». « Le seul élément nouveau, c’est
que l’aide militaire fournie (par Israël) à la Géorgie a
donné un argument à la Russie pour justifier ses ventes
d’armes à la Syrie », estime ce chercheur, selon lequel
Israël « devrait prendre en compte des susceptibilités de la
Russie ».
Israël veut à tout prix rester la seule puissance militaire
dans la région et écarter la possibilité d’un retour du rôle
russe comme celui qui prévalait à l’époque de l’URSS.
Rania
Adel