Al-Ahram Hebdo, Livres | Aux sources de l’engagement
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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Autobiographie. Celle de Fakhri Labib, intellectuel communiste, se lit comme un roman. De 1928 à 1955, de ses découvertes de jeune garçon aux manifestations historiques de février 1946, des mémoires vivantes et attachantes. 

Aux sources de l’engagement 

Peut-être le métier du père n’a-t-il pas été étranger aux choix politiques de Fakhri Labib. Originaire de Sohag, responsable de gare, le chef de famille était muté dans divers villes et villages d’Egypte, au gré des changements de poste ou mutations punitives. A Adwa au Fayoum, Fakhri entre ainsi dans un club de lecture de romans et se lie d’amitié avec Abdallah Kamil, qu’il retrouvera plus tard à l’université et en prison. A Mahamid, près d’Assouan, il assiste à la répression d’une révolte de paysans, moment décisif dans sa prise de conscience de l’injustice régnant dans les campagnes. Ouverture précoce sur le monde, obligation de se débrouiller seul aussi, quand le travail du père dans un petit village oblige les enfants à vivre seuls dans la ville à la plus proche — à Assouan.

Fakhri grandit au contact de ce père entièrement dévoué à l’éducation de ses enfants, qui lui apprend très tôt à « haïr » les Anglais, dans un foyer marqué à jamais par la mort d’une petite sœur unique parmi six garçons. Malgré ce drame, la famille réussit à garder sa joie de vivre ; une ambiance que l’auteur a recréée au fil des pages, des années plus tard, en décrivant avec forces détails les rites marquant le quotidien de cette famille nombreuse. La cuisson du pain, réalisée par la khabbaza avec sa fille, les rites religieux lors de la fête de Pâques, les histoires de djinns qui peuplent son enfance, les visites au cinéma des petites villes.

En été, lorsque les frères se rendent en visite chez leurs oncles maternels à Choubra, au Caire, les observations du jeune Fakhri font naturellement écho aux explications de son oncle Mounir, membre d’une organisation communiste. Et quand il entre, quelques années plus tard, à l’Université Fouad Ier, il devient un camarade de Mounir dans les rangs d’Iskra, non sans avoir découvert les affres du sectarisme militant après un passage dans une « organisation sœur ennemie », Mounir. C’est en tant qu’activiste communiste qu’il vit les journées de février 1946, manifestations mémorables dans les universités, les quartiers et les usines, animées par le « Comité national des étudiants et des ouvriers », exigeant la sortie des troupes anglaises d’Egypte. Si les témoignages sur cette période ne manquent pas — on peut citer entre autres celui de Latifa Al-Zayyat —, celui de Fakhri Labib est un acompte direct des événements de la rue. Présent au moment des affrontements les plus violents avec la police, il raconte comment il a participé à mettre le feu aux chars de l’armée britannique et s’est retrouvé face à face avec les policiers d’Ismaïl Sedqi, suppliant : « L’on est avec vous ». Cette effervescence de la rue s’imbrique à des événements plus personnels, l’inquiétude du frère, la colère du père apprenant que son fils est communiste. L’on retrouvera ce même père parmi les familles des détenus politiques rassemblées dans un tribunal en 1955, venu soutenir son fils incarcéré par le pouvoir nassérien. Cette scène est la dernière de l’ouvrage, dont les premières pages relataient l’arrestation de l’auteur à Tanta en 1954, avant le flash-back dans son enfance. Une autobiographie dont on attend la suite.

Dina Heshmat 

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Fakhri Labib,

Al-Méchwar (le parcours),

Madbouli,

2008.

 

 

 




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