Al-Ahram Hebdo, Livres | Un bel exemple de géographie humaine
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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Récits de Voyage. Géographe arabe du Xe siècle, né à Jérusalem, Muqaddassi, présenté en français par André Miquel, raconte paysages et hommes ainsi que situations dans le monde musulman.  

Un bel exemple de géographie humaine 

« C’était en 358/969 : je me trouvais en Egypte pour être témoin de l’installation de la dynastie fatimide qui venait depuis le Maghreb proclamer ici un califat chiite rival de celui de Bagdad. Nul doute que ce formidable événement n’ait accru le prestige d’un pays qui nous ramène au plus vieux temps de l’aventure des hommes. C’est en effet un petit-fils de Noé, Misr qui donna son nom à la vallée du Nil, laquelle accueillit Moïse, Joseph, Marie et son fils Jésus (...) Misr reste le pays du Nil, dont on assure qu’il coule de miel en paradis, le grenier du Hedjaz et d’autres parties du monde, la terre d’élection des esprits pieux attachés à la lecture du saint Coran ; bref, l’un des phares de la terre des hommes ». On a bien l’impression de lire un reportage comme on en retrouve dans la presse de nos jours. Un envoyé spécial venu assister à un événement majeur et orné de quelques rappels historiques. Ce grand reporter n’est en fait qu’un géographe arabe célèbre du Xe siècle, né à Jérusalem, d’où son nom Muqaddassi. Il est l’auteur d’un ouvrage considérable, La Meilleure répartition pour la connaissance des provinces. Un guide géographique, ethnologique et politique du monde arabe à cette époque qui a l’originalité de mêler l’esprit critique et de découverte aux croyances religieuses de l’époque. Le merveilleux s’insère donc dans cet état des lieux, fait d’histoire et d’observation. Il s’agit d’un ouvrage gigantesque de 500 pages. Mais la version dont on parle est en français, l’œuvre d’André Miquel qui a enseigné pendant de longues années la langue et la littérature arabes dans le Collège de France et qui est l’auteur de célèbres ouvrages sur le monde arabe, son histoire et sa littérature. Ce qu’André Miquel nous donne, c’est une traduction libre de ce texte, d’où cette présentation « Muqaddassi avec la complicité d’André Miquel ». Miquel est un complice de longue date de l’auteur arabe. Il le raconte dans la préface. « L’auteur m’est connu et cher, depuis certain mémoire rédigé pour un diplôme d’études supérieures il y a plus de cinquante ans. Je l’avais retrouvé onze ans plus tard pour une thèse de doctorat, puis lu et relu à l’occasion des quatre volumes de ma Géographie humaine du monde musulman jusqu’au milieu du XIe siècle ». Mais lorsqu’on lui a demandé une version nouvelle, il a préféré justement celle où il semble s’associer à l’auteur, en mettant l’accent sur le fait que « malgré, peut-être, les apparences, touché très peu que possible au contenu et à l’allure générale du livre, je ne me suis autorisé que les toutes dernières lignes de la conclusion et la préface (...) J’ai veillé par ailleurs à respecter l’allure de la phrase et les variations de ton, celles-ci particulièrement sensibles dans l’un des exercices préférés de l’auteur, la munazara ».

Miquel a aussi modifié l’ordre de présentation des pays afin de reconstituer en un seul récit l’itinéraire de l’auteur durant ses 20 années de pérégrination. Arabie, Egypte, Maghreb, Shâm, Aûr Irak, Steppe des Arabes ... jusqu’au désert des Perses. Pour revenir à l’Egypte, on ne peut que relever ce mélange de description où il saisit sur le vif l’esprit d’un lieu. Il compare Damiette à Tinis, émettant une préférence : « ... Damiette, à l’extrémité septentrionale de la même lagune, plus vaste et spacieuse, mieux approvisionnée en eau, plus propre et notamment en ses bains et qui présente, tout compte fait moins de désagrément. La mer est à portée de voix, et les Coptes vivent sur le rivage même ». Et parlant d’Alexandrie, il tient à évoquer celui qui lui donna son nom, « cet Alexandre que le Coran appelle le Biscornu, le héros soumis aux ordres de son Seigneur, le bâtisseur du rempart qui protège les hommes contre les incursions de Gog et Magog ».

On ne saurait que lever dans sa description du Caire cet étonnant émerveillement qui lui fait, en dépit des clivages chiisme-sunnisme, préférer cette ville construite par les Fatimides à Bagdad, siège du califat. « La métropole de l’Egypte et l’une du monde musulman, est Al-Fostat, nommé la Victorieuse, Al-Qahira, par ses nouveaux maîtres fatimides. Nous sommes ici dans une métropole au plein sens du terme, capitale d’un pays renommé, vaste, riche en hommes et en ressources. L’islam y trouve autant sinon plus qu’à Bagdad sa gloire et sa force (...) plus populeuse que les grandes cités du Machreq, Samarqand et Bukhara, plus importante que Bassora, plus vaste que Damas, la Victorieuse a pour les gourmets des mets raffinés, des assaisonnements bien présentés ».

Le livre est finalement une très belle chronique du temps jadis de ce monde musulman vers l’an mil ; un univers en pleine effervescence, où nous parcourons cet immense espace du Maghreb à l’Indus, et du Yémen à l’Asie Centrale. Muqaddassi compte comme l’un des meilleurs géographes de cette époque décrivant un monde riche et diversifié.

Ahmed Loutfi

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Muqaddassi,

avec la complicité de André Miquel,

Un Palestinien sur la route,

Le monde musulman,

vers l’an mil,

Sindbad, Actes Sud 2008.

 

 




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