Al-Ahram Hebdo, Littérature | Joumana Haddad, Le retour de Lilith
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Littérature

Avec audace, sensualité et défi, la poétesse libanaise Joumana Haddad convoque la figure mythique de Lilith, la retouche, la débarrasse de toute injustice et se l’approprie. Extrait de son 4e recueil, Awdet Lilith (le retour de Lilith). 

Le retour de Lilith 

Aux sept femmes qui m’habitent 

Je suis Lilith la femme destin.

Aucun mâle n’échappe à mon sort, et aucun mâle ne voudrait s’échapper.

Je suis les deux lunes Lilith. La noire n’est complétée que par la blanche, car ma pureté est l’étincelle de la débauche, et mon abstinence, le début du possible. Je suis la femme paradis qui chuta du paradis, et je suis la chute paradis.

 

Lilith qui revient de la prison de l’oubli blanc, lionne du seigneur et déesse des deux nuits. Je recueille ce qu’on ne peut recueillir dans une coupe et je le bois car je suis la prêtresse et le temple. Je ne laisse la lie à personne pour qu’on ne croie pas que je me suis désaltérée. Je me fais l’amour et me multiplie pour créer un peuple de ma lignée, puis je tue mes amants pour laisser la place à ceux qui ne m’ont pas encore connue. 

Je suis la femme forêt. Je mange mon corps pour qu’on ne me dise pas affamée, et je bois mon eau pour ne pas me plaindre de la soif. Mes tresses sont longues pour l’hiver et mes valises n’ont pas de fond. Rien ne me désaltère ni me rassasie, et je reviens pour être la lionne des égarés sur terre. 

Longues sont mes tresses.

Lointaines

Et longues

Tel un sourire qui s’égare dans la pluie

Telle la griserie d’un plaisir accompli.

Mes frissons sont parfois plaies d’ombres

Et éclat d’une lame constamment.

 

Je suis la gardienne du puits et la rencontre des contraires. Les baisers sur mon corps sont les plaies de ceux qui ont osé. De la flûte de mes cuisses monte mon chant, et de mon chant la malédiction se répand en eau sur la Terre.

 

Déesse des deux nuits et rencontre des contraires

Je ne luis que dans une obscurité

Je ne monte que vers un gouffre

Je ne me tiens qu’à la lisière

Je ne reviens que d’une mort

Moi la gardienne du puits

Aucun soupir ne sort d’une gorge

Sans être lavé par la braise de mes doigts.

 

Je suis Lilith, la lionne séductrice. Main de chaque esclave et fenêtre de chaque vierge. Ange de la chute et conscience du sommeil léger. Fille de Dalila, de Marie-Madeleine et des sept fées. Pas d’antidote à ma malédiction. De ma luxure s’élèvent les montagnes et s’ouvrent les fleuves. Je reviens pour entailler de mes eaux le voile de la chasteté et essuyer les plaies du manque avec le parfum de la débauche.

 

De la flûte des deux cuisses monte mon chant

Et de ma luxure s’ouvrent les fleuves.

Comment pourrait-il ne pas y avoir de déluge

A chaque fois qu’entre mes lèvres verticales brille un sourire ?

 

Moi, Lilith, le secret des doigts qui insistent. Je fraie le chemin, je dévoile les rêves, j’ouvre les cités de la virilité par mon déluge. Je n’unis pas deux d’une même espèce, je les deviens plutôt pour purifier le sexe de toute pureté.

Tous les rêves me sont révélés

Je suis la conscience du sommeil léger

Je porte un rêve puis m’en débarrasse

J’égare les barques et ne guide pas la tempête

Je disperse le ciel par la ruse d’un nuage

Pour que personne ne reçoive mon miel

Je n’ai ni maison ni oreiller

Je suis l’esclave nue

Qui donne à la nudité son sens.

 

Je suis Lilith, la coupe et l’échanson.

Je suis venue dire :

A moi de boire plus d’une coupe

Je suis venue dire :

L’échanson est aveugle

Je suis venue dire :

Adam, Adam, tu t’agites pour beaucoup de choses et une seule est nécessaire.

 

Rassemble-moi

Une seule chose est nécessaire

Dans l’écoulement de tes yeux viens me rassembler

Cloue tes sommets dans mes abîmes

Grave tes traits sur la mémoire de mes paumes

Et hume la panthère cachée à la naissance des épaules.

 

Moi, verset de la pomme. Les Livres m’ont écrite même si vous ne m’avez pas lue. Le plaisir délié, l’épouse rebelle, l’accomplissement de la luxure dévastatrice. Ma chemise est une fenêtre sur la folie. Toute personne qui m’entend mérite d’être tuée et toute personne qui ne m’entend pas mourra de regret.

(...) 

© Editions l’Inventaire, Paris 2007.

Retour au sommaire

 

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.