Al-Ahram Hebdo, Evénement | Un triste jour d’octobre
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Evénement

Incendie. L’ancien Opéra du Caire détruit par un incendie en 1971 est l’exemple des pertes irrémédiables pour l’Histoire et le patrimoine qu’entraînent pareils sinistres.

Un triste jour d’octobre

Des incendies à l’explication et l’origine restées non élucidées ont détruit plusieurs édifices de grande valeur historique en Egypte. L’exemple le plus patent et que de nombreuses personnes ont rapproché de celui du Conseil consultatif est celui de l’ancien Opéra du Caire. Ce fut en 1971. Et plus précisément le 28 octobre, un jour bien triste non seulement pour les mélomanes, mais pour les Cairotes et Egyptiens qui ont vu disparaître sous les flammes un monument qui représente un symbole. Le célèbre écrivain et journaliste d’Al-Ahram Kamal Al-Mallakh écrivait le lendemain une véritable oraison funèbre de l’Opéra sur la disparition d’une « partie de l’histoire de l’art et de l’Egypte ». Avant le lever du soleil ce jour-là, on a vu fumée et feu se dégager de l’édifice. Les gens se rassemblèrent sur les trottoirs de la place où trône la statue d’Ibrahim pacha. Ils sont tristes et perplexes. Et les uns et les autres de se demander, comme l’écrit Al-Mallakh : « Où sont les applaudissements ? Où sont l’art noble et raffiné, les visions et belles couleurs ? ». Les flammes dévorent tout. Elles sortent des coulisses vers la scène pour devenir des « héroïnes de l’épouvante ». Le plafond, ou cimaise, orné des images de Beethoven, Bach, Verdi Puccini, s’effondre. Puis c’est la chute des loges de troisième classe, le poulailler comme le nommaient les habitués, elles heurtent les lampes de cristal qui éclataient. Les flammes circulent parmi les 850 sièges et les loges et balcon l’or des gravures fond. Tout devient décombres, la proie des flammes avec les miroirs et des milliers de livres et de références dans la bibliothèque du sous-sol inondée par l’eau des pompiers. Le musée de l’Opéra brûle au 2e étage avec les costumes et les bijoux des grands spectacles, dont Aïda de Verdi, composés exprès pour cet opéra à l’occasion de l’inauguration du Canal de Suez en 1868.

Le khédive Ismaïl a décidé que l’Opéra soit l’un des fleurons du Caire haussmanien ou Caire moderne qu’il était en train de faire construire. A côté, c’était ce magnifique jardin d’Ezbekieh. En six mois et rapidement, l’Opéra conçu et réalisé par des architectes italiens voit le jour. Il a été créé avec l’exemple d’acoustique parfait pour cette époque. Pas de résonance, pas d’échos. La vue aussi était parfaite de tous les côtés. En forme de demi-cercle, on pouvait tout voir sur la scène quel que soit le lieu où l’on est. La construction fut rapide. La structure était en bois et tronc de palmier et les arêtes en fer. L’ornementation fut l’œuvre des grands artistes. L’édifice était construit d’ailleurs sur le modèle de la Scala de Milan. Le mobilier était représentatif du style de la fin du XIXe siècle. Toujours est-il que l’Opéra n’a pu être ouvert à la date prévue, celle de l’inauguration du Canal de Suez. Il a fallu attendre 1871 et notamment la fin des événements de 1870 en France, puisque des décorations et autres étaient réalisées à Paris. Et c’est donc en 1871 que l’Opéra fut inauguré avec Aïda sur un livret d’Auguste Mariette retraçant une histoire pharaonique évoquant amour et gloire en Egypte ancienne.

Et depuis et jusqu’à ce jour fatidique, l’Opéra fut le pôle culturel, du moins musical, au vrai sens du terme.

Au lendemain de l’incendie, le vice-président de la République, Hussein Al-Chaféi, a annoncé que le théâtre Sayed Darwich à Alexandrie et celui d’Ezbekieh au Caire allaient prendre la relève. La construction d’un nouvel Opéra a eu lieu une vingtaine d’années plus tard. Mais nombreux sont ceux qui regrettent l’enlaidissement de l’ancienne place de l’Opéra. A la place du bâtiment détruit, un garage de plusieurs étages fut construit, expression d’un mauvais goût sans pareil que les nouveaux édiles cultivent sous couvert de sens pratique et qui n’est que l’expression d’anarchie et d’informel. C’est l’un des méfaits de ces incendies qui emportent des pans de l’histoire.

La même année avait témoigné d’un autre incendie, celui du palais Al-Gawhara, dans la Citadelle, un vestige de la période de Mohamad Ali. Et si l’on songe au Mussafer Khana, il y a quelques années, on ne peut que regretter une sorte d’incurie qui est bien préjudiciable.

Ahmed Loutfi

 

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