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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Incendie. Maglis Al-Choura ou le Sénat, qui a été victime des flammes, est la première institution parlementaire au Moyen-Orient et un chef-d’œuvre représentatif de l’architecture du début du siècle dernier.

Un témoin de l’histoire moderne

Les spécialistes égyptiens pleurent le bâtiment du Sénat qui a péri dans un incendie. L’Egypte a perdu suite à l’action de ces flammes l’un des plus anciens, sinon le plus ancien, édifice parlementaire du monde arabe. Il occupe une très grande importance non seulement dans l’histoire de la politique égyptienne, mais aussi en tant que construction non commune dans l’évolution de l’architecture.

En effet, sur le plan historique, le bâtiment du Sénat égyptien situé dans un secteur central de la capitale égyptienne, à quelques centaines de mètres du Nil, fut le premier bâtiment parlementaire au Moyen-Orient. C’était le « Conseil consultatif des députés » à l’époque du khédive Ismaïl et il reprit cette fonction à la création du Conseil consultatif sous Anouar Al-Sadate, devant prendre le relais de l’ancien Sénat de l’époque monarchique que la Révolution du 23 juillet avait supprimé.

C’est la raison qui a d’ailleurs poussé le premier ministre égyptien Atef Sedqi en 1987 à adopter l’arrêté ministériel 910 d’enregistrer cette construction historique parmi les antiquités islamiques et d’y appliquer la loi de la préservation des monuments historiques.

Mohamad Al-Kahlawi, professeur de monuments historiques et d’architecture islamique à l’Université du Caire, affirme que s’agissant du Sénat, de l’Assemblée du peuple ou encore de la Société de géographie d’Egypte figurant dans cet espace, ce groupe de constructions représentent une richesse architecturale ayant débuté du temps du khédive Ismaïl ; ce souverain modernisateur ayant initié un début de système parlementaire.

Le Maglis Al-Choura lui-même fut construit spécifiquement en 1912 sous le khédive Abbass Helmi II, l’architecture rare du Sénat reflète le style propre à cette période. Ce style allie l’architecture européenne et celle islamique.

C’est dans ce même bâtiment que la première séance de la Chambre des députés et du Sénat eut lieu le 15 mars 1924, après l’adoption de la première Constitution de l’Egypte moderne en 1923. Aujourd’hui, il n’en reste que des ruines et des souvenirs. Kahlawi explique que dans les années 1930, le bâtiment était fréquenté par des personnes qui connaissaient bien sa valeur, alors qu’aujourd’hui c’est bien le contraire, c’est la négligence qui a mené à cette catastrophe et les responsables se justifient en disant que le bâtiment était ancien et construit en bois, ce qui explique l’incendie. « La valeur de la construction vient au second plan pour eux, l’essentiel c’est qu’ils soient acquittés. C’est comme si elle méritait d’être détruite », dit-il.

De plus, l’importance de ce bâtiment ne se limite pas à sa seule architecture mais surtout aux richesses qu’il renferme derrière ses murs.

La partie qui a été incendiée dans le bâtiment était considérée comme la mémoire de la longue vie parlementaire égyptienne. C’est ici qu’étaient préservés les anciens documents, archives, législations et traités légués par l’humanité, et dont la plus grande partie a été dévorée par les flammes. Parmi ces pertes les plus graves, nous pouvons noter tous les procès-verbaux depuis le début de la vie parlementaire moderne en 1866, les cartes de la planification du bâtiment du Parlement construit en 1922, le procès-verbal de la séance secrète du Conseil des députés discutant la participation de l’Egypte à la guerre de Palestine en 1948, les documents de la candidature de Gamal Abdel-Nasser à la présidentielle en 1957, toutes les archives du Parlement égyptien durant la Constitution de 1923 ainsi que pleins d’autres documents. Des éléments sûrement irremplaçables.

De plus, il suffisait d’y entrer pour être ébloui par sa décoration. Construit par d’anciens architectes français et italiens, l’intérieur du bâtiment est fait de bois recouvert d’or. Il contient une grande salle de séances en forme circulaire d’environ 22 mètres de diamètre et 30 mètres de hauteur. Son plafond prend la forme d’une coupole au sommet arrondi et vitré et entourée d’ornements qui ont l’aspect de feuillage et de branchages dorés. Dans cette partie, se trouve une lanterne sur laquelle se trouve un petit dôme percé de quatre fenêtres. La coupole est ornée à l’extérieur autour du centre vitré par des bandes en relief représentant des motifs décoratifs répétés. Il s’agit du style décoratif qui a régné dans les années 1920, époque de la construction de ce bâtiment.

 

Histoire de la vie parlementaire

A part cette construction artistique, le musée parlementaire représente aussi à lui seul une très grande importance. Il se situe entre les deux bâtiments, à savoir celui du Sénat et celui de l’Assemblée du peuple. Placé au premier rang parmi les musées similaires à travers le monde, ce musée comprend des copies des plus anciens documents, législations et traités légués par l’humanité. « Heureusement que les flammes n’ont pas atteint le musée ; déjà perdre le bâtiment est une catastrophe », affirme Kahlawi.

Le musée occupe deux grandes salles, la première contient des objets appartenant aux différentes époques, commençant par l’époque pharaonique, à l’instar de toutes les législations inscrites sur des papyrus ou gravées sur des pierres, ainsi que d’autres documents de l’époque copte et islamique en Egypte jusqu’à nos jours. Tandis que la deuxième salle expose des portraits et des statues de la famille Mohamad Ali. Au centre de la salle, un carrosse est installé ainsi que des objets qui témoignent de l’évolution de la vie parlementaire égyptienne à l’ère moderne. Le musée comprend également une section exposant les cadeaux commémoratifs offerts au président de l’Assemblée.

Un chef-d’œuvre qui a sans doute un grand intérêt. Il reste cependant négligé par les chaînes locales qui continuaient à diffuser les films et les feuilletons alors que le Sénat continuait à brûler.

Pour les spécialistes, il s’agit dans le fond d’une succession d’incendies d’ouvrages de notre patrimoine à tour de rôle. Qu’il s’agit de l’incendie de l’Opéra, du palais Al-Gawhara et finalement du Sénat, les accidents se ressemblent et la cause en est la négligence. Certains responsables parlent aujourd’hui de restauration mais est-ce possible ? Pour Al-Kahlawi, ce ne sont bien sûr que des illusions. L’aspect historique du bâtiment est à jamais perdu. « Peut-être qu’ils vont reconstruire un autre bâtiment à la place mais ce ne sera sûrement pas un édifice antique de bois précieux. Il ne sera pas le même et les mains qui le construiront ne seront pas les mêmes ».

Chaimaa Abdel-Hamid

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