Al-Ahram Hebdo,Environnement | Les dégâts des « nabbachines »
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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Environnement

Rues. La recherche de déchets recyclables dans les conteneurs d’ordures ménagères aggrave la saleté de la chaussée des villes. Ce phénomène, qui prend de l’ampleur, a été provoqué par l’arrivée, il y a quelques années, de sociétés étrangères de collecte des déchets.

Les dégâts des « nabbachines »

Pour les touristes, c’est ce qui frappe le plus. La saleté des rues du Caire est l’un des premiers commentaires fait à leurs amis et familles, une fois de retour dans leur pays. Difficile de les contredire sur ce point. Car, c’est vrai, les rues du Caire sont dans un état lamentable. Les services publics supposés les entretenir sont les premiers à faire preuve de négligences diverses, mais surtout quotidiennes. Mais le pire est ce phénomène récent qui prend de l’ampleur : celui du tri des déchets dans les rues.

A 7h, dans le quartier de Madinet Nasr, Mohamad, 19 ans, recherche des matières recyclables dans un conteneur de la rue Hassan Al-Maamoun, en face du club Ahli. La tête dans les sacs, il récupère les canettes et bouteilles en plastique. Puis il jette le reste sur la chaussée. La scène se répète jusqu’à ce que son gros sac en tissu soit rempli. Puis, il s’en va en laissant derrière lui un site d’ordures ménagères en plein air. La scène se répète à Héliopolis, à Zamalek ...

Qui sont donc ces jeunes ? Font-ils partie d’un groupe de zabbalines (chiffonniers) ? Sont-ils organisés ? « Je travaille en individuel. Je suis né dans une famille pauvre et je viens dans ces quartiers riches, car les habitants jettent des choses que je peux ensuite vendre », indique Mohamad. Il semble insensible au fait que le tri répond à des règles et qu’il met sa santé en danger. « Comment attraper des maladies ? Les ordures des riches sont très propres ! », s’exclame-t-il.

Selon Amin Khayal, le directeur du département des déchets solides au sein de l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE), le phénomène du tri des ordures dans les rues n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est sa propagation dans les quartiers aisés. « On appelle ces jeunes des nabbachines (fouilleurs). En général, ces jeunes sont des indépendants. Ce phénomène a récemment gagné en importance à cause de la valeur monétaire prise par les matières recyclables », explique Khayal. Car aujourd’hui, la tonne de papier se vend à 30 L.E., celle de verre à 80 L.E., tandis que le plastique vaut 3 000 L.E. et l’aluminium 6 000 L.E. la tonne. Un nabbache qui termine sa journée avec 4 kg d’aluminium et 10 kg de plastique gagne 54 L.E., soit 1 620 L.E. par mois. Une somme importante pour un illettré qui ne peut prétendre qu’à 300 L.E. en tant qu’agent de propreté, ou 1 000 s’il est ouvrier dans une usine.

Ces personnes ne réalisent pas le problème qu’ils occasionnent pour l’environnement. Vivant dans des bidonvilles, ils ont perdu le sens de la propreté. « La loi sur la propreté publique incrimine ces pratiques, mais le gouvernement ne peut pas mettre un agent de police derrière chaque citoyen. A vrai dire, l’application de ce genre de loi est très difficile, surtout de nos jours, à l’ombre de la crise économique et sociale que vit l’Egypte », souligne le conseiller Abdel-Aziz Al-Guindi, ex-procureur général et président de l’Association des amis de l’Environnement à Alexandrie.

La parade est trouvée

Le phénomène des « nabbachines » est en fait apparu avec l’arrivée en Egypte des sociétés étrangères chargées de la collecte des ordures ménagères. La première a été la compagnie française Onyx, en 2001, pour gérer la ville d’Alexandrie. Cette arrivée a coupé l’herbe sous le pied des chiffonniers ... avant qu’ils trouvent la parade : ils se dirigent maintenant vers les conteneurs des rues avant qu’ils ne soient vidés par les sociétés. Ce qui pose également d’autres problèmes. « Au Caire, la société Ama Arab envoie les matières recyclables vers des usines de recyclage à Qattamiya et à Hélouan, mais le problème est que les nabbachines récoltent la plus grande part de ces déchets avant l’arrivée des camions de collecte dépendant des compagnies de propreté et donc les usines ne trouvent pas les matières premières pour fonctionner comme il faut. Pire encore, chacun des ouvriers travaillant sur les véhicules de collecte dispose d’un sac en plastique dans lequel il récupère lui-même les matières recyclables pour les vendre et augmenter ses revenus », révèle Khayal. C’est pourquoi, selon lui, la gestion intégrale des déchets nécessite la coopération de l’Etat, qui doit fournir 2 milliards de L.E., et celle des citoyens qui doivent se montrer plus respectueux de leur environnement. Mais le gouvernement est-il capable de dégager cette somme alors qu’il peine à subventionner le pain ? Et les nabbachines sont-ils prêts à changer de comportement alors qu’ils ne trouvent pas de quoi manger ? Tout est question de volonté, à commencer par celle des foyers, qui pourraient par exemple trier leurs déchets avant de les jeter dans les conteneurs. Le résultat sera instantané pour les rues du pays.

Dalia Abdel-Salam

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