Rues.
La recherche de déchets recyclables dans les conteneurs
d’ordures ménagères aggrave la saleté de la chaussée des
villes. Ce phénomène, qui prend de l’ampleur, a été provoqué
par l’arrivée, il y a quelques années, de sociétés
étrangères de collecte des déchets.
Les dégâts des « nabbachines »
Pour
les touristes, c’est ce qui frappe le plus. La saleté des
rues du Caire est l’un des premiers commentaires fait à
leurs amis et familles, une fois de retour dans leur pays.
Difficile de les contredire sur ce point. Car, c’est vrai,
les rues du Caire sont dans un état lamentable. Les services
publics supposés les entretenir sont les premiers à faire
preuve de négligences diverses, mais surtout quotidiennes.
Mais le pire est ce phénomène récent qui prend de l’ampleur
: celui du tri des déchets dans les rues.
A 7h, dans le quartier de Madinet Nasr, Mohamad, 19 ans,
recherche des matières recyclables dans un conteneur de la
rue Hassan Al-Maamoun, en face du club Ahli. La tête dans
les sacs, il récupère les canettes et bouteilles en
plastique. Puis il jette le reste sur la chaussée. La scène
se répète jusqu’à ce que son gros sac en tissu soit rempli.
Puis, il s’en va en laissant derrière lui un site d’ordures
ménagères en plein air. La scène se répète à Héliopolis, à
Zamalek ...
Qui sont donc ces jeunes ? Font-ils partie d’un groupe de
zabbalines (chiffonniers) ? Sont-ils organisés ? « Je
travaille en individuel. Je suis né dans une famille pauvre
et je viens dans ces quartiers riches, car les habitants
jettent des choses que je peux ensuite vendre », indique
Mohamad. Il semble insensible au fait que le tri répond à
des règles et qu’il met sa santé en danger. « Comment
attraper des maladies ? Les ordures des riches sont très
propres ! », s’exclame-t-il.
Selon Amin Khayal, le directeur du département des déchets
solides au sein de l’Agence Egyptienne pour les Affaires de
l’Environnement (AEAE), le phénomène du tri des ordures dans
les rues n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est sa
propagation dans les quartiers aisés. « On appelle ces
jeunes des nabbachines (fouilleurs). En général, ces jeunes
sont des indépendants. Ce phénomène a récemment gagné en
importance à cause de la valeur monétaire prise par les
matières recyclables », explique Khayal. Car aujourd’hui, la
tonne de papier se vend à 30 L.E., celle de verre à 80 L.E.,
tandis que le plastique vaut 3 000 L.E. et l’aluminium 6 000
L.E. la tonne. Un nabbache qui termine sa journée avec 4 kg
d’aluminium et 10 kg de plastique gagne 54 L.E., soit 1 620
L.E. par mois. Une somme importante pour un illettré qui ne
peut prétendre qu’à 300 L.E. en tant qu’agent de propreté,
ou 1 000 s’il est ouvrier dans une usine.
Ces personnes ne réalisent pas le problème qu’ils
occasionnent pour l’environnement. Vivant dans des
bidonvilles, ils ont perdu le sens de la propreté. « La loi
sur la propreté publique incrimine ces pratiques, mais le
gouvernement ne peut pas mettre un agent de police derrière
chaque citoyen. A vrai dire, l’application de ce genre de
loi est très difficile, surtout de nos jours, à l’ombre de
la crise économique et sociale que vit l’Egypte », souligne
le conseiller Abdel-Aziz Al-Guindi, ex-procureur général et
président de l’Association des amis de l’Environnement à
Alexandrie.
La parade est trouvée
Le
phénomène des « nabbachines » est en fait apparu avec
l’arrivée en Egypte des sociétés étrangères chargées de la
collecte des ordures ménagères. La première a été la
compagnie française Onyx, en 2001, pour gérer la ville
d’Alexandrie. Cette arrivée a coupé l’herbe sous le pied des
chiffonniers ... avant qu’ils trouvent la parade : ils se
dirigent maintenant vers les conteneurs des rues avant
qu’ils ne soient vidés par les sociétés. Ce qui pose
également d’autres problèmes. « Au Caire, la société Ama
Arab envoie les matières recyclables vers des usines de
recyclage à Qattamiya et à Hélouan, mais le problème est que
les nabbachines récoltent la plus grande part de ces déchets
avant l’arrivée des camions de collecte dépendant des
compagnies de propreté et donc les usines ne trouvent pas
les matières premières pour fonctionner comme il faut. Pire
encore, chacun des ouvriers travaillant sur les véhicules de
collecte dispose d’un sac en plastique dans lequel il
récupère lui-même les matières recyclables pour les vendre
et augmenter ses revenus », révèle Khayal. C’est pourquoi,
selon lui, la gestion intégrale des déchets nécessite la
coopération de l’Etat, qui doit fournir 2 milliards de L.E.,
et celle des citoyens qui doivent se montrer plus
respectueux de leur environnement. Mais le gouvernement
est-il capable de dégager cette somme alors qu’il peine à
subventionner le pain ? Et les nabbachines sont-ils prêts à
changer de comportement alors qu’ils ne trouvent pas de quoi
manger ? Tout est question de volonté, à commencer par celle
des foyers, qui pourraient par exemple trier leurs déchets
avant de les jeter dans les conteneurs. Le résultat sera
instantané pour les rues du pays.
Dalia Abdel-Salam