Enseignants. Les
évaluations pour bénéficier du nouveau statut salarial promis lors de la
dernière campagne présidentielle, avec à la clé une augmentation de 150 %, ont
débuté dimanche sous une avalanche de critiques.
Retour sur les bancs d’examens
C’est
dans une ambiance plutôt tendue que plusieurs milliers d’enseignants passent
depuis dimanche les examens pour accéder au nouveau statut salarial. L’idée
avait été proposée par le président Moubarak lors de sa campagne électorale
2005, qui avait annoncé que les enseignants pourraient bénéficier d’une
augmentation de 150 % de leurs salaires de base, mais qu’en échange, ils
devraient passer des examens d’évaluation.
Dimanche,
ils étaient donc plusieurs milliers à affluer vers l’Université du Caire où est
situé un des centres d’examen. Certains brandissaient des pancartes sur
lesquelles on pouvait lire : « Il est nul, il est nul. Nous n’en voulons pas »
en allusion au ministre de l’Education Yousri Al-Gamal. « C’est une mascarade.
Ces examens portent atteinte à notre respect », s’écrie une des enseignantes
devant la salle d’examen. La salle est archi-comble et les enseignants y sont
entassés presque les uns sur les autres, et les critiques vont là aussi bon
train. « Les conditions sont très mauvaises », lance Mahmoud, professeur de
sciences naturelles. Il affirme ne pas avoir eu suffisamment de temps pour se
préparer. « Le ministère de l’Education n’a pas daigné nous informer de la date
de l’examen suffisamment tôt. C’est une véritable humiliation ». Et d’expliquer
que ces examens ont donné lieu à des situations aberrantes. « Quelle sera la
situation si mon supérieur échoue et que moi je passe ? Quelle sera la
situation des enseignants qui ne réussiront pas. Ils seront dans une situation
embarrassante », s’indigne Mohamad Mokhtar, professeur de mathématiques. Malgré
tout, ils étaient 900 000 enseignants environ (sur un total d’un million) à
passer des examens dans le pays.
Très
mal payés, les enseignants ont besoin de cette augmentation de salaire pour
faire face à la flambée des prix. Le salaire de base d’un enseignant de 10 ans
d’expérience ne dépasse pas les 300 L.E. Un chiffre insignifiant comparé par
exemple aux salaires dans certains pays arabes. « Notre but est d’améliorer les
revenus des enseignants. Mais nous voulons aussi améliorer la qualité de
l’enseignement », affirme Moustapha Abdel-Samie, ministre adjoint de
l’Education. Et d’expliquer que la méthode de subordonner les augmentations à
la qualité du travail existe dans de nombreux pays. « En Arabie saoudite par
exemple, les enseignants sont tenus de faire des efforts et de réussir par
exemple le Toefl, un examen d’anglais. L’enseignant égyptien doit améliorer son
niveau. Je crois que les examens pour bénéficier du nouveau statut salarial
sont une première étape vers une avancée de l’enseignant et de l’enseignement
en Egypte », assure Moustapha Abdel-Samie.
Pas de respect pour les profs
Pour
d’autres, il s’agit avant tout d’une manœuvre gouvernementale pour réduire le
nombre d’enseignants accédant au nouveau statut salarial et de limiter le
budget destiné à celui-ci. « La plupart des professeurs qui ont passé l’examen
vont échouer car le gouvernement ne dispose pas d’un budget suffisant pour
financer le nouveau statut », assure Salama Eid Mohamad, professeur d’arabe
dans une école primaire à Guiza. « J’ai participé aux examens. C’est une grande
injure que de demander à des gens qui travaillent depuis des années, 30 ans
pour certains, de passer des examens pour obtenir les quelques livres de plus
dont ils ont besoin. Les responsables du ministère de l’Education n’ont pas de
respect pour les profs et pour leur expérience. Des enseignants de 59 ans ont
décidé de passer les examens pour obtenir cette augmentation de salaire »,
explique l’enseignant qui affirme aussi que le gouvernement craint la réaction
des professeurs. « Des agents de la sécurité ont été déployés dans les écoles
où les examens se sont déroulés parce qu’ils craignent que la colère des
enseignants éclate. Nous avons envoyé de nombreux messages au ministre de
l’Education pour faire cesser ces examens. En vain. Malheureusement, nous
n’avons pas de syndicat assez fort qui protège nos droits ».
Plusieurs
députés de l’opposition ont de plus présenté des questions au gouvernement au
sujet de ce nouveau statut. « Le gouvernement ne dispose pas de budget pour
augmenter les professeurs. Comment prétend-il pouvoir le faire ? En admettant
qu’il trouve le financement nécessaire, il devra quand même préparer les
enseignants en construisant des instituts de formation spécialisés », critique
le député islamiste Gamal Zahrane.
« Ces
examens constituent une véritable guillotine pour réduire le nombre de
professeurs. Il faut savoir qu’un professeur qui échoue deux fois aux examens
est transféré vers un emploi administratif », s’insurge Magdi Abbass,
instituteur. Et de conclure : « L’Etat nous a recrutés, mais a négligé notre
formation. Et maintenant, il nous laisse tomber ».
May Atta