Automobiles.
L’accélération de l’intégration Sud-Sud à travers des
conventions en matière d’industrie de l’automobile devrait
bénéficier en premier lieu à l’Egypte, dont le marché est
considéré comme flexible et prometteur.
Un avenir égyptien fait de profits
«
Dès l’année prochaine, les droits de douanes seront réduits
à zéro entre les pays de l’Accord d’Agadir et ceux de la
Comesa », avait déclaré Rachid Mohamad Rachid, ministre du
Commerce et de l’Industrie, lors du Forum international de
l’industrie automobile, tenu en juin dernier au Caire. «
L’Egypte, une plateforme productive », tel était le slogan
de ce forum, où plus de 58 sociétés automobiles avaient
participé. L’Accord d’Agadir, la Comessa (la Communauté des
Etats sahélo-sahariens) et l’industrie d’automobile
figuraient parmi les points principaux discutés lors de ce
forum.
La Comessa, qui englobe 21 Etats africains, prône le
libre-échange Sud-Sud et la suppression des restrictions
entravant l’activité économique entre les pays signataires.
Ainsi, une forte alliance économique était-elle supposée
engendrer une ouverture commerciale de ces pays. Or, elle
constitue une preuve incontournable de l’échec de cette
coopération africaine. Signé le 25 février 2004, l’Accord
d’Agadir constitue un prélude à la future zone économique
euro-méditerranéenne, par la création d’une zone de
libre-échange entre l’Egypte, la Jordanie, le Maroc et la
Tunisie. Même si cet accord marque une étape dans la
progression de la coopération dans plusieurs secteurs, il
n’est pas pourtant mis en application dans sa totalité,
notamment en matière d’industrie automobile.
Les
bonnes intentions des pays signataires à supprimer les
obstacles au libre-échange ne sont pas contestables. Mais,
quant à l’exportation d’automobiles à droits nuls vers
l’Egypte, un problème paralyse l’application de cet accord.
En effet, pour qu’une voiture puisse circuler entre les pays
arabes, elle doit être composée à 40 % d’éléments du pays
d’origine. La Logan-Renault fabriquée au Maroc, une voiture
assemblée par une société marocaine à Casablanca, en donne
un exemple. L’Egypte s’est en effet opposée à l’importation
de cette voiture fabriquée à très bas coût, comparativement
à l’Egypte, car 40 % de ses éléments ne sont pas marocains
mais franco-marocains (à cause de la présence de Renault).
Bas coûts logistiques
Malgré ces coups infligés au libre-échange des voitures
entre les pays signataires, le pays qui en tire et qui va en
tirer, dans les années à venir, le plus de profits est
l’Egypte : c’est le seul pays arabe à posséder une industrie
automobile au vrai sens du terme. A l’encontre de ses
voisins, l’Egypte est perçue comme l’un des marchés les plus
flexibles et attirants de la région du Moyen-Orient, et un
des plus grands marchés économiques stables et stratégiques,
ce qui l’aide à maintenir sa géante place industrielle au
sein de cette zone. De plus, les bas coûts logistiques
permettent à l’Egypte de se tailler la part du lion en terme
de bénéfices issus de l’Accord d’Agadir.
Selon Salah Al-Hadari, président de l’Association de la
production automobile, le secteur automobile égyptien a
assisté à un formidable essor. Il note que « les
exportations ont atteint 190 millions de dollars en 2007,
enregistrant une hausse de 10 % par rapport à l’année 2005.
Les investissements ont atteint 8 milliards de L.E. fin
2007. Et le nombre de voitures produites a dépassé pour la
première fois mille au cours de la même année ».
Sans compter que par rapport aux autres pays membres de
l’accord, l’Egypte est dotée de plusieurs unités de
fabrications de pièces automobiles et autres qui fournissent
au secteur sur une base non exclusive. Ceci rend la tâche
plus difficile aux pays signataires qui viennent de lancer
leur industrie d’automobile, qui cherchent à s’offrir une
place en ce secteur, qui veulent s’ouvrir à la concurrence
internationale et, le plus important, continuer leur
véritable décollage économique dans une zone de
libre-échange purement africaine grâce à l’Accord d’Agadir.
Reste à savoir si ce secteur automobile africain va pouvoir
réellement offrir de nombreux avantages concurrentiels
d’intérêt international, diminuer la dépendance vis-à-vis
des marchés étrangers et favoriser le tissu et la production
locaux de la zone sud.
Tenter
d’y répondre est encore prématuré.
Névine Kamel