Il semble que oui. Car, selon la grande majorité des
experts, ces hausses ne touchent en réalité qu’une petite
tranche du secteur, soit uniquement les voitures dont le
moteur dépasse les 2 300 CC. A part cette catégorie, la
hausse est peu importante (voir encadré).
Mohamad Al-Sayed, directeur général des ventes auprès du
groupe Bavaria pour les voitures, le confirme. « La tranche
de la société égyptienne qui achète des voitures d’une
capacité dépassant les 2 300 CC ne représente qu’un
pourcentage limité et elle ne sera pas vraiment touchée par
cette hausse. Cette élite est fidèle aux marques de luxe »,
expose-t-il, en assurant que les ventes des modèles de son
groupe dont le moteur est de 2 000 CC n’ont pas été
touchées.
Achraf Hachem, directeur général de l’Agence Gemy Car,
partage cette opinion. Il assure que ces turbulences sur le
marché automobile ne sont qu’un moyen de pression sur les
commerçants afin de réduire les prix. Selon lui, elles ne
dureront pas longtemps. « Ces turbulences pourraient
peut-être contribuer à changer la distribution du secteur.
Les ventes de 2 000 CC vont diminuer au profit de celles de
1 600 CC et 1 300 CC », explique-t-il. Achraf Masrouga,
expert en automobile, analyse la situation plus
profondément. « Les taxes de licence de circulation imposées
sur les automobiles d’une capacité de 2 300 CC ont vraiment
augmenté, mais cela ne constituera en aucun cas un fardeau
pour ceux qui achètent ces modèles américains, japonais et
européens. Car par rapport au prix de ces modèles, cette
hausse ne constitue qu’une petite somme. Mais en ce qui
concerne les modèles chinois et coréens, dont le prix est
plus bas, la hausse des taxes sera problématique, car ils
sont achetés en grande majorité par la classe moyenne »,
explique-t-il, en assurant que le marché encaissera cette
hausse rapidement et se stabilisera dans 3 mois au maximum.
Selon Rami Kamal, ingénieur, la classe moyenne est la seule
victime de cette hausse. « Le gouvernement, par ses
dernières décisions, a élargi comme d’habitude le fossé
entre les riches et les pauvres. Il a poussé la classe
moyenne vers les pauvres. Ces décisions mettront fin à tout
espoir de la classe moyenne de posséder une voiture luxueuse
», résume-t-il. « Moi, par exemple, je voulais acheter une
voiture de marque Jeep. J’avais l’intention de payer 150 000
L.E. et payer le reste à crédit. Mais avec ces nouvelles
taxes, je me suis retrouvé obligé de payer 2 % du prix de la
voiture, soit environ une somme de 20 000 L.E.
supplémentaire à part les sommes allouées à l’essence. Cela
est au-delà de mes capacités. Pour cela, j’ai décidé de
changer de voiture pour ne pas alourdir mon budget mensuel
», raconte-t-il. Rami est en fait une personne parmi
d’autres de la classe moyenne qui a décidé de ne plus
acheter de voiture dont le moteur excède les 1 600 CC. Un
expert du marché, qui a requis l’anonymat, défend ce point
de vue. Il a confié à Al-Ahram Hebdo que le gouvernement
avait plusieurs choix plus efficaces pour réaliser ses
objectifs budgétaires. « Le gouvernement n’a pas
regardé très loin. Il n’a cherché qu’à créer des recettes
pour son budget. Mais, il faut le savoir : ces ressources ne
sont que temporaires. Le gouvernement, par ces décisions,
empêchera les grandes sociétés de venir sur le marché. Les
sommes récupérées d’un côté seront perdues de l’autre côté
», dit-il en rappelant la période 1993-1999 quand le
gouvernement a réduit les douanes et les taxes imposées sur
les automobiles. « Combien d’usines automobiles sont venues
pour investir en Egypte au cours de cette période ? Un
nombre assez important ! », affirme-t-il.
Dossier réalisé par
Névine Kamel et
Imane
Zouini